LIBERAUX SANS LE SAVOIR ?


Le Figaro Magazine (27 Mai) commente un sondage en titrant : "Les Français sont libéraux mais ils ne le savent pas". Certes il y a des surprises dans les résultats, mais le commentaire ne se justifie qu'au prix d'une violente déformation de ce qu'est le libéralisme...


Madame Sylvie PIERRE BROSSOLETTE devrait lire l'ouvrage de Pascal SALIN "Libéralisme" pour savoir de quoi elle parle. Car c'est avec des articles comme le sien que les Français se trompent sur la nature du libéralisme et le programme des libéraux.

Elle nous présente un libéralisme qui s'entendrait d'une part de la libéralisation des moeurs, d'autre part d'un total rejet de l'Etat.

Le libéralisme ne signifie ni la licence, ni l'anarchie, ni l'indépendance : les règles juridiques et morales sont indispensables à une société de libertés. Les libéraux ne contestent pas l'existence de règles, ils demandent simplement qu'elles ne soient pas laissées à l'arbitraire de l'Etat ou du juge, mais qu'elles assurent le respect des droits fondamentaux de la personne humaine : la vie; la liberté d'agir, la propriété. La pilule du lendemain, le Pacs et autres "libérations" récentes n'ont nullement la sympathie des libéraux consistants.

De même, les libéraux sont opposés à l'Etat dans sa prétention à tout régler et à envahir le domaine privé. Ils lui demandent de jouer un rôle de "veilleur de nuit" (HAYEK), c'est à dire de faire usage de la coercition uniquement pour protéger la vie, la liberté et la propriété. Aucun libéral ne trouve anormal que l'Etat arrête, juge et punisse les criminels. Les fonctions régaliennes sont simplement indiquées par le principe de subsidiarité : que l'Etat fasse ce qu'il est le seul à pouvoir faire. La justice, la police et la défense collective : il a de quoi faire - mais en France il ne le fait, et il s'occupe de l'éducation, de l'enseignement, du sport, de la culture, de la concurrence, de l'énergie, de la finance, des transports, de l'agriculture, de l'alimentation, de la santé, de la retraite, de la justice sociale, de la protection de l'environnement, etc. L'Etat français souffre d'anémie graisseuse : les libéraux veulent lui imposer un régime d'amaigrissement sérieux. Accessoirement, le fait de refuser des pouvoirs à l'autorité politique des Quinze n'est pas une marque de "nationalisme", donc anti-libéral. Si telle est la position des souverainistes et des conservateurs, c'est aussi celle des libéraux, qui veulent une Europe, mais sans organisation politique.

Il faudrait que cesse enfin la désinformation sur le libéralisme...

Quant à savoir si les Français sont libéraux sans le savoir, il faudrait d'autres questions pour se prononcer. Cependant, en dépit des mensonges de la presse et des politiciens, nul doute que les Français ne sont pas plus bêtes que les autres et qu'ils se rangeront aux (vraies) propositions libérales si quelqu'un veut bien les formuler un jour.

Mots-clés : Etat, Institutions, Libéralisme.