PARTIE I


L'IMPOT DE L'ANTIQUITE A LA VEILLE DE LA REVOLUTION : LES BALBUTIEMENTS DE L'INSTITUTION FISCALE


 

Section 1 - Convergence des civilisations vers un mode d'imposition

§ 1 - L'impôt comme substitut à la barbarie

A - Contributions des envahisseurs à la naissance de l'impôt

L'impôt est apparu quand les conquérants se rendirent compte qu'il valait mieux substituer à un prélèvement désordonné la perception d'un tribut plus productif

B - L'impôt comme libération de l'homme

Comparable au pillage, la réquisition était une méthode des plus destructrices de l'activité des paysans et artisans. Un minimum de règles devint nécessaire pour permettre une organisation des activités plus efficace pour l'individu et une perception plus efficace pour l'Etat.

Ce raisonnement s'applique aussi à la réquisition des hommes. Ainsi, en Egypte, chaque individu subissait des corvées (pour la construction de pyramides, travaux hydrauliques ... ) qui le détournaient de son travail. En plus, l'esclavage avait un faible rendement. La solution résidait dans l'affranchissement des esclaves qui pouvaient alors gagner leur vie (par le biais de ces même travaux) et de cette façon verser un impôt. La fiscalité, tout en procurant des travailleurs et des produits permettait de résoudre les problèmes de l'armée et de l'administration. Ainsi, à Rome, un impôt fut instauré pour participer à l'effort de guerre et de conquête. De plus, pour éviter le problème des déserteurs lié à l'obligation de l'armée, Rome organisa une armée de métier grâce à une technique de solde financée par un impôt, et touchée par les hommes constituant l'armée impériale.

 

§2 - Impôt foncier et capitation présents dans les principales civilisations antiques

A - La fiscalité du premier empire chinois. héritage de plusieurs siècles

Ce premier Empire comportait un système fiscal mis au point pendant les siècles antérieurs. Les principales évolutions eurent lieu aux VIII et IXe siècles av.J-C ... On peut résumer la fiscalité chinoise du IIIe siècle ainsi :

- Impôt foncier payé en nature et assis sur la superficie des terres.

 

- Capitation portant sur toute les personnes de 14 à 55ans, payée en monnaie, au même taux pour tous.

 

- Double taxe de capitation sur les commerçants et patrons d'esclaves.

- Autres taxes sur les commerçants (boutiques, inventaires,…)

- Taxes sur les chars et bateaux

La fiscalité est déjà très organisée et précise.

B - La fiscalité centralisée du monde arabe

En Orient des Etats se maintiennent, des Etats puissants, dotés d'une administration centralisée dont les ressources proviennent, dans une large mesure, de l'impôt.

1 - L'Iran

- Impôt foncier (le klarag) qui consistait en un prélèvement sur la récolte, selon la fertilité de la terre.

- Taxe personnelle: somme fixe répartie entre les contribuables.

- Douanes et droits analogues.

Un tel perfectionnement du système fiscal a été rendu possible par une activité commerciale soutenue et par une production non négligeable.

2 - L'Empire Byzantin (330-1453)

- L'impôt foncier était fondé sur la superficie et la fertilité des terres classées en différentes catégories compte tenu du nombre d'animaux de labour.

- Capitation: les habitants fournissaient d'importantes prestations en biens et travail.

- impôt sur les échanges, droits de douane et autres taxes portant sur la circulation des produits.

Lors des invasions arabe en Egypte et turque en Russie, le recouvrement se fit difficilement et on eut de nouveau recours aux corvées et réquisitions.

3 - Les Etats islamiques

- Impôt foncier sans privilèges

- Capitation avec discrimination en faveur des musulmans.

Un tel système fut possible du fait que le peuple arabe avait conquis des pays comptés parmi les plus fertiles du monde dont certains, en plus, possédaient des zones maritimes et de steppes permettant des échanges internationaux.

C - L'impôt grec, fonction des besoins au coup par coup

Les documents qui permettent de s'en faire une idée claire sont peu nombreux. Il faut attendre le VIIe siècle av. J.-C. pour trouver mention d'un impôt: la dîme du tyran Cyprélos de Corinthe. Il préleva pendant dix ans un impôt du dixième des biens des corinthiens pour l'offrir à Zeus.

Au siècle suivant, c'est à Athènes et sous la tyrannie de Pisistrate que fut également levée une dîme. Cette association des tyrans, avec la levée d'un impôt sur les revenus de la terre, atteste qu'à l'époque, on tenait cet impôt comme contraire à la liberté du citoyen, comme un signe d'asservissement.

Les seuls impôts "normaux" étaient les taxes prélevées sur les transactions marchandes à l'entrée et à la sortie des ports. La levée de ces impôts était généralement confiée à des individus, la cité n'ayant pas à proprement parler d'administration fiscale.

