IL FAUT FAIRE PAYER LES RICHES…


Les Français sont incorrigibles. Interrogés à l’occasion du plan Fabius de baisse d’impôts, ils approuvent la baisse du taux marginal, mais ne veulent pas qu’il descende en dessous de 50%…


En matière fiscale, l’un des éléments essentiels qui permet de juger de la « qualité » d’une fiscalité - ou de sa réforme- est la progressivité : plus elle est forte, plus le système fiscal est injuste et inefficace. Celle-ci s’applique à plusieurs impôts mais tout particulièrement à l’impôt sur le revenu des ménages : c’est là que joue le plus directement l’incitation à travailler et à entreprendre ou au contraire leur découragement, à partir des « effets Laffer ».

Tous les pays reviennent de loin. Le taux marginal était souvent, comme aux Etats-Unis, de 70%, parfois même très supérieur ( 98% en Grande-Bretagne pour les revenus de l’épargne, décourageant ainsi tout placement et toute incitation à épargner). En France, la tranche la plus élevée était de 65% , mais il fallait y ajouter quelques surtaxes, portant l’ensemble à un taux marginal de 70% environ. Ces chiffres sont d’autant plus aberrants que la somme de divers impôts (par exemple impôt sur le revenu et impôt sur le capital) pouvaient ainsi dépasser dans certains cas les 100% du revenu…

La priorité, évidente, de simple bon sens, a été partout de réduire le taux marginal et en tous cas au minimum de le faire passer en dessous de 50% : ne pas prendre plus de la moitié de ce que gagne quelqu’un semblant à tous nos partenaires une mesure moralement indispensable et économiquement urgente : c’est ainsi que les Anglais ont un taux marginal de 40%, les Américains de 36% et que les Allemands, par exemple, sont en train de réformer leur système fiscal dans le même sens.

En France, l’évolution a été beaucoup plus lente et on est passé péniblement à un taux marginal de 54%. Les pressions idéologiques ont joué à plein  et de nombreux socialistes ne voulaient pas que cette tranche supérieure participe au mouvement (modéré)de baisse prévu par L.Fabius. Celui-ci a tenu bon, mais la baisse n’est que symbolique : le taux passera en trois ans de 54% à 52,5%.

C’est là que la réaction des Français est intéressante. Interrogés par la Sofres pour le Figaro, les Français approuvent tout d’abord la baisse de la tranche la plus élevée, par 56% contre 42% et cela à droite (61% pour, 38% contre) comme à gauche (52% pour, 46% contre).

Les Français ne sont pas pour autant convertis au libéralisme, en ce qui concerne le seuil symbolique des 50%. Selon le même sondage, ils s’opposent à un taux marginal inférieur à 50% ( par 59% contre et 36% pour) et cela non seulement à gauche ( 67% contre et 30% pour) mais aussi à droite ( 52% contre et 45% pour).

Cette attitude est invraisemblable. Non seulement elle est très dangereuse dans une période de concurrence fiscale internationale ( et les plus entreprenants, comme le font déjà de nombreux artistes ou sportifs de hauts niveaux, vont se délocaliser, ce qui fait qu’un taux de 54% rapportera au fisc… 0, faute de matière imposable), mais elle est inacceptable sur le plan moral : comment peut-on justifier que quelqu’un qui travaille dur et entreprenne, ou dont les services sont appréciés par le marché à un niveau élevé, puisse d’emblée, sans parler des autres impôts et charges, se voir privé de plus de 50% de son revenu par le fait d’un seul impôt.

Les Français aiment leurs sportifs, mais ne leur pardonnent pas de gagner de l’argent. Ils aiment leurs vedettes, mais leur reprochent de gagner de hauts revenus. Quant à leurs entrepreneurs, ils veulent bien qu’ils créent des richesses, mais sans en recevoir la juste rémunération.  Rien de plus sûr pour décourager l’activité, pousser aux délocalisations de toutes sortes et faire de la France un pays sans locomotives capables d’entraîner dans leur sillage tout le monde vers le haut. Pourquoi ne pas s’en tenir à une idée simple : celui qui créé des richesses ne vole pas son argent, mais rend service à tous. Cela mérite bien de lui laisser au minimum 50% de ce que le marché lui a donné. Au fond, les Français sont prêts à payer aux entrepreneurs des produits qui leurs conviennent, mais, ils exigent ensuite que cet argent soit repris aux mêmes entrepreneurs. Difficile d’être plus incohérent.

Mots Clés : Courbe de LAFFER, Fiscalité, Prélèvements obligatoires.