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La cour de cassation
n'a pas osé défier le Conseil constitutionnel dans l'affaire du statut
pénal du Président de la République "Chez toutes les nations policées de l'Europe,
le gouvernement a toujours montré une grande répugnance à laisser la justice
ordinaire trancher des questions qui l'intéressaient lui-même. Cette répugnance
est naturellement plus grande lorsque le gouvernement est plus absolu.
A mesure, au contraire que la liberté augmente, le cercle des attributions
des tribunaux va toujours en s'élargissant ; mais aucune des nations européennes
n'a encore permis que toute question judiciaire, quelle qu'en fût l'origine,
pût être abandonnée aux juges de droit commun". (Alexis de Tocqueville
De la démocratie en Amérique I (1835)). Plus de cent cinquante ans après, les problèmes posés
par ce philosophe français de la politique sont toujours d'actualité.
En effet, aujourd'hui se pose en France la question du statut pénal du
chef de l'Etat. Plus précisément, celui-ci peut-il être poursuivi, durant
son mandat, par un juge ordinaire pour des actes commis avant son élection?
La réponse pourrait paraître raisonnablement évidente. Ce serait ignorer
les enjeux politiques qu'elle recouvre. Parmi toutes les procédures en cours qui semblent impliquer
de près où de loin le Président de la République (alors qu'il était maire
de Paris), la cour de cassation n'a été saisie que dans le cadre de l'enquête
sur la gestion de la société d'économie mixte parisienne de prestations
(Sempap).Dans cette affaire, les juges d'instruction, puis la Cour d'appel
de Paris, s'étaient déclarés incompétents pour auditionner Jacques Chirac
en qualité de témoin, ainsi que pour d'éventuelles poursuites à son encontre. Cependant, la décision de la Cour de Cassation, très
attendue, était d'une importance capitale puisqu'elle servira de jurisprudence
pour toutes les autres affaires dans lesquelles le président est directement
mis en cause. D'autre part, elle se prononçait pour la première fois sur
le statut pénal du Président. Le suspens n'était pourtant pas à son comble
dans la mesure où l'on s'attendait à ce que la Haute juridiction s'aligne
très courageusement sur celle du Conseil constitutionnel datant du 22
janvier 1999 assurant l'immunité du président de la République. Derrière la question du statut pénal du chef de l'Etat,
se cache une vieille querelle qui oppose l'ordre judiciaire et l'ordre
constitutionnel, à travers la Cour de Cassation et le Conseil constitutionnel,
qui sont deux institutions indépendantes l'une de l'autre. Ce dernier
a été introduit dans notre droit par la Constitution de la Ve
République. Pour la première fois, une institution judiciaire était chargée
de contrôler la constitutionalité de la loi. La particularité du Conseil constitutionnel est qu'il
est non seulement investi d'une fonction judiciaire, mais aussi d'une
fonction politique. Pour preuve, les membres nommés sont désignés de façon discrétionnaire pour un mandat de neuf
ans non renouvelable par le politique ( trois par le Président de la République,
trois par le Sénat, et trois par l'Assemblée nationale). En outre, la
pratique montre que souvent ses membres sont soit des hommes politiques
d'expérience, soit des juristes qui montrent un certain intérêt pour le
politique. D'autre part, en matière de constitutionalité des lois, le
Conseil ne peut être saisi que par une élite politique (soit le Président
de la République, le Premier Ministre, les présidents de l'Assemblée nationale
et du Sénat, ou encore 60 députés ou sénateurs) avant la promulgation
d'une loi. Cette institution prend de plus en plus d'importance
dans le paysage judiciaire, donnant parfois l'impression que l'indépendance
du troisième pouvoir s'affirme. Mais il faut reconnaître que par ses fonctions
et sa composition, le Conseil constitutionnel est plutôt un organe politique
dont la position au sein du pouvoir judiciaire permet de contrôler ce
dernier. Si la Cour de Cassation, représentante du véritable
pouvoir judiciaire, avait démenti la position du Conseil Constitutionnel,
on en aurait conclu à coup sûr à un véritable équilibre des pouvoirs,
garant d'une démocratie libérale saine. Mais que dire maintenant ?
Hier, l'arrêt de la Cour de Cassation est tombé : Guy Canivet, premier
juge de France a rendu un arrêt conforme à l'orientation donnée vendredi
5 octobre par le premier avocat général Régis de Gouttes, qui avait alors
appelé à suivre la position du Conseil Constitutionnel. L'immunité du
Président est confirmée et, par la même, l'indépendance de l'ordre judiciaire
ébranlé une fois de plus. Et ce n'est pas en ajoutant une clause de "suspension
à la prescription" (disposition qui permettra d'engager des poursuites
une fois le chef de l'Etat redevenu simple citoyen) aura montré sa différence.
Cet alignement avait-il quelque fondement juridique ? Il semblerait,
d’après les juristes, très léger. Ainsi finalement, dans ce pays, on ne
peut traduire le Président de la République devant la justice, sauf devant
la haute cour de justice, en cas de haute trahison. Or, celle-ci est une
juridiction fantôme. Le président n’aura alors plus rien à craindre des
procédures judiciaires dans lesquelles il est mis en cause. Mots clés : Cour de Cassation, Conseil
constitutionnel, Indépendance. |