Il importe cependant d'évoquer un autre moyen de financement des dépenses publiques: les liturgies. Les liturgies étaient des charges qui pesaient sur les citoyens les plus riches, mais qui étaient, en même temps pour eux, au moins à l'origine, un titre de gloire. Il s'agissait de prendre en charge l'organisation d'un choeur, d'un sacrifice, d'un banquet public. Ce système de liturgies relevait d'une conception aristocratique de la cité, conception selon laquelle les riches se devaient d'assurer un certain nombre de services et de supporter certaines charges communes en contrepartie de l'autorité qui leur était reconnue dans la cité.

Cependant taxes et liturgies allaient se révéler insuffisantes lorsqu'Athènes eut à affronter la longue guerre du Péloponnèse. Il y avait certes les alliés de la ligue de Délos, un tribut censé couvrir les dépenses de la flotte nécessaire à la défense commune. Mais, outre le fait que la guerre allait en rendre la perception de plus en plus aléatoire, les échecs subis par Athènes nécessitant des dépenses accrues, il fallut recourir à un impôt exceptionnel: l'eisphora.

Les historiens ignorent comment la levée avait alors été organisée et sur qui était retombé le poids de cet impôt.

D - L'Egypte.- une organisation fiscale développée

Sur cette civilisation aussi, il est difficile d'être complet parce que d'une part, la fiscalité est omniprésente et multiforme et d'autre part, un grand nombre parmi les dizaines de milliers de papyrus retrouvés concerne la fiscalité. L'organisation fiscale était très développée et toutes sortes de désignations et particularités locales venaient s'ajouter aux taxes nationales. L'index grec des "taxes et redevances" compte quelques trois cents entrées.

1- L'époque Lagide (305 à 30 av.J.-C.)

Les recettes de L'Etat étaient alors diverses à cause de la juxtaposition d'institutions pharaoniques et de modes de prélèvements nouveaux. Loin d'être une théorie d'ensemble, la fiscalité a été organisée en fonction d'impératifs pratiques et adaptée de façon pragmatique aux conditions égyptiennes.

- Le système de la ferme: les impôts étaient perçus par des "fermiers" qui, en venu d'un contrat conclu avec l'Etat, étaient chargés de percevoir l'impôt en son nom et de fournir au trésor royal une certaine somme déterminée à l'avance. Ils conservaient l'excédent subsistant en fin d'exercice et cédaient des cautions sur leurs propres biens en cas de montant perçu inférieur au montant fixé à l'origine. Mais l'organisation avait des failles et il était de plus en plus difficile de recruter des fermiers.

Jusque là, l'Égypte ne connaissait que des impôts en nature mais après l'introduction de l'économie monétaire, le roi eut besoin de recettes en argent et le système de la ferme permit cette conversion de produits en monnaie.

- Le régime des terres et leur impôt: Les distinctions sont fondées sur la qualité et la productivité de la terre. Les charges des cultivateurs étaient très lourdes.

- Instruments de la prévision et du contrôle de la production agricole: le contrôle de la fiscalité reposait sur une bureaucratie très développée; relevés de terres, documents cadastraux, mesures d'arpentage constituaient la base nécessaire pour établir l'assiette et le montant des impôts fonciers.

On peut noter que le sol égyptien possède une nature particulière faisant que sa fécondité dépend en premier de la crue du Nil ; la hauteur de celle-ci variant toutes les années, il fallait constamment remettre ces documents à jour. C'est pourquoi l’un des instruments de prévision en matière agricole et fiscale se nommait le “ Nilomètre ”.

- Les impôts sur les personnes. Ce mode d'imposition n'était pas très développé chez les lagides. Mais les recensements de personnes par famille au 1er siècle avaient pu servir de données pour l'élaboration de l'assiette d'autres impôts tels que la haliké ou impôt sur le sel. Les prestations de travail ou corvées s'ajoutaient à cela. La principale corvée pour laquelle étaient requis les paysans égyptiens relevait de l'entretien des canaux et digues: leur tâche se mesurait parfois en volume de terre déplacée. Une autre corvée: assurer des services de garde en temps de moisson ou d'irrigation.

Les réquisitions de logements ou statknoi en faveur des soldats ou des fonctionnaires en tournée frappaient tout le pays mais la répartition de ces charges était ni régulière, ni uniforme.

"Les fournitures d'hospitalité " dues par les sujets pour le ravitaillement des troupes et l'accueil du roi en visite remontaient à des traditions séculaires. Plus tard, ces prestations sont devenues des impôts en espèces et au ler siècle av.J.-C., le sitônion institutionnalise la tradition sous la forme d'une somme souvent très élevée payée au roi. Il faut ajouter à cela les cadeaux (scenia) offerts non pas spontanément mais par voie autoritaire au roi.

- Autres impôts:

ü      Impôt sur les pâturages; ennomion.

ü      Taxe sur l'exercice de certains métiers; cheironaxion.

ü      Taxe de seizième sur le produit des vignobles et vergers; apomoira.

