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Il est vrai
qu’elle avait été stimulée ces derniers temps par quelques signes inquiétants.
D’une part un certain discrédit frappait les hommes de l’Etat, il fallait donc apporter à nos concitoyens la preuve
que gouverner ce n’est pas se loger, mais c’est loger les autres (Monsieur
Borloo s’y emploie) et c’est encore sauver les niches écologiques
(qui sont aussi des niches électorales). D’autre part l’étoile de notre
diplomatie commençait à pâlir face à l’éclat de la nouvelle Secrétaire
d’Etat des Etats Unis et au succès du Président Bush sorti soudainement
de la stupidité maladive où l’avaient enfermé les médias et la classe
politique française. Il fallait donc affirmer à la face du monde entier
que la France était bien toujours la conscience morale et politique du
monde, en donnant une leçon de conduite altermondialisée
dans la plus pure tradition de la conférence de Rio. Donc, que ce soit
à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Hexagonie,
les princes qui nous gouvernent étaient en devoir
d’affirmer quelque chose de grand, quelque chose de beau, quelque chose
de généreux – dans le prolongement et la nostalgie du discours gaullien.
Je ne dirai
rien des amendements constitutionnels nécessaires à l’ouverture de la
voie référendaire pour le projet de constitution européenne. Ils peuvent
passer pour techniques, bien qu’au passage la hiérarchie entre constitution
et traités internationaux soit quelque peu bousculée. Je ferai au contraire
quelques commentaires sur la « charte de l’environnement » pour
en montrer et la grandeur, et la beauté et la générosité.
Grandeur :
on n’a pas lésiné sur la philosophie. C’est grand comme du Robespierre
invoquant la déesse Raison. Ici c’est la déesse Nature, notre mère Gaïa,
qui inspire l’idolâtrie de nos législateurs. D’entrée de jeu, j’apprends
que « le peuple français » considère « que les ressources
et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ».
On mesure mal la portée de cette « considération », et on ne
savait pas le peuple français si intelligent. Le voici en effet qui vient
de rompre avec toutes les superstitions et croyances obscurantistes qui
ont habité des esprits simples persuadés que l’homme est une créature
de Dieu. Nous voici enfin réconciliés avec la science, celle des matérialistes
et des évolutionnistes : l’homme matière né de la matière. Marx a
enfin triomphé. L’ère positiviste, scientiste vient de s’ouvrir, enfin !
Beauté :
c’est beau comme du Cousteau, du Michel Serres ou du Hans Jonas, trois
descendants de Malthus qui ont compris toute la beauté de la nature et
toute la laideur de l’humanité qui la détruit. « La diversité biologique,
l’épanouissement personnel et le progrès des sociétés humaines sont affectés
par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation
excessive des ressources naturelles ». Qu’avec pudeur ces choses-là
sont dites ! Qui penserait que derrière les « modes de consommation
ou de production » se cachent l’horrible capitalisme sauvage, l’ultra-libéralisme américain, la société de consommation ?
C’est à peine si le discours du Premier Ministre l’a laissé entendre,
en visant le protocole de Kyoto – et ceux qui n’en veulent pas. Et quelle
belle attention portée « aux générations futures et autres peuples »
sacrifiés sur l’autel de la « réponse aux besoins du présent » !
Tout est dans cette formule : la lutte des âges, la lutte des classes,
le Nord richissime et prédateur contre le Sud pauvre et exploité. Voilà
qui appelle en retour l’émergence de nouveaux « droits à l’environnement »
que l’on vient enfin d’honorer, pour les assortir d’ailleurs de trois
articles sur les « devoirs » : devoir de préserver et d’améliorer
l’environnement (article 2 : qui et comment ?), devoir de prévenir
les atteintes à l’environnement (article 3 : qui et comment ?),
devoir de contribuer à la réparation des dommages portés à l’environnement
(article 4 : lesquels et comment ?). Quelle belle charte !
Générosité :
les querelles partisanes médiocres ont été oubliées, pour ne voir que
l’intérêt de la planète et des générations futures. Quand parle Raffarin,
fermez les yeux : vous croiriez entendre du Bové
ou du Mamère, en moins drôle il est vrai. L’écologie politique abaisse
les barrières entre la droite et la gauche, elle soude le peuple de France
autour d’un idéal digne de ce nom. Le Président rappelle à propos qu’il
est le Président de tous les Français, et pas seulement de ceux qui ont
voté pour lui au premier tour ; ce rappel pourrait être utile en
2007.
Au moment
où les grincheux sont tentés de voir dans notre pays désordre social,
grèves sauvages, corruption et privilèges, voici que nous sommes invités
à nous fondre dans la grande famille humaine, et au nom de l’humanisme
d’épouser les thèses marxistes. On peut répéter aux Cassandre de toutes
origines ce message d’espoir que nous vaut le courage constitutionnel
de nos parlementaires : « nous étions au bord du gouffre, nous
avons fait un grand pas en avant ».
Jacques
Garello
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