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MICHEL-EDOUARD
LECLERC : « EN FINIR AVEC LA CULTURE
INTERVENTIONNISTE »
Nous suivons régulièrement avec attention, et nous relayons bien volontiers pour nos lecteurs, les déclarations des chefs d’entreprise en faveur de l’économie libre. Il nous semble essentiel que ce soit les représentants de la société civile elle-même qui s’engagent et qui défendent cette société civile. Cette semaine, nous avons noté avec intérêt la longue interview accordée par le PDG des centres LECLERC aux Echos. Morceaux choisis. « Notre pays a un problème culturel avec la politique de concurrence et les libertés économiques, quelles qu’en soient les applications dans le droit du travail ou dans l’élaboration des prix. Il y a toujours un biais idéologique dans l’approche de ces problèmes. Aussi bien à gauche qu’à droite, une culture très interventionniste, quasi colbertiste, oppose toujours l’intérêt public au libre fonctionnement du marché. Tout le discours politique fonctionne comme si seul l’Etat était le gardien du bien commun. En France, nous n’avons connu de liberté des prix que de 1986 à 1996, de BALLADUR à GALLAND. Encore celle-ci a-t-elle été conquise de haute lutte par des acteurs économiques(…) Nous avons gagné cette liberté en nous référant à la législation européenne, souvent à la suite de procès contre l’Etat, à la fois allié et otage des corporatisme ». « A partir de 1995, les gouvernements n’ont pas su assumer les conséquences sociales de l’ouverture du grand marché européen. Focalisés sur les aspects déstabilisateurs des importations et des délocalisations, et plutôt que d’abaisser les charges des entreprises, ils ont cédé à la tentation protectionniste. (…) . Dans les autres pays de la Communauté européenne, où la distribution est parfois plus concentrée que chez nous, la liberté des prix est garantie. De même que la négociation commerciale ! Quand j’achète en Pologne, en Italie, ou en Allemagne, le fabriquant ne se préoccupe pas du prix auquel je vais vendre ses produits en France. Je ne suis pas obligé d’habiller la négociation en lui proposant des prestations de services. Il veut savoir quand je paye et combien ! On discute du prix et de l’ampleur de la commande, c’est tout. Alors qu’en France je ne négocie pas mon prix d’achat, mais celui auquel j’aurais le droit de vendre. En Europe, tout est autorisé, sauf ce qui est expressément interdit par la loi. En France n’est permis que ce qui est autorisé par la loi ». « Notre culture politique n’a jamais valorisé ni fait confiance aux acteurs économiques. Elle a aussi toujours survalorisé l’apport de l’industrie et de l’agriculture dans le processus de création de richesse au détriment du secteur des services. (…) Le débat sur la directive BOLKESTEIN, avec ses fantasmes et ses approximations, illustre ce fond anticoncurrentiel, qui a été véhiculé par l’école, la religion et les relais institutionnels. La France a tout à gagner à la libéralisation des services ». Et le patriotisme économique ? « Ces dix dernières années, nous avons été stipendiés par les gouvernements successifs, désignés comme les boucs émissaires des problèmes d’aménagement du territoire, des délocalisations, des importations, de l’inflation, etc. ». « Toutes les avancées concurrentielles, nous les avons obtenues de haute lutte. A chaque fois qu’une corporation a cherché à plaider son statut spécifique pour déroger à la concurrence, elle a été le révélateur de la justesse de notre combat ». Mais le monde change et la France avec : « Tout le monde, y compris les salariés, comprend bien qu’il faut désormais plus de flexibilité sur le marché du travail, qu’il faut sortir des lois « pour tous », des 35 heures « pour tous », etc. ». Oui, cela fait
du bien d’entendre parler les entrepreneurs. C’est autrement plus rafraîchissant
que les discours convenus des énarques. Et c’est plus proche de la réalité.
Il faut que les Français écoutent leurs entrepreneurs ; et il faut
que les entrepreneurs s’expriment.
Le 16 Mars 2006
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