ü      Prélèvement pour l'entretien des digues; chômatiken.

ü      Prélèvement pour l'entretien et le fonctionnement des bains publics; balaneutikon.

ü      Droit de mutation versé sur le transfert de propriété; enkyklion.

ü      Entretien de la police, phylak-itikon.

ü      Rémunération des médecins publics, iatrikon.

ü      Taxe en nature sur certains produits (cire, miel, toile...

ü      Taxe de douane aux frontières politiques et régionales de l'Egypte.

- Le fonctionnement du système fiscal: il ne pouvait être satisfaisant que si le pouvoir était fort. Or celui-ci fut considérablement affaibli par les nombreuses guerres extérieures, les rivalités dynastiques, les révoltes intérieures. Pour encourager un meilleur rendement agricole, les rois procédaient à des amnisties, dégrèvements, réduction d'impôts. Mais les faiblesses du système résidaient aussi dans les abus commis par les fonctionnaires.

2. L'époque romaine

Les structures fiscales et administratives furent réorganisées. Il y a deux tendances majeures dans ce nouveau système, une augmentation globale de l'impôt en espèces et le développement des liturgies.

- Le régime des terres et les impôts fonciers. Ces derniers continuèrent à être payés en nature pour les terres céréalières, les redevances en blé étant versées aux greniers (thésauroi). La charge fiscale devint l'épibolé, obligation imposée à des propriétaires privés de cultiver des terres domaniales que personne n'avait prises à bail. Il faut rajouter quelques impôts en espèces: le naubian perçu sur toutes les catégories de terres privées et destiné à entretenir digues et canaux, la geometriâ pesait sur les vignobles, les vergers et les jardins potagers ; l' epanourian, taxe à taux fixe qui frappait les vignobles et les vergers ; l' apomoira.

- La capitation et autres impôts sur les personnes, les recensements et les déclarations. La capitation (laographia) payée à taux plein par tous les indigènes masculins âgés de 14 à 60 ans. Ce taux variait d'une région à une autre et certaines catégories privilégiées en étaient exemptées. C'est pourquoi la capitation était la marque d'un statut inférieur et frappait d'autant moins les égyptiens que leur rang social était élevé.

Pour assurer la levée de la capitation, un système de recensement était organisé tous les 14 ans. Chaque chef de famille devait inscrire les personnes habitant le foyer avec leur nom et leur âge (“ déclaration d’enregistrement par maison ”). Le contrôle de la population était aussi assuré par les déclarations de naissance et de mort.

Parmi les autres impôts personnels on peut citer: le chômatikon qui servait à l'entretien des digues système d'irrigation ; la hyiké, taxe sur les porcs pour fournir des animaux de sacrifice aux temples grecs et romains ; le balaneutikon pour l'entretien des biens publics ; diverses taxes pour rétribuer les forces de police dont l' eremophylakia ; taxe payée par les juifs pour la reconstruction du temple romain incendié au cours d'une insurrection ; taxes dues par les artisans pour l'exercice de leur métier comme par exemple le cheironaxion ; certains impôts pesaient sur les personnes en fonction du principe de responsabilité collective c'est-à-dire destinés à combler les manques causés contribuables défaillants, disparus de leur domicile fiscal ou ruinés.

- Corvées et liturgies. Les romains développèrent les liturgies en la perception des impôts directs est confiée à des liturges responsables de la collecte en espèces et en nature et de son transport à Alexandrie. Le système fonctionne bien et les rentrées s garanties du fait de la responsabilité personnelle des liturges sur leurs propres biens en cas de recouvrement inférieur à ce qui était prévu.

A côté des liturgies dites "patrimoniales" dont la première condition était un niveau de ressources suffisant, il existait des services dits "corporels" consistant en un travail physique, par exemple obligation de consacrer cinq jours de travail à l'entretien du réseau d'irrigation. Certains privilégiés n'étaient pas astreints aux liturgies quelles qu'elles soient.

- Autres impôts:

- Taxes sur les moutons, chameaux et les ânes plus l' ennomion pour le droit de pâture, plus une taxe sur les volailles (tokadeia).

- Taxes sur le sel, la bière et l'huile.

- Prestations obligatoires en nature et espèces affectées à l'armée (stephonos)

- Taxes dites "ad valorem": enhylilion pour le transfert de propriété, anabolikan pour

- Taxes de douane et de transit des marchandises, plus péages pour les personnes et pour les animaux.

E - L'impôt-privilège de la civilisation romaine

Il fallait payer une armée permanente de trois cent mille hommes, besoins des vétérans, rétribuer les fonctionnaires et une bureaucratie qui engouffrait ,normes, entretenir les routes, les aqueducs, le service de la poste, financer une oeuvre géante, maintenir les oeuvres d'assistance, d'éducation et de culture.

Pour faire face à cela, les recettes de l'Etat avaient cinq sources différentes selon les époques.

