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Le passé, ce sont les mœurs budgétaires européennes
établies par la Commission depuis quelques années. 95% du budget passent
à des subventions puisqu’il n’y a pas pour l’instant de dépenses administratives,
faute de services publics européens (tant mieux dans un sens). Mais qui
dit subventions, dit pressions : il y a 13 000 « lobbyistes »
à Bruxelles, un pour deux fonctionnaires européens. Les subventions vont
à l’agriculture, et aussi aux régions « pauvre » (fonds structurels),
mais aussi aux Palestiniens (sic) et à l’aide humanitaire surtout, comme
l’a souligné avec grande précision Alain Matthieu, de Contribuables Associés,
Vice-Président de l’IFRAP, s’appuyant sur des rapports on ne peut plus officiels.
Or, un quart de ces aides européennes correspondent à une fraude, pure
et simple. Des vaches Corses qui n’ont jamais existé aux herbes des jachères
que l’on revend, les abus sont connus, massifs, mais jamais réprimés.
Se pose donc, au présent, la question du spectre
fiscal et budgétaire en Europe. Où en sont les divers pays de leurs impôts,
de leur législation fiscale, de leurs mœurs budgétaires ? Avec mon
amie Victoria Curzon Price,
j’ai présenté les résultats d’une recherche collective menée par l’Institut de Recherches Européennes sur la Fiscalité (IREF)
qui fait apparaître quelques conclusions nettes. La première conclusion
est que la Suisse demeure le modèle de référence, parce que les contribuables
ont un fort pouvoir de contrôle sur le vote des budgets cantonaux (ils
disposent en particulier du referendum d’initiative populaire) et parce
qu’une concurrence s’instaure entre cantons voisins pour ne pas faire
fuir leurs contribuables avec leurs revenus, leurs capitaux, leurs entreprises
et leurs idées. La deuxième conclusion est que la pression fiscale diminue
avec le degré de cohérence fiscale. Certains pays peuvent avoir un indice
de décentralisation très faible, comme l’Irlande où l’Etat
central est le vrai maître des budgets de toutes les collectivités locales,
sans qu’il y ait pour autant des impôts très lourds. Au contraire l’Irlande
est connue, voire critiquée par certains, pour faire du « dumping
fiscal » et attirer entreprises et capitaux. La vraie raison de cette
modération fiscale : la proximité de ceux qui payent et de ceux qui
dépensent. La France à l’inverse est incohérente : avec un système
aussi centralisé que celui de l’Irlande, les impôts sont établis et prélevés
pour l’essentiel par l’Etat, mais l’argent est
dépensé localement. L’Etat finance les féodalités
locales. Il y a tant de transfert d’argent entre les différents niveaux
d’administration que le contribuable ne sait évidemment pas où va l’argent
qu’on lui prélève, et il n’a aucun recours véritable contre l’arbitraire
fiscal. L’incohérence engendre l’irresponsabilité par manque de transparence
fiscale. La troisième et dernière conclusion a été que dans l’état actuel
de la fiscalité des 25 pays de la nouvelle Union, l’harmonisation est
impossible. La mosaïque fiscale ne peut être lissée par quelque habileté
constitutionnelle. Et l’on peut s’attendre, durablement, à des inégalités
profondes entre les 25 de ce point de vue.
Impossible, cette harmonisation est-elle d’ailleurs
souhaitable ? Pascal Salin a précisément distingué harmonisation
et harmonie. « Harmonisation » est un joli mot pour dire uniformisation,
alignement sur une règle unique. Mais quelle règle, définie par qui et
au nom de quoi ? Va-t-on mettre l’Europe à l’heure française où à
l’heure suisse ?
Les partisans de l’harmonisation semblent ignorer
que ce qui est important pour le progrès économique et social, c’est précisément
la diversité, la concurrence entre les entreprises, mais aussi entre des
institutions où entre les systèmes fiscaux. Seule la concurrence permet
d’améliorer la situation, de voir comment mieux gérer les impôts et les
finances publiques, au plus grand bénéfice du consommateur, c'est-à-dire
du contribuable. L’harmonie, en matière économique comme dans le domaine
de la musique, ne vient pas de l’unisson mais de l’accord trouvé dans
la diversité. Florence est plus harmonieuse que Tirana, ville « harmonisée »
par les ex-dirigeants communistes. Voici donc le futur de l’Europe fiscale :
dans une exploitation par les Européens des différences qui jouent en
leur faveur. Aujourd’hui des dizaines de milliers de jeunes français partent
à l’étranger parce qu’ils veulent ainsi échapper à la rapacité du fisc
français. L’harmonisation a-t-elle pour but de les en dissuader, de les
garder en esclavage fiscal, en obligeant les autres pays européens à se
hisser à notre niveau de prélèvements obligatoires ? Nos dirigeants
ne feraient-ils pas mieux d’accepter ce défi concurrentiel et de cesser
leur spoliation ? On déplore souvent la « fuite des capitaux »,
mais bien pire est la fuite des hommes, car ces hommes iront créer à l’étranger
les richesses et les emplois qui nous manqueront ainsi un peu plus encore.
Et pour conclure Pascal Salin de lancer la formule : « Il ne
s’agit pas de supprimer les paradis fiscaux, mais de supprimer les enfers
fiscaux ».
Jacques Garello
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