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EDITO
DE LA NOUVELLE LETTRE
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LE CARNAVAL DE CANNES |
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Jalouse de la réputation de sa voisine Nice, la ville de Cannes a voulu avoir elle aussi son carnaval, intelligemment jumelé avec son festival. Une telle affaire ne s’improvise pas ; les organisateurs ont dû chercher avec le plus grand soin les acteurs de cette nouvelle fête. |
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Pour
un coup d’essai, ce fut un coup de maître, et les chars proposés à la
liesse populaire ont été d’une rare majesté. Revoyons avec délices quelques
éléments marquants de ce défilé. Voici
d’abord le char des intermittents. On avait pu s’assurer de sa présence
depuis plusieurs mois. Le char représente des artistes et des artisans
de grande qualité qui ont pour originalité de ne travailler que vingt
semaines mais de prétendre être payés pendant toute l’année. C’est bien
le moins que la solidarité nationale doive à leurs talents. A Cannes
comme durant les festivals de l’été dernier leur présence était indispensable ;
on a sagement négocié l’endroit exact où ils devaient se montrer et
le moment précis où ils pourraient s’exprimer. Compte tenu des millions
qu’ils ont fait perdre à des dizaines de villes de France, et de la
charge qu’ils imposent à l’UNEDIC, c’était bien la moindre des choses,
et on ne comprend pas les commerçants cannais qui ont fait preuve d’ostracisme
à leur égard. Ce
premier char a pris un relief particulier quand est apparu derrière
lui le second, théâtralement conduit par José Bové
et Michael Moore. Sur fond d’anti-américanisme et d’alter mondialisme,
ces intermittents du marxisme sont venus prêter main forte à leurs compagnons
de lutte. José Bové en a profité pour leur expliquer comment on peut démonter
une salle de cinéma, d’une structure plus simple qu’un MacDo. Et Michael Moore a pu tirer les larmes du public grâce
à son « Farenheit » en jouant le
rôle de la victime de Mickey et de la censure de Hollywood qui nous
ramène au temps du MacCarthysme. Ses imprécations
sont venues à point nommé donner plus d’ampleur à la campagne mondiale
contre Bush et les armées néo-colonialistes et néo-nazies qui opèrent
en Irak. Le
plus beau char a été toutefois le char de l’Etat.
Il était dominé par la haute silhouette ferme et élégante de notre Président,
qui avait su entendre le peuple de France au soir du 21 avril et qui
avait enjoint au gouvernement de revenir sur les décisions injustes
qui frappaient les intermittents. Notre
ministre de la Culture n’a pas été en reste. Il n’avait pas ménagé ses
efforts pour exécuter les ordres élyséens, il s’était concilié les bonnes
grâces de ces messieurs, jouant les bons offices à l’occasion de ce
spectacle intermittent que furent les Molière 2004. Il avait enfin mené
les pourparlers pour donner au char des intermittents la place qui lui
revenait. Il s’est naturellement précipité à Cannes pour expliquer à
ces braves gens qu’il y avait eu un terrible malentendu, et leur donner
toutes assurances sur la suite du programme : les quelques millions
nécessaires pour apaiser leur soif de dignité seraient donnés par l’Etat
si l’UNEDIC s’obstinait à bafouer leurs acquis sociaux. Enfin, le préfet
des Alpes Maritimes (j’imagine sur les ordres de son ministre de l’Intérieur)
a donné au char ses plus belles parures. Il s’est empressé de présenter
ses excuses pour les brutalités policières dont les perturbateurs ont
été les victimes. Un caméraman de FR3 n’a-t-il pas été bousculé ?
Cette atteinte innommable à la liberté de la presse a suscité l’empressement
de nos autorités, car en France seuls les manifestants ont droit à la
violence. Frapper, maîtriser ou mettre à terre un manifestant, c’est
une voie de fait. Jeter des pierres et des cocktails molotovs,
casser et piller, c’est une voie de droit. Nous
voici enfin au cœur du problème : les auriges du char de l’Etat
ont perdu toute maîtrise de leur engin, le carnaval de Cannes c’est
le carnaval de la démocratie à la française. Une démocratie dans laquelle les élus du peuple n’ont plus aucun pouvoir. Jacques CHIRAC le leur a rappelé la semaine dernière : vous êtes des godillots au service du gouvernement. En injuriant nos parlementaires, le monarque absolu et mal élu injurie le peuple entier. Une
démocratie dans laquelle les seuls qui ont voix au chapitre sont ceux
qui envahissent les rues et paralysent le pays pris en otage :
grèves à succession des cheminots, des postiers, des électriciens-gaziers,
des contrôleurs du ciel, des pilotes, des employés des aéroports, des
marins, des chaînes publiques, et enfin et non le moindre des enseignants.
Une démocratie dans laquelle la chienlit gouverne, parce que le gouvernement
a la peur au ventre, parce qu’il ne peut rien faire sans l’autorisation
préalable des « partenaires sociaux ». Une
démocratie dans laquelle les partenaires sociaux ne sont pas des gens
responsables qui pensent à travailler, mais des chefs syndicalistes
idéologues non représentatifs qui veulent perpétuer et renforcer leur
pouvoir et leurs privilèges. Une
démocratie dans laquelle les droits individuels, notamment la propriété
et la sécurité, ne sont plus garantis par l’impuissance publique, les
forces de l’ordre et les victimes étant toujours plus sévèrement traitées
que les perturbateurs, les voyous et les délinquants. Une
démocratie de la parole et du mensonge, de la suffisance et de l’ignorance,
de la corruption et de la violence. Un vrai festival, un vrai carnaval,
avant l’affrontement final et l’effondrement fatal. Je
m’y refuse, comme beaucoup d’autres : alertons les hommes et femmes
de bonne volonté, il doit bien en rester quelques millions dans ce pays.
Citoyens intermittents, unissons-nous ! Jacques
Garello |
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