- Impôt foncier direct: les citoyens payaient un impôt sur les terres et biens proportionnel à leur fortune, le tributum ex censu, uniquement pour couvrir les dépenses guerre en cas de besoin; après la conquête de la Macédoine, le trésor fut assez riche pour supprimer définitivement le tributum sur les terres italiennes en 167 av.J.-C.. Les provinces par contre y étaient assujetties sauf exemptions particulières. On peut aussi considérer comme impôts directs les différents redevances ou fermages de Image que perçoit l'Etat. A partir de Dioclétien (284-305), tout l'Empire sans exception est assujetti à l'impôt foncier (capitatio terrena).

- Impôts indirects: ce sont les droits de douane, d'octroi et de péage (portiorum ou quadragesima car la taxe correspond au quarantième de la valeur des marchandises), de pacage (scriptura) levés par tête de bétail sur les troupeaux qui utilisaient les pâturages publics. A partir d'Auguste de nouvelles taxes (vertiglia) sont imposées sur les ventes et mutations; les célibataires doivent aussi payer un impôt spécial (aes uxorium).

- Impôts des provinces: la dime (decuma), impôt en nature, fut imposée à la Sicile et à l'Asie jusqu'à César, avant d'être remplacée par le stipendium, ou tribulum ex censu, impôt foncier en argent, fixé globalement pour chaque province en fonction des besoins du moment. Cet impôt porte sur les personnes autant que sur les biens et est réparti en fonction du cadastre (forma censualis). La capitation étant un impôt par tête considéré comme, on l'a vu, dégradant, c'est pourquoi beaucoup de provinces n'y sont pas assujetties. Des caisses fiscales particulières sont crées pour certaines provinces. Les villes prélèvent également des taxes municipales pour alimenter leur propre trésor.

- Impôts spéciaux: l'aurum coronarium est une contribution volontaire des villes et des provinciaux- en cas de nécessité l'Etat pouvait en exiger le versement; l'aurum tironicum est le montant versé pour le recrutement des armées; l'annone militaire est un impôt en nature pour le ravitaillement des armées, ainsi que l'indiction.

- Corvées: comme on l'a vu, les habitants des provinces sont tenus de participer à des travaux publics tels que la construction de routes, de ponts ou de supporter des charges financières (frais d'hospitalité, spectacles ... ).

L'impôt devait sembler volontaire, comme un privilège. De plus, les taxes étaient considérées comme la contrepartie d'un ennui évité.

On peut remarquer un lien entre structure de l'économie antique et possibilités d'établissement de l'impôt. Ainsi, la circulation par mers, fleuves, déserts et steppes permettait la mise en place de péages (en monnaie ou en nature) aux points de circulation stratégiques.

Auguste (63 av.J.-C.- 14 ap.J.-C.) bénéficia de l'annexion de l'Egypte où fonctionnait un système fiscal très élaboré. Les contribuables virent leurs charges s'alléger du fait d'une administration provinciale mieux surveillée qu'au temps de la république.

Auguste se préoccupa d'améliorer la répartition de l'impôt direct par recensement, et mit en place des relevés géographiques pour la création de nouveaux péages. C'est l'émergence du cadastre qui a permis une meilleure connaissance de la richesse des différentes administrations et ainsi, une amélioration de la répartition de la charge entre provinces et entre contribuables de chaque province. Mais les revenus de l'Empire reposaient surtout sur les échanges avec le portorium, taxe payée toutes les fois qu'une marchandise traversait une des lignes douanières intérieures qui découpaient l'Empire en grandes régions.

Pourtant le développement des échanges ne put empêcher la décadence de l'Empire et de l'impôt par la même occasion. Pour un gouvernement qui voulait continuer à vivre en économie monétaire sans laisser pénétrer le commerce dans la ville de Rome la seule solution était le recours à l'impôt de plus en plus systématique, or le milieu était de moins en moins propice à la fiscalité à cause d'une économie agraire sans innovations techniques du fait de la régression des échanges. La population urbaine a diminué pour se regrouper là où les différentes activités nécessaires à la vie étaient regroupées. La structure de vie se prépare au Moyen-Age.

F - La fiscalité dans l'économie médiévale

L'évolution de la structure du domaine et du prélèvement seigneurial s'est faite à partir de situations très différentes d'une région à l'autre. De cette évolution, la corvée représente l'indicateur commun même si elle ne fut pas toujours appliquée de la même façon selon les endroits.

Le système des corvées déclinant, ce fut les redevances acquittées par les tenanciers qui se développèrent. Malgré la diversité seigneuriale et coutumière des charges, on peut distinguer les redevances fixes des redevances proportionnelles à la récolte.

