LA DEGRINGOLADE DE LA FRANCE


 

L’annuaire de la liberté économique 2001 vient de paraître. Publié conjointement par le Wall Street Journal et Heritage Foundation, il classe chaque année les pays du monde entier d’après leur niveau de liberté économique.

Nous avons déjà expliqué à nos lecteurs comment étaient calculés ces indices. Ils prennent en considération des éléments monétaires et financiers (stabilité monétaire, liberté bancaire, entrée et sortie de capitaux), des ratios significatifs sur la répartition entre l’Etat et les entreprises privées, sur l’importance et l’équilibre (ou le déficit) budgétaire, des considérations sur le libre échange, enfin une appréciation sur la réglementation publique, et la liberté du marché du travail en particulier. Avec ces diverses données, on a une idée de l’environnement institutionnel d’un pays.

Or, rappellent les auteurs, c’est la liberté qui fait la croissance. Les économies dynamiques sont celles où l’environnement institutionnel est le plus propice, c’est à dire le plus libéral.

Nous, les Français, n’avons jamais été des champions. Mais les derniers résultats tournent à la catastrophe : la France vient de perdre 14 rangs dans le classement général, passant de la 25° à la 39° place en trois ans. Certes, notre indice de liberté économique n’a pas changé : il est cette année de 2,5 comme l’an dernier (on rappelle que la nation idéalement libre aurait un coefficient de 1, et la moins libre de 10). Cela veut donc dire que nous ne sommes pas moins libres qu’en 1999. Mais cela signifie aussi que les autres pays, naguère derrière nous, nous ont désormais dépassés.

C’en est au point qu’à part la Grèce il n’y a plus aucun pays de l’Union Européenne qui soit derrière nous, et que même en ce qui concerne les autres pays européens, nous nous situons bien en dessous de l’Estonie, de Chypre, de l’Islande, de la République Tchèque. Nous voici rangés aux côtés du Pérou et de la Trinité, talonnés par le Koweït et largement dépassés par des pays naguère sous-développés comme l’Argentine, l’Uruguay, voire même la Bolivie !

En tête, Irlande, Etats Unis, Angleterre et Luxembourg ne cessent de progresser. Le modeste Salvador et le Chili sont dans les quinze premiers.

Quand on analyse les points sur lesquels la France perd des places, on ne sera pas surpris de noter : en premier le poids des prélèvements obligatoires et de la dette publique, en second l’importance de la réglementation (notamment sur le marché du travail) en troisième position la dimension des entreprises publiques. Nos points forts sont seulement la monnaie et l’ouverture des frontières (où nous sommes tenus évidemment par nos liaisons européennes).

Ainsi, quand on fait des commentaires sur le retour de la croissance en France, qui résoudrait des problèmes aussi nombreux que ceux de la réforme fiscale, des retraites, du pouvoir d’achat, etc. on se berce d’illusions. Aucune croissance n’est durablement soutenue sans un environnement institutionnel satisfaisant.

Pour des raisons symétriques nous ne croyons guère à la dégringolade de l’économie américaine. BUSH et les Républicains veillent à la liberté économique – sans doute bien mieux que ne l’auraient fait Al Gore et les Démocrates.

FISCALITE : L'EXEMPLE AMERICAIN

Parmi les critères sur lesquels la France perd le plus de points, il y a la fiscalité. Puisque nous parlons de BUSH, rappelons que sa première réforme économique

est une réduction nouvelle des impôts sur le revenu, représentant plus de 700 milliards de $ en moins pour le budget fédéral. Le taux de la tranche de revenus la plus élevée sera ramené de 39,5 à 35 %, et la deuxième tranche de 15 à 10 %. Il n'y a donc presque plus de progressivité aux Etats Unis, et on tend vers la fameuse "flat tax", l'impôt totalement proportionnel. En France on en est évidemment à plus de 60 % pour la tranche marginale la plus élevée, et la progressivité est accentuée par le fait que la moitié des contribuables est exonérée d'impôts sur le revenu, et qu'en fait 10 % des contribuables paient 70% du montant total de ces impôts. Personne, à Bercy et ailleurs, ne croit à l'effet LAFFER : une baisse des impôts marginaux est la meilleure façon de relancer l'économie. Sur ce point GREENSPAN vient de se rallier à BUSH.

Et pourquoi ne pas évoquer encore la fiscalité qui détruit l'épargne : plus-values boursières, impôts de bourse, droits de succession (également réformés par BUSH ces temps-ci!), impôts sur les revenus de l'épargne (de dix points supérieurs à la moyenne de l'Union Européenne)

Derrière cette fiscalité délirante, l'idéologie égalisatrice. Et derrière l'égalitarisme le tarissement de l'investissement et de la création d'emplois.. Voilà tous les ingrédients réunis pour une spectaculaire dégringolade...