L'ILLIBERALISME DES INTELLOS

Ils sont étatistes, marxistes et antilibéraux. Pourquoi tant de haine contre les idées libérales ? Un livre tente une réponse.

Raymond Boudon fait partie, avec Philippe Beneton, des sociologues anti-Bourdieu, auteurs de plusieurs livres dans lesquels ils denoncent avec acuité l’ideologie gauchiste qui a phagocité la sociologie française. Dans son dernier livre, Pourquoi les intellectuels n’aiment pas le liberalisme, Odile Jacob, 2004, Boudon essaie de répondre à une question qui a fait beaucoup de mal à la societe francaise. Le fait qu’une grande partie des intellectuels français aient refusé –et continuent de le faire– le libéralisme, en préférant l’étatisme ou bien le marxime et le communisme, reste une enigme. Déja, il y a quelques années, Jean François Revel avait soulevé le problème dans plusieurs livres dont La tentation totalitaire et La connaissance inutile mais, il faut reconnaître, sans avoir trouvé une reponse.

Une des raisons de cette attirance pour l’idéologie antiliberale est la facilité avec laquelle les theories simplistes se répandent dans les milieux intellectuels grâce en particulier aux médias totalement soumis aux idées étatistes. Un exemple récent a été donné par le tapage autour du jury d’aggrégation présidé par –sacrilège– un professeur libéral, en l’occurrence, Pascal Salin. Dans les milieux intellectuels, dans les universités, des théories complétement sommaires sans aucune vérification dans la pratique se sont imposées à longueur d’années avec la bénédiction des clercs. Ces derniers refusent obstinement la vérité justement parce qu’elle vient de la pensée libérale et se sentent obligés de se considérer comme progressistes, donc forcement de gauche. L’histoire de cet intellectuel italien est exemplaire.«Un brillant universitaire italien me confiait naguère qu’il s’était longtemps senti contraint de signaler a ses collégues, par une discrète mais indispensable incise, deux ou trois fois par an, qu’il était bien un homme de progrès. Depuis qu’il avait négligé de souscrire à cette obligation tacite, il avait l’impression d’être traité comme un courant d’air. Désormais, on oubliait regulièrement de le citer, voire de le saluer».

Boudon rappelle aussi les clichés qui conditionnent les intellectuels : le liberalisme est fondé sur le culte du marché, le marché est aveugle et il engendre des inégalités, il obéit à la loi du plus fort, l’économie est forcément l’ennemie de la culture et ne bénéficie qu’aux puissants, l’Amérique est l’anti-modèle par excellence. D’où l’attribution des qualificatifs comme ultra ou sauvage au liberalisme alors que personne n’est capable de les expliquer.

Mais, paradoxalement, insiste l’auteur, le libéralisme est victime de son succès. Alors que les partis politiques libéraux sont faibles –en France il n’y en a pas- les réformes libérales s’imposent un peu partout et même des gouvernements de gauche en ont fait.

S’il existe un domaine où les idées illibérales, ont gagné c’est l’école qui, sous prétexte d’égalitarisme est devenue un facteur d’exclusion et d’échec pour des générations d’élèves.

Même s’il ne repond pas à la question du titre, le livre de Boudon a le mérite de la clarté et de la démonstration par les faits. Mais il reste beaucoup à faire pour éduquer nos intellos.

Bogdan Calinescu

 
   
 

 

 

Pascal Bruckner : Misère de la prospérité Jean-François Revel : L'obsession anti-américaine Raymond Boudon : Déclin de la morale ? Peter Scowen : le livre noir des Etats-Unis Florin Aftalion : La trahison des Rosenberg Serge Raffy : Castro l'infidèle Mondialisation et éthique des échanges Pierre Rigoulet : L'Antiaméricanisme Boudon : Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme