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La mode est à l’alter. Je suis un alter-européen.
Pas un anti : je crois profondément à l’avenir d’une Europe
sans frontière interne, ouverte à son tour sur le reste du monde. Mais
pour l’instant le spectacle que nous offrent les politiciens, Français
et Allemands en tête, est assez pitoyable. Au lendemain de l’Ecofin
qui a enterré le pacte de stabilité et à la vieille de la Conférence Intergouvernementale
(CIG) de Naples, je suis confirmé dans une analyse faite depuis des années :
si l’Europe politique se construit, la politique détruit l’Europe. Ecofin
nous a bien démontré que, dans le domaine de l’économie, les Etats sont
incapables de s’entendre durablement. France et Allemagne, après avoir
été les promoteurs du pacte de stabilité en 1992 en sont aujourd’hui les
fossoyeurs. Ce qui me peine n’est pas la discorde au sein des 15 ministres
des finances, c’est bien plutôt que les gouvernants s’étaient fixés une
ligne de conduite plutôt saine : halte aux déficits publics, halte à la
dette publique, halte à l’inflation. Aujourd’hui, au prétexte « d’accompagner
la reprise », on se refuse à accepter les sanctions que l’on avait
soi-même prévues. Mais on les avait sans doute pensées pour les Grecs,
les Italiens, les Portugais et les Espagnols, pas pour ces pays exemplaires
que sont France et Allemagne.
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La mode est
à l’alter. Je suis un alter-européen. Pas un
anti : je crois profondément à l’avenir d’une Europe
sans frontière interne, ouverte à son tour sur le reste du monde. Mais
pour l’instant le spectacle que nous offrent les politiciens, Français
et Allemands en tête, est assez pitoyable. Au lendemain de l’Ecofin
qui a enterré le pacte de stabilité et à la vieille de la Conférence Intergouvernementale
(CIG) de Naples, je suis confirmé dans une analyse faite depuis des années :
si l’Europe politique se construit, la politique détruit l’Europe. Ecofin
nous a bien démontré que, dans le domaine de l’économie, les Etats sont
incapables de s’entendre durablement. France et Allemagne, après avoir
été les promoteurs du pacte de stabilité en 1992 en sont aujourd’hui les
fossoyeurs. Ce qui me peine n’est pas la discorde au sein des 15 ministres
des finances, c’est bien plutôt que les gouvernants s’étaient fixés une
ligne de conduite plutôt saine : halte aux déficits publics, halte à la
dette publique, halte à l’inflation. Aujourd’hui, au prétexte « d’accompagner
la reprise », on se refuse à accepter les sanctions que l’on avait
soi-même prévues. Mais on les avait sans doute pensées pour les Grecs,
les Italiens, les Portugais et les Espagnols, pas pour ces pays exemplaires
que sont France et Allemagne.
L’argumentation
française ne manque pas de piquant : nous dépassons 3% parce que
nous avons la perspective de descendre en dessous de 3% au cours des prochaines
années. Il est vrai que pour rentrer dans les limites, il faut les avoir
dépassées.
En termes
polis (à peine) le couple infernal a donc clairement signifié que les
règles s’appliquent à tous les autres sauf lui.
Le CIG va
se heurter aux mêmes ambiguïtés, à la même morgue. Ici les choses sont
plus graves, elles ne concernent plus seulement la politique macro-économique,
mais les institutions de l’Union européenne à vingt-cinq. Pour l’instant
le projet de constitution ne peut concilier la volonté de puissance de
l’axe Paris-Berlin et le respect des intérêts des nouveaux venus
et, de façon plus générale, des petits pays. Il faudrait aller jusqu’au
bout de la logique confédérale, en admettant et le droit de sécession
et le principe de subsidiarité. Mais les socialistes et les constructivistes
de l’Europe ne veulent pas d’une Union souple avec des pouvoirs fédéraux
faibles. Pas d’union libre : ils veulent un mariage durable, avec
une autorité politique centralisée forte, pour pouvoir concevoir et mener
des politiques dynamiques dans le domaine de la fiscalité, du commerce
international, de la législation du travail et de l’environnement. Quant
aux gouvernements français et allemand actuels, ils acceptent l’idée du
mariage, à condition que le pouvoir aille aux mâles dominateurs, disposant
éventuellement du droit de répudier leurs partenaires. C’est toute l’hypocrisie
des Européens souverainistes (qu’ils se proclament tels ou non).
J’ajouterai
enfin que la CGI est incapable de lever deux hypothèses majeures :
celle de la Turquie et celle de la Russie. La Turquie n’est pas l’Europe,
mais elle n’en est pas coupée pour autant. Des intérêts communs unissent
l’Europe continentale et le Proche Orient, il faut les développer. Mais
cela ne peut se faire dans le cadre d’une intégration politique, cela
n’est possible que dans un espace de libre échange. A l’inverse exclure
la Turquie, c’est la livrer aux mains de l’extrémisme islamique. Paradoxalement
ceux qui voient dans l’ouverture de l’Europe à la Turquie le premier flot
d’une invasion musulmane semblent préférer favoriser la reconstruction
d’un puissant empire ottoman. La seule solution pacifique à terme est
donc dans l’Europe des marchands, bien mieux adaptée à cette situation
que l’Europe des Etats.
Le péril
turc grossi fait oublier le péril russe réel. Tous les dirigeants occidentaux
font de larges sourires à Vladimir Poutine. Or le maître du Kremlin s’emploie
aujourd’hui à reconstituer un empire soviétique dans tous les sens du
terme : pouvoir policier, génocide, domination sur les peuples voisins,
de l’Ukraine à la Georgie en passant par la Moldavie. L’empire éclaté
se refond dans le creuset d’un KGB nationaliste, anti-capitaliste et anti-occidental.
Voilà donc
l’Europe que nous concoctent nos politiciens : une Europe des rapports
de force, semblable à celle que Metternich avait
imaginée à Vienne en 1815. Devra-t-on revivre les erreurs des XIX° et
XX° siècles ?
Si nous voulons
être de notre siècle, celui de la mondialisation et du développement pour
tous les peuples de la terre, celui de la paix et de l’harmonie universelle,
il faut que nous, Européens, ren ncions à créer une super-puissance, un colosse aux pieds d’argile,
et que nous acceptions de respecter les lois de la société marchande et
les droits individuels. Ce sont ces lois et ces droits qui nous ont apporté
prospérité et tranquillité depuis le Traité de Rome jusqu’à nos jours,
pendant que les hommes politiques s’amusaient avec le politique agricole
commune, les serpents monétaires et les bureaucrates de Bruxelles – autant
d’échecs. Nous devons aller vers l’alter-Europe.
Jacques
Garello
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