Les redevances fixes sont désignées sous le terme de cens, qu'elles soient acquittées en nature ou argent. Au Xlle siècle, avec la hausse des prix engendrée par l'essor économique et la dépréciation du denier, le cens s'était peu à peu vidé de son contenu économique pour revêtir une fonction symbolique. D'autres versements, au montant fixe, cadeaux coutumiers (oublies), s'ajoutaient au cens sans toujours bien s'en différencier. Ces prestations, portables à la cour, s'échelonnaient tout au long de l'année suivant les fêtes du calendrier. Mais au total, le produit des redevances fixes n'était pas d'un rapport substantiel. Le maître devait l'essentiel de ses revenus à d'autres types de ressources.

D'abord à la dîme. Jusqu'à la réforme grégorienne, dans la seconde moitié du XIe siècle, elle était en grande partie le fait des seigneurs, puis elle fut progressivement transférée au profit de l'Eglise. Vers la même période, est apparu un nouveau type de ponction: la redevance à part de fruits. C'était un moyen à la défaillance des ressources foncières seigneuriales (les taux étaient très variables). Pourtant si les maîtres perdent de leur emprise fiscale sur la terre, ils la renforcent sur les hommes par le biais du ban.

Le ban était symbolisé par le droit de commander, de contraindre et de punir. Les détenteurs du ban, les seigneurs, obligeaient, en contrepartie de leur protection et de leur justice, les paysans à leur acquitter toutes sortes de taxes et services: ils s'octroyaient des droits et privilèges sur la circulation commerciale en établissant des péages et des taxes sur les marchandises, ils prenaient le contrôle de la transformation de la production agricole en contraignant les sujets à apporter leurs récoltes, moyennant prestations, aux moulins, fours ou pressoirs qui leur appartenaient.

La seigneurie banale, qui s'est développée au cours des XI et Xlle siècles, a représenté un formidable facteur d'animation économique (mise en place d'équipements nouveaux) et a été un rouage essentiel de la croissance de l'époque, un régulateur de la production et de l'échange: elle a incité les paysans à produire et donc vendre plus de produits de façon a obtenir les fonds nécessaires au paiement de leur charge. Les équipements alors implantés tels que les ponts, les moulins, favorisèrent le développement de l'économie rurale et le progrès de l'économie, marchande. Quant aux péages, ils contribuèrent à diminuer les agressions, en protégeant les voyageurs et marchands en de nombreux points de leurs périples.

Pourtant, la majeure partie du fruit des efforts des paysans était absorbée par la rente seigneuriale et quand la récolte était mauvaise, la disette refaisait son apparition. Finalement, tout en stimulant la croissance, le système médiéval constitue une entrave au phénomène d'accumulation productive.

Cette énumération, loin d'être exhaustive, nous a permis d'avoir un aperçu global de l'impôt dans les différentes civilisations antiques. Nous pouvons observer que même les civilisations qui n'étaient pas en contact direct, ont pris comme base du système fiscal les mêmes grandes taxes: impôt foncier et capitation. Le détail de ces systèmes est fondé sur les structures et événements liés à chaque société qui créent la richesse d'application de la fiscalité. Ainsi, l'impôt foncier et la taxe sur les marchandises et les déplacements se succèdent au gré des guerres et de la bonne santé des échanges.

Jusque là l'impôt permettait de répondre aux besoins immédiats de l'Etat ou du seigneur. Puis, petit à petit, il va s'institutionnaliser et se lier à l'économie pour devenir un réel élément d'action politique.

Section Il - Institutionnalisation de la fiscalité

Les documents relatifs à cette période sont plus nombreux mais surtout plus exploitables. Ainsi peut-on expliquer que l'impôt est alors étroitement lié avec le commerce et la politique.

§ 1. Impôt, commerce et économies

A - Arbitrage des souverains français

Historiquement, l'impôt reprend son souffle sous le règne de Philippe le Bel. Pour éviter le dédale d'une fiscalité "trop spécifique", il désira imposer directement le trafic. C'est ainsi que se mit en place la traite foraine, droit de douane à la sortie ou encore sorte de licence d'exportation. A cet impôt s'ajoutaient les décimes ecclésiastiques perçus sur les produits qui étaient vendus et non sur la production elle-même que consomment le paysan et sa famille.

Au XIVe siècle, la situation fut critique pour la France à la suite de ses défaites lors de la guerre de cent ans, de nouveaux impôts virent le jour:

- 1340, la taxe sur les ventes.

- 1341, apparition de la gabelle, taxe sur le sel.

-  1369, droit sur le vin, droit de mouture, impôt direct des fouages (redevance payée par maison).

Parallèlement cette renaissance de l'impôt permit l'affranchissement des hommes: les corvées disparurent au profit des redevances. Louis VII (1 137-1180) puis son fils Auguste (1 180-1199) prônèrent l'abolition du servage et organisèrent la substitution de l'impôt aux réquisitions de biens et de personnes peut-être parce que la monarchie vivait de plus en plus selon les principes d'une économie monétaire. Ainsi, le "droit de gite et de procuration" qui obligeait à loger le roi et sa suite fut remplacé par une redevance pécuniaire annuelle.

