CONJONCTURE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 26 AVRIL 2003 -
N° 750


LES INSTITUTIONS, FACTEURS DE PROSPERITE



C’est une analyse fort intéressante que vient de publier le Fonds Monétaire International (FMI) dans son rapport « World Economic Outlook » de 2003. Le FMI s’interroge sur les causes de la prospérité des nations (de la Richesse des nations comme le disait déjà Adam SMITH) et sur les raisons pour lesquelles certaines nations se développent plus vite que d’autres. La réponse du FMI est claire et nette : ce sont les institutions qui font la richesse des nations.

 

Quand le FMI publie des indicateurs de liberté

 

A vrai dire, cela ne surprendra guère nos lecteurs, qui sont habitués à nous voir publier les résultats des indices de liberté, ceux du Fraser Institute comme ceux d’Heritage Foundation publiés régulièrement par le Wall Street Journal (Index of Economic Freedom) : ce sont les pays les plus libres, ceux qui ont choisi les institutions de la liberté, qui se développent le plus vite et ceux sont les pays qui refusent la liberté et le marché qui s’enfoncent dans la misère et le sous-développement.

Mais que ce soit le FMI qui le dise est révélateur : les grands organismes internationaux ne passent pas pour des inconditionnels de la liberté économique : par nature, ils sont même plutôt interventionnistes, justifiant ainsi leur raison d’être. On aurait pu s’attendre à ce que les médias donnent un écho important à ce virage du FMI. En fait, bien peu ont publié ces résultats, qui viennent contredire le politiquement correct. A notre connaissance, seul le Figaro économie, dans un excellent papier de Jean-Pierre ROBIN, a commenté l’analyse du FMI, mais avec un titre malheureux qui tranche avec tout le reste de l’article « La politique, facteur numéro un de la prospérité ».

Que fait apparaître le rapport du FMI ? Qu’habituellement on cherche a expliquer la croissance économique et la prospérité en général à l’aide des facteurs de production traditionnels, le travail et le capital. C’est ce qui a valu dans les pays du tiers-monde les calamiteuses politiques de développement, consistant à injecter -en pure perte- de l’argent –public- en espérant voir l’économie décoller. Or le FMI montre que ce qui compte ce ne sont pas d’abord ces facteurs de production -le travail existe dans ces pays et le capital ira là où il y a des perpectives de gains (surtout avec la mondialisation)- mais les institutions qui jouent le rôle déterminant.

 

La qualité des institutions, facteur déterminant

 

Si les institutions sont souvent négligées, c’est en raison d’a priori idéologiques, mais aussi parce que ce sont des facteurs non quantifiables, difficilement intégrables dans les modèles de croissance mathématiques, néoclassiques ou keynésiens.

En quoi consiste cette qualité des institutions ? Il s’agit aussi bien des règles du jeu comme celles de la concurrence ou du marché du travail (est-il libre et flexible ou entravé de réglementations ?) que les cadres réglementaires ou les institutions proprement dites, comme par exemple une banque centrale indépendante ou des règles budgétaires strictes. On note en particulier « la qualité de la gouvernance » -degré de corruption, protection des droits, efficacité du secteur public, etc…- « la protection légale de la propriété privée », « le niveau des limites institutionnelles encadrant les responsables politiques » et empêchant donc leur interventionnisme excessif.

Selon le FMI « Compte tenu de la mobilité du capital international de telles estimations (sur les réalités institutionnelles et la façon dont elles sont perçues) peuvent jouer un rôle majeur dans la capacité d’un pays à attirer et à retenir des flux d’investissements ». Maitland MACFARLAN, le responsable de l’étude du FMI en arrive à la conclusion suivante : «  Le revenu par tête pourrait augmenter en moyenne de 80% (c’est à dire d’environ 800 à plus de 1400 dollars par an) si les institutions de la région s’amélioraient pour atteindre le niveau de celles de l’Asie en développement. Et cette dernière pourrait en gros doubler ses revenus si ses institutions étaient renforcées au niveau moyen de l’échantillon ».

 

Les institutions expliquent les écarts entre pays

 

Rentrant dans le détail, le FMI explique ainsi la réussite de certains pays : « le très haut niveau de vie atteint à Singapour tranche avec celui de ses voisins qui ont le même climat équatorial. Autre exemple, moins connu : en Afrique les bonnes performances du Bostwana contrastent avec les sévères difficultés de pays limitrophes comme l’Angola et le Zimbabwe », qui conservent largement des institutions inadaptées, issues du socialisme. On pourrait évidemment mettre aussi en avant les résultats de l’Ile Maurice ou de l’Asie du Sud-Est, par rapport à leurs voisins restés avec des institutions archaïques opposées au libre marché. Et beaucoup de pays aujourd’hui riches se sont développés sans aucune ressource naturelle ni matière première.

Bref, « le facteur géographique ou climatique se trouve relativisé, tout comme le déterminisme de l’histoire. Les experts du FMI, souligne le Figaro, invoquent des raisons institutionnelles pour expliquer les succès fort contrastés obtenus par les colonisations européennes du XVII° au XIX° siècles. D’un côté l’établissement de colonies d’émigrés, comme les Etats-Unis, l’Australie, la Nouvelle Zélande, avec des institutions défendant l’état de droit et la propriété privée. De l’autre des colonies d’exploitation, en Amérique centrale ou du sud ou dans la majeure partie de l’Afrique sub-saharienne : leur cadre juridique a été conçu pour exploiter des richesses nationales, bien plus que pour le développement d’un pays ». Et la voie marxiste suivie par nombre de ces pays après l’indépendance a encore aggravé la situation.

Pour le FMI, la conclusion est claire : chaque nation devrait avoir à cœur d’améliorer ses règles de fonctionnement, au profit d’institutions « qui protègent les droits de propriété, respectent l’état de droit, etc… ». En outre certaines conditions facilitent les évolutions institutionnelles, à commencer par l’ouverture à la concurrence et au commerce international. Voilà qui ne surprendra guère nos lecteurs, mais peut-être un peu plus les lecteurs habituels des rapports du FMI… Il serait bon que les partisans du « développement durable » et les gouvernements qui refusent le libre-échange s’en inspirent.

 


 

 

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