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LANCEMENT DE L'EURO : ET SI L'ECHEC ETAIT AU RENDEZ-VOUS
?
Pour l’instant, la nouvelle monnaie européenne
inspire méfiance aux commerçants et les consommateurs la boudent. A quatre
mois de son lancement, elle commence en outre à faire peur, avec la multitude
de problèmes concrets liées à la transition, qui risquent de faire souffrir
les européens et de porter un coup dur à la monnaie unique. Au
lendemain des fêtes, la « gueule de bois » aura un goût particulier.
En effet, il y a de fortes chances que les Français découvrent qu’ils
ne sont en mesure ni de se procurer du cash en euro, ni de payer par carte
bancaire leurs achats quotidiens chez le boulanger, chez l’épicier etc.
Les problèmes concrets de la transition de la monnaie nationale à la monnaie
européenne sont tous liés à la difficulté de créer et d’imposer artificiellement
- uniquement par la volonté de quelques hommes politiques - une institution
sociale, comme la monnaie. Une manifestation de cette difficulté réside
dans le refus des commerçants et des professionnels d’investir dans l’équipement
nécessaire à l’utilisation de l’euro. Ils sont d’autant plus découragés
à le faire que les consommateurs eux-mêmes boudent la monnaie unique et
« s’obstinent » à lui préférer la devise nationale. Sans
changement radical de la part des acteurs économiques (banques, commerçants,
restaurateurs, boulangers, etc.) les Français auront deux types de problèmes :
les uns les empêchant de se procurer du liquide en euro, les autres ne
leur permettant pas d’utiliser leur carte pour effectuer des paiements. 1)
En effet, le seul moyen de se procurer des billets en euro le jour de
son lancement (le 01/01/2002) est de les retirer dans les distributeurs
automatiques (DAB). En effet, les banques vont rester fermées, faute d’accord
avec les syndicats. Seulement, le problème concernant les distributeurs
automatiques est simple : une partie seulement des DAB (les prévisions
vont de 55% à 80%) seront en mesure de distribuer des billets en euro.
Il est d’autant plus difficile de les adapter que les DAB français, à
la différence, par exemple, des allemands, ne manipulent que deux sortes
de billets (de 100 et de 200 francs) alors qu’avec l’euro il faudra distribuer
7 billets différents (5, 10, 20, 50, 100, 200 et 500 euros). Conséquence :
seulement 30 000 des 35 000 DAB en France seront en mesure de distribuer
des billets en euros et uniquement des billets de 10 et de 20 euros (respectivement
65 et 130 francs). Or, avec de telles petites coupures, les DAB risquent
d’être vidés très rapidement. Si tout le monde se précipite, comme cela
est probable, pour retirer du liquide en euros, les DAB se videront en
moins de deux heures (« effet chasse d’eau »). Ainsi, les files
d’attente après minuit semblent inévitables si l’on veut se procurer du
cash en euro. Bien sûr, il sera encore possible de payer en francs, jusqu’au
17 février, mais où trouver des billets en francs, puisque banques et
DAB n’en donneront plus : le stock thésaurisé chez les ménages sera
vite dépensé. 2)
Si l’on n’a pas de liquide, il nous reste néanmoins la carte bancaire
pour régler nos transactions quotidiennes. Seulement, là encore, des problèmes
existent, qui font que 35% des terminaux de paiement électronique (TPE),
soit 200 000 TPE, ne sont pas mis à jour pour accepter l’euro. Sur ces
200 000, 80 000 doivent être carrément remplacés et 20 000 autres nécessitent
l’intervention d’un technicien pour adopter la nouvelle norme de sécurité
CB 5.1. A partir du 1er janvier 2002 à 0 heure, il sera impossible
de régler avec la carte bancaire en francs ; il faudra donc trouver
des commerçants qui auront pu adapter leurs terminaux de paiement électronique
à l’euro. Enfin,
aux files d’attente devant les agences bancaires pour demander des euros
(les commerçants étant prioritaires au guichet) vont certainement s’ajouter
celles dans les magasins parce que, faute de liquide en euro, les consommateurs
continueront un temps à payer en francs. Mais on leur rendra la monnaie
en euro : les calculs risquent d’être longs, chacun voulant vérifier
la monnaie rendue ! Les commerçants hésitent à investir 300F dans
les « eurettes » (qui ne leur serviront que six semaines), machines
qui leur permettraient d’afficher le prix en euro, de recevoir le paiement
en francs et de rendre la monnaie en euro … La
transition du franc à l’euro va aussi perturber l’utilisation des 5 millions
d’automates (distributeurs de sandwiches, de café, horodateurs etc.).
Ils vont passer progressivement à la monnaie unique et il faudra donc
en attendant se munir de petites pièces en francs. Le consommateur découvrira
aussi que quand l’euro sera le seul à circuler, les prix des différents
articles dans ces distributeurs, ainsi que dans les horodateurs de parking,
auront dans certains cas considérablement augmenté. Par exemple, le tarif
de stationnement à Paris qui est actuellement de 5, 10 ou 15 francs, suivant
la zone, passera respectivement à 1, 2 ou 3 euros (environ 6.56, 13 et
20 francs). En
conclusion, le lancement de l’euro connaît des problèmes concrets qui
risquent fort de discréditer davantage cette monnaie aux yeux des européens
et du reste du monde. La monnaie est une chose trop sérieuse pour être
confié dans les mains des hommes de l’Etat, disait Milton Friedman (Prix
Nobel d’économie). L’introduction de l’euro en tant que monnaie unique
ne fait que confirmer cette affirmation : l’euro reste fragile et
son introduction sous forme liquide en 2002 sera délicate, parce que l’euro
est une monnaie politique, un excellent exemple de constructivisme artificiel. Mots-clés :
Euro, Europe,
Monnaie.
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