Vers le milieu du XVe siècle, c'est la constitution d'un Etat moderne qui marque l'évolution de la fiscalité. Un ample développement des échanges permet en effet de multiplier les impôts sous la forme de droits de douane ou d'impôts indirects.

Ainsi, le roi Louis XI (1461-1483) demanda une grande partie de ses ressources au trafic qui s'était accentué:

-         baisse du tarif de certains impôts indirects compensée aussitôt par l'extension de ces taxes à des villes exemptes jusque là.

-         augmentation du nombre de péages

-         augmentation du tarif de la gabelle

-         emprunts forcés auprès des marchands

L'extension du commerce permettant une commodité plus grande de la perception de l'impôt, on assista à une diminution du rôle de la taille sous les règnes de Charles VII (1483-1498) et de Louis XII (1498-1515). Ce qui ne fut que provisoire car avec les rois François 1er (1 515-1547) et Henri Il (1 547-1559), l'absolutisme de la monarchie s'accrut et avec lui la taille et le poids de la gabelle. Puis de nouveau, l'impôt se concentra toujours plus sur les échanges avec Henri III (1574-1589):

- 1577, droits d'exportation du XlVe siècle complétés par un nouveau droit de sortie (la traite foraine douaniale).

- 1582, généralisation des taxes d'importation.

On peut noter un net parallélisme entre périodes de crises politiques et périodes de stagnation des échanges. Dans la seconde moitié du XVI siècle, les guerres de religion battaient leur plein et de ce fait, les échanges stagnèrent ou même chutèrent: cela provoqua une recrudescence d'impôts directs levés sur le peuple et le clergé. L'impôt sur la consommation ne disparut néanmoins pas.

Avec Henri VII (1562-1610), le retour à une sécurité intérieure plus importante facilita la reprise du trafic et de ce fait le rappel des impôts indirects.

Vers 1660, la situation favorable des échanges permis à Colbert de redonner plus d'importance aux impôts indirects tout en maintenant les impôts directs à un certain niveau (il réduisit la taille Mais augmenta le produit des fermes). Cet accroissement des échanges et des impôts les frappant constitua un cadre favorable à l'absolutisme sans failles de Louis XIV et à l'hégémonie française durant cette période.

On observe donc que les souverains français qui se succèdent, arbitrent le poids des impôts directs et indirects en fonction de l'assise du pouvoir (qui encourage les impôts directs) et de la santé des échanges (qui favorise l'imposition des échanges lorsque elle est favorable).

C'est dans la mesure où la France et d'autres Etats européens se sont efforcés, non seulement de remplacer les réquisitions de biens par l'impôt, mais aussi d'en restreindre l'arbitraire que les pays ont pu déclencher le progrès de la technique et l'évolution économique. Pourtant, le poids des taxes intérieures combiné avec l'arbitraire fiscal même en passe d'être réduit, suffisent pour provoquer le retard économique de la France au XVIle et XVIIIe siècle sur les Pays-Bas et l'Angleterre. Ce qui ne manque pas de mettre le système français sous le feu des critiques.

B - Impôt et retard économique, source de critiques

Deux de ces critiques sont à souligner:

Les économistes dénoncent en premier lieu “ l’archaïsme fiscal ” de la dîme (impôt prélevé sur les produits de la terre et de l'élevage). Du fait de la dispersion des exploitations, la dîme donnait lieu à de nombreuses fraudes fiscales. Deux solutions pouvaient être envisagées selon les économistes: l'inventaire des exploitations ou encore l'interdiction d'enlever les moissons avant le passage des agents du fisc.

En plus de ces difficultés d'application, se posait le problème de l'utilisation des denrées ainsi prélevées, produit périssable dont la destination n'était absolument pas précisée.

La critique était donc unanime: la dîme décourageait la culture intensive.

Les économistes se prononcent également contre la capitation consistant à faire payer à chaque homme adulte la même somme. Cet impôt reposait sur un recensement de la population, recensement qui n'était pas toujours fiable lorsqu'il s'agissait de comptabiliser une population très dispersée ou encore adoptant des habitudes nomades.

Mais c'est surtout le caractère forfaitaire de la capitation qui soulève les critiques car trop légère pour certains, elle était au-delà des capacités de certains autres.

Si le caractère arbitraire des impôts français subit régulièrement les critiques des intellectuels, il fait aussi violemment réagir la population: les révoltes fiscales apparaissent dés le XlVe siècle, l'impôt est désormais lié au controverses politiques.

§2 - Impôt et politique

A - Les révoltes fiscales contre l'impôt abusif

Au XIVe siècle (notamment entre 1376 et 1382), les populations de plusieurs pays d'Europe se soulèvent contre les pouvoirs établis et surtout contre l’impôt.

