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On est allé
un peu plus loin en précisant que les résistants étaient essentiellement
des communistes : Rol-Tanguy et les FTPF
auraient fait tout le travail. Franchissant un nouvel échelon dans l’escalade,
on a pu entendre que grâce à leur action déterminante les résistants auraient
empêché la France de tomber « sous administration américaine, comme
l’Allemagne » ! Quant au Président de la République, pour ne
pas être en reste, il a salué la libération comme le commencement de la
fraternité en France ; une fraternité qui a parfois pris l’allure
de l’épuration, légitimant l’exécution sommaire de 400.000 Français en
quatre mois, si l’on en croit Robert ARON et la plupart des historiens
de cette période agitée.
C’est dire
qu’il y a libération et libération. Et la propagande qui caricature la
libération de la France pour tenter d’effacer le lourd tribut payé par
les Alliés a son pendant s’agissant de la libération
de l’Europe. De sa libération passée et de sa libération future.
La libération
passée est symbolisée par la chute du mur de Berlin en 1989. En aurait-on
perdu aujourd’hui la signification ? Comme l’hitlérisme avec lequel
il a fait bon ménage jusqu’en 1941, le stalinisme était un totalitarisme
fondé sur le credo marxiste et socialiste. Dans la « Route de la
Servitude », HAYEK a démontré qu’il n’y avait qu’une différence de
degré entre la social-démocratie, le national-socialisme et le communisme,
pas une différence de nature : partout la magnificence de l’Etat
et de la Nation effaçant les droits individuels, partout le collectivisme
et le matérialisme contre la tradition spirituelle et humaniste de l’Europe.
La fin du communisme a été certes facilitée par ses « contradictions
internes », mais aussi par la pugnacité des peuples opprimés et l’engagement
sans répit des Etats-Unis. Le Pape Jean Paul II et le peuple polonais,
les dissidents et rebelles d’Europe Centrale et de l’Est, mais aussi le programme « Starwar »
de Ronald Reagan, ont mis fin à quarante ans ou soixante dix ans de totalitarisme.
Les communistes qui aujourd’hui parlent de Libération, ainsi que nombre
de politiciens français qui se réclament des valeurs humanistes, devraient
se souvenir qu’ils ont été, à l’image de De
Gaulle, les alliés les plus sûrs de l’URSS et les artisans d’une décolonisation
qui a précipité un quart de la planète dans le camp de la barbarie. Aujourd’hui,
toute honte bue, ils donnent des leçons de moralité au monde entier.
Les mêmes
veulent construire une Europe à leur façon, une Europe où le jeu politique
l’emporte sur les initiatives privées, où l’Etat
contrôle sinon efface le marché, où les droits sociaux priment le droit
de propriété. Pour l’instant ils croient y avoir réussi. La voie de la
centralisation et de l’irresponsabilité est ouverte par la Constitution
projetée. Les craintes des syndicats et des corporations sont apaisées :
il y aura bien une « Europe sociale », on ne tombera pas dans
le piège de l’ultralibéralisme.
C’est évidemment
ignorer le contexte mondial, qui obligera l’Europe à choisir entre l’ouverture
ou la ruine. C’est aussi négliger la volonté de progrès des nouveaux peuples
de l’Union Européenne. C’est enfin croire que
les échecs économiques et humains du communisme et de la socialisation
totalitaire n’ont pas été compris par ceux qui les ont subis.
La libération
de l’Europe est donc encore à faire. Les forces vives de la liberté doivent
se mobiliser pour cet objectif. Je pense que les entrepreneurs européens,
de l’Est comme de l’Ouest,
peuvent jouer un rôle déterminant dans cette libération. Ils y ont intérêt,
parce qu’ils ne pourront relever le défi de la concurrence mondiale avec
le fardeau d’une Europe dirigiste. Ils y mettront de la passion, parce
que l’esprit d’entreprise est, en soi, un esprit de libération :
libération des talents, libération de la personnalité. Les jeunes Européens
sont particulièrement bien placés pour tenir ce rôle de pionniers.
Voilà pourquoi
je me réjouis de les voir si nombreux à Aix cette semaine, dans le cadre
de cette Université consacrée au destin de l’Europe.
Voilà pourquoi,
au cours des prochains mois, les libéraux français (et les autres), s’engageront
dans la bataille autour de la Constitution, pour persuader le peuple de
France qu’il est temps pour lui aussi de se libérer. Libération de la
France, libération de l’Europe : soixante ans plus tard, c’est à
nouveau l’heure de la reconquête.
Jacques
Garello
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