FAUT-IL MODIFIER LE PACTE DE STABILITE ?


Des négociations sont actuellement en cours, au niveau européen, pour examiner, en particulier à la demande de l’Allemagne et de la France, une éventuelle modification -en fait un assouplissement- du pacte de stabilité européen. L’Eurogroupe s’est déjà réuni, une conférence des ministres des finances des 25 a suivi et une rencontre des chefs d’Etat (fin mars) devrait trancher bientôt. Pourquoi cet assouplissement est-il envisagé ? Le pacte de stabilité doit-il être inscrit dans le marbre, ou peut-il évoluer ? Ce qui est sûr, c’est que si cela signifie un retour aux errements de la politique conjoncturelle, il ne devrait pas en être question.

 

La politique monétaire dépend de la BCE

 

Le fameux traité de Maastricht sur l’Union Européenne prévoyait un certain nombre de critères de convergence, destinés en particulier à faciliter la mise en place de l’euro. Ces critères ont ensuite été repris dans le pacte de stabilité européen. Certains portent sur la politique monétaire : les taux d’inflation et les taux d’intérêt ne doivent pas être trop divergents en Europe, ce qui se comprend avec une monnaie commune.

Mais désormais la politique monétaire est établie au niveau de la Banque centrale européenne et non plus des banques centrales nationales. C’est elle qui fixe le taux d’intérêt, qui est devenu le principale indicateur, tout en surveillant l’évolution de la masse monétaire (M3). Il y a là une contradiction, car il est difficile de fixer à la fois un prix (le taux d’intérêt) et une quantité (la masse monétaire).

Une évolution opportune consisterait à laisser les taux d’intérêt fluctuer, comme un prix libre, et à fixer étroitement l’évolution de la masse monétaire. Mais comme la Banque centrale européenne est, heureusement, indépendante des gouvernements, ce n’est pas aux ministres d’en discuter. C’est à la BCE de fixer sa politique. Reconnaissons que pour l’instant, même si elle a accordé -hélas- la priorité aux taux d’intérêt, elle a su éviter tout dérapage de la quantité de monnaie. La plupart des ministres ne souhaitent pas remettre en cause cette indépendance de la BCE.

 

3% de déficit et 60% d’endettement

 

C’est donc sur la politique budgétaire que porte l’essentiel du pacte de stabilité, puisque celle-ci dépend encore des gouvernements et des parlements nationaux. Deux règles s’appliquent dans ce domaine. La première prévoit que les déficits publics de l’année ne doivent pas dépasser 3% du PIB. La seconde prévoit que l’endettement public total (accumulé au fil des années, à cause des déficits antérieurs) ne doit pas dépasser 60% du PIB.

Rien de scientifique ne justifie le choix de ces chiffres. Pourquoi 3% de déficit et non pas 1 ou 2% ? A la limite, on pourrait plus facilement justifier -comme c’est le cas dans certains Etats américains- qu’aucun déficit public ne soit autorisé et que ce chiffre soit fixé à 0. Quant à l’endettement, rien ne justifie le choix des 60%. 30% serait un choix tout aussi arbitraire.

En même temps, plus que la règle exacte (3% ou 60%), ce qui compte c’est le fait de se fixer une règle. Ce qui importe, c’est surtout d’avoir mis fin aux politiques conjoncturelles d’inspiration keynésienne, qui prévoyaient d’accroître le déficit en période de récession, pour relancer l’économie, et de le supprimer en période d’inflation, pour freiner la surchauffe. Cette politique (dite de « stop and go ») a produit dans le passé les pires catastrophes et a aggravé et le chômage et l’inflation. Si les règles européennes permettent d’y mettre fin, en dépit de leur arbitraire, c’est tant mieux.

Mais il faut se souvenir que ces règles ont été adoptées sous la pression des grands pays, comme la France et l’Allemagne, qui ont obligé les petits pays à les appliquer. Or, par la suite, ce sont ces deux pays qui ont eu le plus de mal à appliquer ces règles et qui réclament maintenant leur assouplissement. Etonnant paradoxe. Car la France et l’Allemagne non seulement ont vite atteint les limites autorisées, mais encore les ont dépassées, avec des déficits de l’ordre de 4% et un endettement nettement supérieur à 60%. Des procédures de poursuite contre ces deux pays ont même été un temps envisagées.

 

Eviter à tout prix le retour de la politique conjoncturelle

 

Ce sont donc la France et l’Allemagne (et dans une moindre mesure l’Italie, qui a un endettement très élevé) qui ont souhaité assouplir le pacte de stabilité européen. Parmi les propositions, on envisage d’exclure certaines dépenses de la règle des 3%. Ce serait le cas des dépenses d’équipement public, ou encore de recherche, voire de défense ou d’éducation et même, pour les Allemands, des contributions au budget européen. Il y a là quelque chose de discutable, ou alors il faudrait aller au bout de la démarche (comme en Angleterre) en interdisant tout déficit (0% donc) sauf pour financer exclusivement des dépenses d’investissement. Ce serait mieux que d’autoriser 3% de déficit, servant comme aujourd’hui à des dépenses de fonctionnement courant, ce qui est inacceptable.

Le fond du problème est double. D’une part, France et Allemagne réclament un assouplissement de la règle parce que ces pays se révèlent incapables de réduire les dépenses publiques, ce qui est pourtant une nécessité absolue. Dans ce cas, il est plus facile de casser le thermomètre que de réformer en profondeur. La solution est évidemment dans la réforme des dépenses publiques, non dans l’assouplissement de la règle.

D’autre part, ces mêmes pays réclament un retour à plus de souplesse conjoncturelle : faire varier le déficit autorisé suivant la conjoncture, ce qui est un retour pur et simple aux errements du keynésianisme. C’est ce que Paris appelle « retrouver des marges de manoeuvres budgétaires ». Et le chancelier SCHRÖDER vient de jeter un pavé dans la mare allant dans le même sens et contestant « le pouvoir de gendarmerie » octroyé par les traités à la Commission. Heureusement, la plupart de nos partenaires sont contre et semblent tenir bon. Le président en exercice (le premier ministre luxembourgeois) est très ferme sur la nécessité de règles de stabilité et le refus d’exclure certaines dépenses du calcul du déficit (« cela reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore »).

Affaire à suivre donc. Mais ce qui nous semble essentiel, c’est d’une part la nécessité d’avoir des règles et non une politique budgétaire conjoncturelle, d’autre part la priorité donnée aux réformes structurelles de réduction des dépenses publiques et de l’endettement public.

 

 


 

 

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