Alors que les impôts avaient été présentés comme temporaires, l'opinion publique voulut rejeter ce phénomène provisoire qui commençait à s'institutionnaliser. Plus que le poids déroutant de l'impôt, c'est l'institution fiscale elle-même qui est refoulée parce que, si elle libère l'homme (fin des corvées, des bans ... ), l'Etat profite d'elle pour exploiter l'individu et s'impose comme une puissance extérieure à l'individu par opposition au paternalisme féodal. De plus, selon la conjoncture, il est nettement plus difficile pour les paysans du XlVe siècle de se procurer de la monnaie pour payer l'impôt que de prendre du temps pour se rendre à la corvée.

Au milieu du XVI° siècle, notamment sous le règne de Henri II (1519-1559), les révoltes étaient plus liées à la religion. En fait, la contrainte fiscale et les mécontentements provoqués par un impôt trop lourd avaient fait prendre conscience d'autres oppressions.

Par contraste, la lutte contre l'impôt sera la cause principale des révoltes du XVII° siècle.

On peut se demander pourquoi de toutes les contraintes subies, le prélèvement fiscal fut le plus contesté. L'impôt était un signe de servitude que les hommes voulaient écarter. Contrairement à une prestation profitant à tous, l'homme était seul face à la contrainte. De plus, l'impôt se heurte au sentiment des hommes que leur région est une entité distincte des autres (sentiment issu de la période féodale pendant laquelle les limites des domaines de chaque seigneur étaient très marquées et très respectées), or ce qui était payé pouvait parfois alimenter les ressources d'autres régions. L'impôt avait un impact psychologique négatif

B - Les solutions : de la contrainte à la politique économique

En proie à l'appréhension perpétuelle de révoltes des contribuables, l'Etat proposa, dans le temps, trois types de solutions pour apaiser les esprits.

D'abord par le système de la contrainte. Les intendants responsables de la levée de l'impôt virent leurs attributions s'élargir. Ils présidaient à la répartition de la taille, pouvaient recourir à la force publique et enfin devenaient chefs de la police. Par leur tâche de chefs de l'administration, ils devaient développer des activités économiques pour améliorer les rentrées de deniers dans les caisses royales.

Avec cela, pour prévenir et réprimer les révoltes, l'Etat mit en place une solide armature administrative et judiciaire et une armée qui par sa fonction ne pouvait se composer de contribuables. L'Etat fit alors appel à des mercenaires pour la former et à la noblesse pour la commander. Les nobles aidaient probablement volontiers le pouvoir central à rétablir l'ordre. Privilégiés, les nobles ne payaient pas l'impôt sous n'importe quelle de ses formes et donc défendaient, sans problème de conscience, la levée de l'impôt à laquelle ils n'étaient pas soumis et surtout ils prévenaient ainsi les révoltes d'autres natures que pouvaient engendrer les soulèvements fiscaux.

Mais les privilèges étaient mai perçus par le peuple qui devait sans doute penser que ce qui n'était pas payé par les privilégiés devait être compensé par un plus fort recours aux contributions populaires. D'autant plus que les privilégiés étaient riches et nombreux.

La contrainte ne suffisant pas à tenir le peuple, aiguisant même les ardeurs, l'Etat décida de changer de tactique en atténuant, du moins en apparence, les privilèges fiscaux pour pouvoir continuer à rançonner le peuple dans le calme. Il fallait rechercher l'assentiment du peuple en le dotant de représentants.

De ce fait, la recherche de l'assentiment des contribuables représente la deuxième solution chronologique au problème fiscal: la France se dote alors des Etats généraux.

Les premières réunions des Etats généraux eurent lieu sous le règne de Philippe le Bel, motivées par les difficultés financières de la monarchie.

Puis de 1328 à 1355, le pouvoir royal rechercha l'assentiment des contribuables en convoquant régulièrement les Etats généraux pour des motifs essentiellement fiscaux.

Charles V (1364-1380) décida de transformer les recettes extraordinaires (subsides perçus temporairement en vue de financer des dépenses précises), en un impôt durable et perçu régulièrement. Il exprimait là une des premières tentatives pour instaurer un impôt permanent: le peuple doté de représentants semblait prêt à une telle décision. En effet, vers cette période, on s'aperçut que la monarchie avait habitué ses sujets à l'impôt grâce aux recours réguliers aux Etats généraux: les contribuables avaient été petit à petit confrontés à une structure fiscale organisée par le biais d'un régime représentatif, la monarchie était parvenue à faire accepter l'impôt.

On peut remarquer que la cible atteinte, l'absence de convocation des Etats généraux fut totale de 1483 à 1560 (sous Charles VIII puis Henri II).

En 1560, la guerre civile provoquant une baisse de rendement fiscal, notamment des impôts indirects, les Etats généraux furent convoqués pour augmenter la pression fiscale.

