LE « MODELE FRANÇAIS » JUGE PAR L’OCDE


L’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) n’est pas un nid d’ultra-libéraux, elle est un organisme international dont le métier est d’observer la situation économique des pays les plus développés du monde qui ont voulu, depuis plus de 50 ans, échanger des informations et des études pour faciliter la coopération économique entre eux. Ses rapports sont en général plutôt consensuels et favorables à un dirigisme de bon aloi. On sera donc frappé par le contenu de l’étude que l’OCDE a publié sur la situation de la France.

Elle met l’accent sur un certain nombre de faiblesses de notre pays et sur les réformes à mettre en œuvre. Au total un constat qui montre que la politique actuelle du gouvernement va à contre-courant de ce qu’il faudrait faire : diminuer les dépenses publiques, assouplir le code du travail, intensifier la concurrence.

 

Aucune maîtrise des dépenses publiques

Le premier volet des analyses de l’OCDE porte sur les finances publiques. L’OCDE fait un constat que nous avons souvent présenté ici même : la dette publique n’a cessé d’augmenter, la part des dépenses et des recettes publiques dans le PIB « est restée parmi les plus élevées des pays de l’OCDE ». « La maîtrise des dépenses a été particulièrement difficile dans les domaines de la sécurité sociale et de l’assurance maladie ».

Il faut aussi simplifier la structure de l’impôt et « abaisser certains taux d’imposition élevés, qui créent actuellement des distorsions économiques » : autrement dit réduire la progressivité de l’impôt. Sans ces réformes des dépenses et des recettes publiques, le déficit budgétaire continuera à rester supérieur à 3%, en dépit de toutes les annonces gouvernementales. Certaines réductions du déficit annoncées à Bruxelles sont artificielles et jouent sur des transferts provisoires d’EDF, ce « qui ne se traduira pas par une amélioration durable des finances publiques ».

Résultat : avec des finances publiques mal en point, « la France risque donc d’être mal préparée pour faire face aux pressions à long terme que le vieillissement de la population exercera sur les dépenses de santé et de retraite malgré les réformes récemment adoptées.

Afin de créer la marge de manœuvre nécessaire pour affronter ces pressions sur les dépenses, il est essentiel que la dette publique rapportée au PIB se réduise fortement à moyen terme ». Plus généralement, il est nécessaire de maîtriser « étroitement les dépenses publiques directes, notamment par des réductions d’effectifs rendues possibles par le grand nombre de fonctionnaires partant actuellement à la retraite ».

 

Un marché du travail paralysé

Deuxième domaine épinglé par l’OCDE, celui du marché du travail. « Certaines dispositions du code du travail, destinées à protéger les salariés, et certains aspects du système des transferts sociaux ont eu des conséquences inattendues, mais perverses, qui se sont traduites par un chômage structurellement élevé et de faibles taux d’activité ». « Les employeurs ne peuvent collectivement assurer sur le marché du travail le degré de protection sociale que la législation tente d’imposer. La forte progression de l’emploi et le coût minimum élevé du travail ont pour effet que l’emploi de beaucoup de personnes peu qualifiées entraîne des coûts supérieurs à leur productivité, malgré les allègements de charges ».

« La France devrait sensiblement atténuer les contraintes inhérentes au contrat de travail normal, ce qui éviterait de devoir recourir à de multiples contrats spéciaux qui sont source de complexité administrative et ne parviennent guère à faire reculer le chômage ». « Une amélioration du service public de l’emploi, mais aussi des mesures efficaces subordonnant le niveau des prestations à la recherche active d’emploi par les chômeurs, et visant à ce que ces derniers soient prêts à accepter les emplois offerts, doivent être la contrepartie de l’ampleur de la contribution à la solidarité sociale ».

L’OCDE met aussi en cause la trop forte protection de l’emploi, l’ampleur du salaire minimum, l’incertitude qui pèse sur le coût pour l’employeur d’un licenciement, le fait que le coût minimum du travail dépasse la productivité potentielle d’un certain nombre de travailleurs. Tout cela explique le  « niveau élevé du chômage structurel », en particulier pour les jeunes et les chômeurs de longue durée. En particulier, « les augmentations du salaire minimum (SMIC) qui ont résulté de la réduction du temps de travail, vont directement à l’encontre des mesures qui visent à améliorer la demande de travail en réduisant les coûts ». Il faut donc limiter au strict nécessaire les augmentations futures du SMIC « afin de ne pas réduire l’employabilité des travailleurs peu qualifiés ».

 

Une concurrence insuffisante

Dernier point évoqué par l’OCDE, la question de la concurrence : « Le dynamisme et la croissance de l’activité et de l’emploi sont freinés par un manque de concurrence dans un grand nombre de secteurs de services ». « Si l’on en juge d’après l’expérience internationale, la présence encore forte de l’Etat dans le capital de certaines entreprises, l’ouverture seulement graduelle des marchés dans les industries de réseau, la protection de certaines professions du secteur des services et le manque de concurrence dans certains secteurs du commerce de détail en France réduisent le potentiel de croissance, d’innovation et d’emploi ».

Ces restrictions à la concurrence, dans le domaine des services publics, mais aussi dans celui des services, freinent les gains de productivité, mais aussi le développement de l’emploi. « Alors que la France occupe un rang élevé pour ce qui est de la production horaire, le PIB par habitant y est de ce fait plus faible que dans beaucoup d’autres pays de l’OCDE. Des réformes destinées à intensifier la concurrence, en introduisant du dynamisme dans certains secteurs excessivement réglementés, permettraient d’accroître le PIB par habitant à la fois en augmentant la productivité et l’emploi ».

La loi GALLAND elle-même est également visée. «Une réforme devrait supprimer l’interdiction de revendre à perte et intensifier la concurrence ». On pourrait aussi pour cela « supprimer les monopoles réglementés ». Enfin l’Etat « détient encore de fortes participations dans le capital d’un certain nombre de sociétés ». « L’Etat conserve encore trop souvent une position d’actionnaire majoritaire. En conséquence, dans beaucoup d’industries de réseau libéralisées, du fait de la position dominante détenue par des compagnies publiques, la concurrence reste insuffisante ».

Peut-être le gouvernement pourrait-il lire avec profit ce rapport de l’OCDE ?

Le 25 Juin 2005

 


 

 

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