 |
Dans son ouvrage « La liberté et la loi », Lucien Jaume remonte
aux origines philosophiques du libéralisme. cela permet de
rappeler, une nouvelle fois, que le libéralisme ne se résume
pas à l’économie.
L’un des arguments des détracteurs les plus primaires
du libéralisme repose sur l’idée que celui-ci se réduirait
à une vision purement économique de la société dans laquelle
tout repose sur le marché. Le « laissez-faire, laissez-passer »
des physiocrates, utilisé de manière incorrecte à l’infinitif,
serait la devise de tous les libéraux et leur véritable raison
d’être. Pourtant, l’histoire du libéralisme contredit clairement
cette interprétation. Il suffit de lire les penseurs libéraux
et d’approfondir leurs idées.
|
C’est ce que fait Lucien Jaume dans son dernier livre
(La liberté et la loi, Fayard, 2000) en remontant aux origines
philosophiques du libéralisme. Comment s’est forgé l’idéal commun
des libéraux, le « gouvernement de la liberté » ?
Quelle a été la position des libéraux par rapport à la Loi et à
son universalité ? Quand et comment apparaît le courant économique ?
Voici les questions principales auxquelles répond le philosophe
Lucien Jaume.
Le libéralisme naît comme une forme de protection d’un
sujet moral et politique, seul capable de juger le pouvoir qu’il
a institué. De la Renaissance à nos jours, on peut parler des « invariants
de la pensée libérale », du scepticisme de Montaigne au rationalisme
de Descartes et de l’empirisme de Hume (qui marque aussi le point
de départ du libéralisme économique) jusqu’à l’idée de confiance
de Kant. Toutefois, malgré ces métamorphoses, les idées libérales
ont été, en premier lieu, une critique de la souveraineté, qu’elle
soit représentée par la monarchie absolue de droit divin ou bien
par l’absolutisme politique si bien décrit par Montesquieu. En insistant
sur la confrontation entre « la monarchie absolue » légitimée
par Bossuet et la « monarchie constitutionnelle » défendue
par Fénelon, en opposant les conceptions de l’individu chez Bossuet
et Locke, Lucien Jaume révèle la tâche première du libéralisme,
celle de penser l’émancipation de la société et de l’individu.
Avec Montesquieu, la loi devient le fondement de la
vision libérale. Mais cette loi doit être une loi de liberté et
non pas un acte de souveraineté, la loi n’étant pas l’instrument
d’un souverain comme chez Hobbes (car il n’y a pas de « bon
souverain »), elle demande un « système », une organisation
telle que le pouvoir arrête le pouvoir. La formule de Hobbes « Auctoritas,
non veritas, facit legem » a été reprise par bon nombre d’antilibéraux
au XXe siècle, dont le juriste Carl Schmitt, qui ont regardé avec
mépris et incrédulité l’évolution de la société américaine basée
sur le respect de la loi et de la Constitution. L’Histoire leur
a donné tort.
C’est presque la même notion de loi au service des
hommes que Kant reprend dans ses écrits, en étant favorable à la
réalisation en premier de la liberté sociale et ensuite de la liberté
de juger.
La garantie des Droits de l’Homme est associée à un
fait institutionnel, le juge, protecteur des droits, et est située
dans une perspective américaine, la pratique du « judicial
review ». C’est une nouvelle interprétation de la liberté,
non pas régie par la loi, mais par les droits des êtres humains.
Même si l’auteur préfère arrêter son étude au seuil du débat contemporain
sur le caractère universel des droits de l’homme, son incursion
dans la philosophie libérale est largement convaincante. Le libéralisme
en philosophie combine l’obligation envers la loi, le refus de la
souveraineté comme principe hégémonique et la protection des droits :
vie, liberté, biens.C’est dans la relation entre l’individu et la
loi que réside le gouvernement de la liberté.
|