Finalement l'année 1614 marque la dernière réunion des Etats généraux. Une telle disparition semblait pourtant prévisible. D'abord, parce que les Etats généraux avaient provoqué leur propre perte: en aidant le pouvoir à faire accepter un recours à l'impôt permanent, leur utilité s'était amenuisée une fois la tâche remplie. De plus, le développement des échanges et du trafic. permettait un recours plus accentué aux impôts moins sensibles et moins visibles.

Avec cela, les députés avaient boycotté l'extension du rôle politique des Etats généraux en réduisant leurs compétences aux seuls sujets fiscaux alors que les débats abordés se diversifiaient. C'est pour ces raisons que des institutions de remplacement aux Etats Généraux furent envisagées pour faire la liaison entre le peuple et le pouvoir royal.

Les contacts directs furent d'abord privilégiés: Louis XI avec la bourgeoisie des villes et Richelieu avec le peuple lui-même par le biais du premier journal français, "la gazette de France".

Les états provinciaux quant à eux, virent leur rôle "social" s'agrandir. Par définition plus proches des individus, ils intervenaient dans la détermination, voire l'application, du mode d'imposition grâce à leur connaissance de la situation de la population.

Pourtant, la nécessité d'un minimum d'adhésion était si forte que, faute d'institution représentative, le roi tolérait la résistance au sein du parlement car c'était cette résistance qui donnait quelque valeur aux yeux des français, à l'acceptation.

Suite à l'échec des Etats généraux, les impôts deviennent une institution à part entière et font l'objet d'une véritable préoccupation économique.

Ainsi la politique économique s'impose comme le troisième type de solution au problème fiscal. Tout d'abord elle passe par une lutte contre l'économie familiale, l'économie de subsistance se présentant comme une barrière à une fiscalisation plus poussée. La levée de l'impôt se faisait mal dans le milieu familial, de plus le contrôle y était mal aisé, c'est pourquoi l'usage obligatoire des petits monopoles (cf le moulin "banal") facilitait le recouvrement. Les préoccupations fiscales devenaient source d'extension du progrès technique.

Une autre source de progrès technique était les marchés et les foires. Cette concentration périodique de l'activité permettait la levée d'une série d'impôts et de taxes indirectes. En plus de cette commodité fiscale, les foires amenaient avec elles des objets étrangers, inconnus jusqu'alors avec des méthodes de fabrication nouvelles, ce qui avait pour conséquences le développement et l'amélioration de l'artisanat local. Grâce à cela, le pouvoir royal avait compris l'intérêt du développement des villes qui se présentaient comme des marchés permanents: la concentration des activités permettait des commodités d'assiette et de perception non négligeables. On vit très tôt se mettre en place des politiques urbaines.

Mais c'est le mercantilisme qui s'impose comme le pan essentiel de la politique économique en Europe occidentale. Forts de cette théorie économique, les pouvoirs publics déployèrent des moyens pour développer les activités commerciales et les échanges afin d'assurer la base d'un système d'impôts productifs.

Ainsi, la fiscalité provoque une véritable organisation politique du pays. Les autorités publiques agissent moins sur l'impôt lui-même que sur les sources de l'impôt: ainsi, elles s'emploient à développer les échanges et non à élargir les assiettes. En effet, il est préférable à l'époque de favoriser l'utilisation de l'impôt indirect pour son caractère insensible et commode.

Nous avons essayé de montrer l'évolution du rôle de l'impôt au sein de la société. Il résulte d'abord d'une nécessité d'alimentation des caisses seigneuriales puis royales, exceptionnellement puis régulièrement avec le recours de plus en plus systématique aux pièces de monnaie. Si au départ, le prélèvement est bien accepté car il est considéré comme une rémunération des bons soins du seigneur, de sa protection et de la vie dans la communauté féodale, il l'est moins par la suite lorsque le roi agacé de voir ses seigneurs quelquefois plus riches que lui et devant la multitude, de pièces de tous poids et de toutes valeurs se proclame seul émetteur de monnaie et seul bénéficiaire de l'impôt . A partir de là l'impôt est régulier et de moins en moins bien perçu par le peuple d'autant plus que sa destination est floue. C'est ainsi que l'on voit apparaître les premières révoltes fiscales guidées par la contestation du recours systématique à l'impôt. Les premières mais sûrement pas les dernières dans un monde où, si l'institution fiscale commence à être reconnue et acceptée grâce à d'habiles stratèges de l'autorité royale, un noyau très important de privilégiés n'est pas soumis à la contrainte de l'impôt alors que ce noyau représente la richesse, le luxe et le pouvoir. Le peuple va s'apercevoir qu'il est lésé et injustement traité: spectateur des festins de la cour et de ses caprices, le petit paysan n'a plus de quoi nourrir ses enfants et doit supporter la charge de dépenses royales toujours plus importantes mais, surtout, doit supporter les abus et violences des fonctionnaires du fisc traquant, sous la pression du roi, la moindre parcelle de "richesse" cachée.

Le climat propice aux événements célèbres de la fin du XVIIIe siècle s'installe.