LIBERTE ECONOMIQUE : LA FRANCE RECULE DE 14 PLACES


Les indices de liberté économique –édition 2001– viennent de paraître. C'est une publication annuelle réalisée par "The Heritage Foundation" et le Wall Street Journal. Il s'agit d'une évaluation de tous les États du monde en fonction de la liberté économique de leurs citoyens. Le constat est, comme chaque année, sans appel : la liberté économique va de pair avec la richesse, comme le montre le graphique 1.
Qu'en est-il de la France ? Elle est passée de la 25e place (en 1997/1998) à la 39e. Est-ce vraiment surprenant ?


Commençons par préciser que les indices prennent en compte seulement la liberté économique et font abstraction de la liberté politique. La raison en est que dans un processus dynamique plus ou moins rapide mais inéluctable, la première entraîne la seconde.

Les indices ont des valeurs de 1 à 5, où 1 représente la liberté maximale. Les critères retenus pour leur calcul sont les suivants, avec les notes de la France entre parenthèses :

1. Liberté du commerce extérieur (2)

2. Poids du gouvernement : prélèvements obligatoires et dépenses publiques (5)

3. Intervention du gouvernement dans l'économie : entreprises publiques, etc. (2)

4. Stabilité monétaire (1)

5. Liberté de circulation des capitaux (3)

6. Nature et niveau des restrictions imposées au système bancaire et financier (3)

7. Liberté des prix et des marchés, notamment du marché du travail (3)

8. Respect des droits de propriété (2)

9. Niveau de la réglementation (3)

10. Ampleur du marché noir (1)

Le graphique fait apparaître une forte corrélation entre la liberté économique et la richesse mesurée par le PIB/habitant. Cela n'a rien de surprenant pour un économiste : lorsque les individus sont libres de s'engager dans des activités économiques et que le gouvernement ne confisque pas le fruit de leurs efforts, ils travaillent davantage et produisent davantage de richesses. Autrement dit, si les gens sont libres de s'enrichir, ils s'enrichissent.

Cependant, il s'agit d'un processus qui se déroule dans le temps et une "photographie" de la situation à un moment donné ne peut pas mettre en évidence tout ce processus. En effet, la liberté permet d'augmenter la richesse, mais cela prend du temps et la "ligne de départ" compte beaucoup. Par exemple, Hong Kong (un village de pêcheurs au début du siècle) a mis plus de 30 ans pour passer d'un PIB de 2000$/hab à environ 22000$/hab aujourd'hui, ce qui fait tout de même une multiplication par 10 (le PIB de la France est d'environ 28000$/hab). Pendant ce temps, le PIB/hab de la Chine a traîné aux alentours de 500-600$, pour s'élever aujourd'hui à environ 700$/hab.

La "ligne de départ" compte également lorsque la liberté économique se réduit ou est maintenue à des niveaux insuffisants : les effets néfastes mettront plus de temps à se manifester de manière évidente dans les pays riches.

Cela concerne particulièrement la France. Du point de vue de la liberté économique, elle recule de la 25e place (il n'y avait déjà pas de quoi s'enorgueillir) à la 39e place, tout en continuant de figurer parmi les pays "relativement libres". L'Allemagne, avec qui on se compare volontiers, est passée de la 22e à la 20e place, principalement grâce aux réductions d'impôts décidées par le Chancelier Schröder.

Les explications des piètres performances françaises sont évidentes à la simple lecture des composants de l'indice de liberté économique : le poids écrasant du gouvernement (critères 2 et 3) et l'hypertrophie de la réglementation et de la bureaucratie qui l'accompagne (critères 5,6,7 et 9).

Ce qui retient l'attention, c'est le fait que la France recule dans le classement sans pour autant détériorer son score. En fait, celui-ci reste constant malgré quelques reculs incontestables de la liberté économique, les indices permettant donc une certaine tolérance. Cela veut dire que d'autres pays ont augmenté la liberté de leurs citoyens : faire du surplace lorsque les autres avancent, c'est une autre manière de reculer : quand les autres libéralisent, nous restons avec le même interventionnisme.

L'immobilisme du gouvernement et de notre classe politique en général est une nouvelle fois illustré. Les réformes qui font la fierté du gouvernement sont inexistantes (retraites), trop lentes (privatisation, démonopolisation), trop timides ou en trompe l'œil ("réductions" des prélèvements obligatoires), avortées (réduction des dépenses publiques) ou liberticides (35 heures).

L'augmentation du nombre de pays à plus grande liberté économique que la France signifie que les entrepreneurs français auront de plus en plus d'opportunités d'exercer leurs talents et de créer des richesses ailleurs. Cela veut dire aussi que ceux qui resteront ici devront faire face à des concurrents de plus en plus nombreux et réactifs (car plus libres) et de plus en plus compétitifs (car moins taxés). Combien d'entre eux et combien de temps résisteront-ils ?

Nous avons des raisons de nous inquiéter car dans le monde actuel, devenu plus libre et plus concurrentiel, il n'y a pas de place pour les "droits acquis". Dans un processus continuel de création de richesses, rien n’est jamais acquis. Mais seule la liberté donne l’opportunité de créer de nouvelles richesses.

Mots-clés : Croissance, Liberté, Richesse.