PACTE DE STABILITE : RETOUR AUX ERREMENTS KEYNESIENS ?



Après bien des péripéties -y compris celles concernant Jacques BARROT, qui s’en serait bien passé- la nouvelle Commission européenne se met en place et les nouveaux commissaires commencent à s’exprimer. C’est le cas de Joaquin ALMUNIA, commissaire européen aux affaires économiques. Il a commencé à s’inquiéter -à juste titre- de la baisse de la prévision de croissance économique dans la zone euro et de la fragilité conjoncturelle.

Il parait que la nouvelle commission, comme le fait remarquer Le Figaro, « cherche à doper l’activité en jouant sur le pacte de stabilité ». Fort bien. Mais comment ? Les deux règles du pacte fixant le déficit public à 3% du PIB et la dette publique à 60% du même PIB sont très critiquées, car le pacte « bride sans nuance les options des gouvernements en période de croissance molle ». D’où la déclaration de Joaquin ALMUNIA : « il faut trouver un équilibre entre la nécessité d’imposer des règles simples et identiques pour tout le monde, et la situation économique particulière de chaque pays », chose qui réclame « nuance et subtilité ». Est-ce ainsi que le commissaire veut « doper » l’activité ?

Car de deux choses l’une. Où on opte pour des règles stables (et nous sommes d’accord pour dire que la règle des 3% n’a pas plus de sens qu’une règle à 2%, voire mieux encore à 0% de déficit : équilibre budgétaire obligatoire). On pourrait imaginer des règles plus « subtiles », limitant le déficit du budget, comme en Angleterre, aux seules dépenses d’investissements publics (et n’autorisant aucun déficit pour les dépenses de fonctionnement). La règle précise elle-même est moins importante que le principe même de l’existence d’une règle à laquelle tout le monde se tient, et cela pour éviter toute politique conjoncturelle discrétionnaire.

Ou bien, deuxième possibilité, on considère que la règle n’est pas importante et peut être violée sans dommage, parce que ce qui compte, c’est de s’adapter à la situation conjoncturelle du pays : en clair, de relancer les dépenses publiques et le déficit budgétaire pour soutenir la conjoncture en cas de récession et de freiner les dépenses publiques en réduisant le déficit en cas d’emballement de la conjoncture. C’est ce que l’on appelle une politique conjoncturelle keynésienne, ou discrétionnaire. Nous avons peur que ce soit, au delà des précautions de vocabulaire, ce que le nouveau commissaire appelle une politique subtile, c'est-à-dire adaptée aux circonstances.

Si c’était le cas, si la porte était à nouveau ouverte à une politique keynésienne de relance européenne, ce serait un bond en arrière de plus de vingt ans pour la France (cela nous ramènerait à Jacques Delors) et de près de trente ans pour les autres pays. Une telle politique, à laquelle aucun économiste sérieux ne croit aujourd’hui, a échoué partout et n’a fait qu’accélérer l’inflation, sans jamais ni réduire le chômage, ni relancer la croissance.

Déjà, la Commission précédente avait fait preuve de laxisme envers la France et l’Allemagne qui avaient dépassé la barre des 3% du PIB pour le déficit budgétaire (et pour la France celle des 60%), alors que ces deux pays avaient fait preuve d’une grande rigueur vis-à-vis des petits pays au moment du passage à l’euro. Faites ce que je dis, pas ce que je fais… Le déficit français aura encore été de 3,6% en 2004 et on n’est pas sûrs d’atteindre les 3% en 2005. La France -et l’Allemagne- sont assez laxistes par elles-mêmes sans avoir besoin des encouragements en ce sens du commissaire européen. Même paré de bons sentiments, même subtil, le keynésianisme reste une menace permanente pour nos économies.



 

 

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