LIBERAUX SANS LE SAVOIR



Ce titre est celui d’un article de Chantal Delsol (épouse de Charles Millon) paru dans La Croix. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, les Français ne font-ils pas du libéralisme sans le vouloir ?


Le libéralisme jouit en France d'une réputation sulfureuse. Invoqué à une certaine époque par la Gauche "Eclairée", épouvantail pour la droite, il est, de toute manière, peu fréquentable. On ne le connaît guère qu'avec le préfixe "ultra" et, ainsi paré, il occupe à merveille les fonctions sociales du bouc émissaire. Quant à son contenu, qui pourrait s'en inquiéter ?

Chantal DELSOL, spécialiste du principe de subsidiarité, rappelle dans La Croix (16.11.99), quotidien peu suspect de compromission avec le libéralisme, qu'Auguste a pu rétablir à Rome la monarchie honnie sans difficulté, simplement en la débaptisant. Ne conviendrait-il pas d'en faire autant avec le libéralisme ? Ceci se justifie, note l'auteur, parce que l'on assimile communément le libéralisme à ses excès, "l'ultra-libéralisme".

"Ils (les Français) ne conçoivent le libéralisme qu'à travers ses excès les plus criants et à travers des excès disparus depuis un siècle. Ils imaginent aussitôt le monde de Zola, et une Amérique sans allocation de pauvreté, ni assurance santé, livrée au monopole des petits boulots (sic !) et à l'arbitraire patronal, c'est-à-dire une Amérique qui n'existe pas parce que le tableau est trop excessif pour être signifiant."

En revanche, en reprenant certains sondages, l'auteur n'a pas de mal à constater que le simple bon sens a permis aux Français de percevoir les effets d'un étatisme excessif et désarticulé. « Ils s'aperçoivent que la belle idée du service public ressemble aujourd'hui trop souvent à un costume fait pour déguiser le corporatisme ; que les universités gratuites fabriquent des chômeurs diplômés, que l'embauche de fonctionnaires finit par appauvrir le pays sous couvert d'exception française ».

Le mode d'organisation des activités humaines qui s'impose alors à l'esprit de la plupart des Français ressemble à s'y méprendre au libéralisme. "C'est un système dans lequel on veille simplement à ce que les services publics ne s'étendent pas au-delà du nécessaire et servent vraiment le public, dans lequel on connaît l'impact désastreux d'un impôt excessif sur les entreprises privées, dans lequel on capitalise pour les retraites futures parce qu'on a compris les insuffisances de la répartition, dans lequel on préfère les créations d'emplois privés à des créations d'emplois publics pour développer une économie, dans lequel on tente d'éviter la paupérisation des universités en les autonomisant."

En bref, les Français sont libéraux, dans le fond, mais une mentalité anti-libérale est largement entretenue, si bien que la majorité de l'opinion se réfugie dans des partis politiques divers qui ne peuvent que partiellement les satisfaire. La société politique attend son "Auguste", celui qui parviendra à proposer les mesures souhaitées sans attirer les foudres des médias et l'opprobre public.

On pourrait discuter la distinction faite par l'auteur entre le libéralisme et l'ultra libéralisme et s'interroger sur les rapports entre le libéralisme et les excès qu'on lui attribue. Le court texte de Chantal DELSOL a le grand mérite de souligner la tâche qui reste à accomplir pour que le libéralisme puisse recevoir l'intérêt qu'il mérite au sein de la société.

Mots-clés : Conservatisme, Etat, Libéralisme