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A propos de la nomination des commissaires européens, le spectre de l’Europe Libérale hante les colonnes du Monde : « M. BARROSO a décidé d’attribuer les postes-clés à des réformateurs convaincus que la voie du libéralisme est la seule à même de relancer la croissance et l’emploi. L’Europe sera libérale ou elle ne sera pas ». De quoi s’inquiéter en effet. Et l’éminent quotidien du soir d’ajouter : « une partie de la population s’inquiète de ces orientations et, dans la perspective des référendums organisés par plusieurs pays pour ratifier le projet de Constitution, dénonce les insuffisances de l’Europe sociale telles que la consacre le futur traité ». Certes, les principaux dossiers ont été confiés à des commissaires plutôt libéraux de petits pays, tandis que la France et l’Allemagne, par exemple, recevaient des portefeuilles mineurs. La concurrence, poste clef, est allée à la néerlandaise Neelis KROE, qui avait en particulier mené à bien la privatisation partielle de la Poste dans son pays et travaillait depuis dans le secteur privé. De même, le marché intérieur est confié à l’Irlandais Charlie MCCREEVY, qui, ministre des finances dans son pays, avait mené depuis 1997 une politique libérale qui a conduit l’Irlande sur la voie de la prospérité. Il sera chargé de lutter contre toutes les formes de protectionnisme et de s’occuper de la liberté de circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services. L’Anglais Peter MANDELSON, certes travailliste, est très proche
de Tony BLAIR et paraîtrait libéral auprès de la classe politique
française, même après avoir commencé sa carrière à l’extrême gauche.
Il aura la charge du commerce et sera donc chargé de poursuivre la
libéralisation des échanges au sein de l’OMC. Il a déclaré que
« l’Europe continuera d’autant plus à bénéficier de la
Mais il ne faut quand même pas pousser le bouchon trop loin. Les socialistes ne sont pas absents de cette équipe, avec un certain nombre de poids lourds comme l’ancien premier ministre tchèque Vladimir SPIDLA aux affaires sociales, l’Espagnol Joaquin ALMUNIA aux affaires économiques et monétaires, ou encore l’Allemand Günter VERHEUGEN à l’industrie et aux entreprises. Ce dernier est en outre vice-président, de même que la représentante de la Suède ou que le Français Jacques BARROT, qui ne passent pas pour particulièrement libéraux. Il est vrai que ce dernier est en charge d’un ministère de second plan, celui des transports. Disons, si l’on veut être objectif, que, compte tenu de la situation politique des 25, cette commission est équilibrée et que, pour une fois, les libéraux ne sont pas oubliés et occupent certains postes de premier plan. Cela ne suffit pas à rendre libérale une Commission, qui compte, rappelons-le, 25 membres. Mais là n’est pas l’essentiel. L’important n’est pas de savoir si la Commission est plutôt libérale, mais si l’Europe le deviendra. Or la Commission n’est pas tout. Dans le jeu institutionnel complexe de l’Europe, il faut aussi compter avec le Parlement et avec le Conseil des ministres. Le Parlement s’est donné un Président socialiste, le PPE ayant refusé de s’allier avec les libéraux. Quant au conseil des ministres, la France et l’Espagne tireront à gauche, l’Allemagne sera prudente, et les nouveaux venus seront en attente. Suffit-il de nommer quelques libéraux pour que les institutions européennes deviennent libérales et que disparaissent les politiques communes ? Cela dépendra de leur volonté et de l’appui qu’ils trouveront, en particulier dans les pays d’Europe centrale et orientale. Cela dit, souhaitons bon courage aux commissaires européens libéraux. Ils en auront besoin.
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