|
On a trop
vite oublié ce qui est à l’origine de la reconstitution de l’Europe :
c’est la chute du mur de Berlin, elle-même préparée par le courage du
peuple polonais. C’est Lech WALESA et les ouvriers des chantiers navals
de Gdansk qui ont pris le risque d’affronter le régime communiste dans
leur pays. Pendant huit ans, Solidarnosc a mené une lutte courageuse pour
rendre au peuple polonais sa liberté et sa dignité. Des centaines de Polonais
ont fait le sacrifice de leur vie, à commencer par le Père Popiulescu,
figure emblématique de la résistance. Les deux visites du Pape, réunissant
chaque fois deux millions de fidèles, ont fait le reste : Jaruzelski
a du céder, c’était la première brèche dans le bloc communiste. Tchèques,
Hongrois, Roumains devaient les rejoindre, et finalement c’est la RDA
de HONNEKER, la plus impitoyable des dictatures après l’URSS, qui a été
emportée.
L’Europe
a donc pu renaître à la vie sous le signe de la liberté, et grâce à la
lutte des peuples asservis contre le totalitarisme collectiviste. Voilà
pourquoi les manifestations des voyous altermondialistes
à Varsovie devraient leur valoir la réprobation universelle, puisque ces
fils spirituels de Marx, de Lénine et de Staline veulent aujourd’hui nous
expliquer comment reconstruire la planète alors qu’ils ont soutenu pendant
des années les promoteurs des goulags et de l’impérialisme soviétique.
Il est vrai qu’ils ont réussi à droguer la population au point de faire
croire aujourd’hui que le péril était dans l’impérialisme américain (certains
le comparant même à l’intégrisme islamiste !). Non, soyons lucides :
le seul péril est la barbarie des adversaires de la liberté, qu’ils soient
altermondialistes ou islamistes, et les valeurs
de la civilisation sont portées par ceux qui défendent nos libertés, aujourd’hui
comme hier.
Née dans
la liberté et pour la liberté, l’Europe, en dépit des socialistes de tous
pays et des étatistes de toutes conditions, doit maintenant s’affirmer
comme un espace de liberté.
Bien des
pays qui nous rejoignent aujourd’hui n’ont aucun désir de copier le modèle
franco-allemand, qui ne débouche que sur l’affrontement social permanent,
la soumission à l’Etat, la ruine économique,
la bureaucratie généralisée et les nomenklaturas. Ce qu’ils veulent, c’est
se voir reconnaître la pleine et entière dignité de partenaires des autres
Européens. Ils ne comprennent pas pourquoi, après le temps rapide des
embrassades, on les a gentiment relégués dans leur coin, au prétexte qu’ils
n’étaient pas prêts pour la grande aventure européenne. Aux yeux de ces
messieurs de Paris et de Berlin, il faut être sérieux pour devenir membre
de l’Union. Et nos dirigeants ont été d’autant
plus regardants sur les critères d’entrée en Europe qu’eux-mêmes en prenaient
à leur aise avec les « disciplines » qu’ils avaient inventées :
faites ce que je dis, et pas ce que je fais. Quelle prétention et quelle
injustice !
Quel mensonge
surtout, car toutes ces tergiversations n’avaient pour but véritable
que de protéger les intérêts corporatifs et syndicaux contre l’épreuve
de vérité de l’ouverture et de la concurrence.
Il faut donc
maintenant souhaiter que l’Europe à vingt cinq nous ramènera en 1989,
quand soudain la perspective de la réunification générale est apparue.
« L’Europe respire à nouveau avec ses deux poumons », avait
dit Jean Paul II, l’un des artisans majeurs de la chute du mur.
Je n’ai cessé
de le répéter comme quelques autres : l’Europe ne continuera à exister
et à se développer, pour le plus grand bien des Européens, que si elle
est l’Europe des Européens, et non l’Europe des Etats. Les peuples n’ont
besoin ni de constitution, ni de pouvoir politique européen, ils ont besoin
de la paix et de la libre communication. Que les dirigeants se contentent
de les rendre possibles, au lieu de vouloir « construire » une
tour de Babel dont la ruine est déjà prévisible.
C’est pourquoi
le Président de la République déraisonne et méprise l’histoire en suspendant
le futur de l’Europe à une décision qui dépendra de sa seule décision.
L’Europe
n’appartient pas à Jacques CHIRAC, ni d’ailleurs à aucun gouvernement
européen. L’Europe appartient à la liberté. Ce ne sont pas les politiciens
français qui ont renversé le communisme, ce sont les ouvriers des chantiers
navals de Gdansk et ceux qui les ont suivis. A l’époque, la fermeté de
Ronald REAGAN et des autres a fait le reste. Il est donc inconvenant de
l’oublier et de vouloir faire de l’Europe une forteresse anti-atlantique.
Sur la tombe
du père Popiulescu à Varsovie, un slogan m’avait
marqué à l’époque : « La vérité vaincra ». Une prédiction
toujours d’actualité sans doute. Pensons à Gdansk.
Jacques
Garello
|