LA REVANCHE DE MISS MAGGIE



Qui ne souvient pas de la célèbre chanson –agressive et vulgaire- de Renaud et dédiée à Mme Thatcher, l’ancien Premier ministre britannique. Ce n’était pas une exception, mais la règle, à une époque où il était de bon ton de traiter de noms d’oiseaux le leader conservateur anglais et aussi le président américain, le comédien raté, le cow-boy Ronald Reagan . Les raisons de cette haine qui se manifestaient avec volupté dans tous les milieux, artistiques, intellectuels et politiques, tenaient au fait que les changements de pouvoir en Grande-Bretagne d’abord et aux Etats-Unis ensuite, avaient apporté une réorientation radicale des politiques économiques dans ces deux pays, vers plus de liberté et moins de contraintes bureaucratiques, plus d’initiative individuelle et de privatisations et moins d’impôts pour moins d’Etat.

En effet, il y a exactement 25 ans, au mois de mai 1979, le nouveau Premier ministre britannique, Margaret Thatcher, annonçait le programme de la « révolution conservatrice » s’appuyant en particulier sur la privatisation de nombreuses entreprises et l’introduction de la concurrence au sein même de l’Etat, tant au niveau des services publics qu’à l’intérieur de l’administration. Il faut dire aussi que la Grande-Bretagne de la fin des années 1970 était l’enfant-malade de l’Europe avec un des taux d’imposition les plus élevés (83%), un chômage largement au-dessus de la moyenne européenne, une inflation galopante et un recul de l’investissement sans précédent (à titre de comparaison, en 1980, le PIB britannique était inférieur de 30% à celui de la France).

Face à cette situation catastrophique, aggravée par des grèves à répétition dans tous les secteurs d’activité, Thatcher change de cap et lance une vaste campagne de privatisations. En peu de temps, elle transfère au privé les télécommunications, les transports (routier, aérien et maritime), le gaz et l’électricité, les banques et de nombreuses autres entreprises se trouvant dans le giron de l’Etat. Parallèlement, elle met en place la technique des marchés internes (« internal markets ») dans les services publics qui offre l’avantage du choix au consommateur et écarte la répartition du financement public par décision administrative (si les usagers ne sont pas contents des services d’une administration, celle-ci peut voir ses crédits coupés).

Pour mener à bien ces réformes, elle s’est attaquée à la rigidité et à la bureaucratie des relations sociales, en obligeant les syndicats à utiliser le vote secret dans toutes les décisions concernant le déclenchement d’une grève et a aussi mis un terme aux politiques antidémocratiques du « closed shop » (système qui n’acceptait que les travailleurs syndiqués).

N’en déplaise à ses détracteurs, Margaret Thatcher a non seulement été élue trois fois de suite, mais elle est aussi devenue très populaire, bénéficiant, à chaque élection, de plus du tiers du vote ouvrier.

Aujourd’hui, 25 ans après, la Grande-Bretagne est méconnaissable. C’est le pays le plus dynamique d’Europe, avec une croissance moyenne de 3 % par an, un chômage à 4% (en 20 ans, les Anglais ont créé 6 millions d’emplois marchands de plus que la France) et un PIB supérieur de 10% à celui de la France. Toutefois, ce n’est pas seulement dans ces statistiques impressionnantes que se trouve la grande victoire de Mme Thatcher. C’est aussi –et surtout– dans le fait que tous les pays suivent aujourd’hui son exemple et mettent en pratique des réformes qu’elle avait menées il y a un quart de siècle. Même la bureaucratie bruxelloise, sévèrement épinglée dans son fameux discours de Bruges comme une potentielle ennemie de la Grande-Bretagne, ne fait que prêcher la déréglementation économique, l’ouverture à la concurrence, la privatisation des entreprises et la baisse des dépenses publiques. C’est exactement ce que préconisait Miss Maggie « durant ces quelques onze années (qui) constituent probablement la révolution la plus féconde qui ait eu lieu dans l’Europe de ce siècle, et la plus contagieuse pour le reste du monde »[1].

BC



[1] Mario Vargas Llosa : Les enjeux de la liberté, Gallimard, 1994