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Presentation du Symposium par Max Falque[1] |
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Les articles
réunis dans la présente livraison du Journal des Economistes et des
Etudes Humaines ont une double origine : - En août
1992, Jacques Garello, Président de l’Institute
for Humane Studies-Europe décidait en liaison
avec l’ICREI (International Center for
Research on Environmental Issues)
de choisir comme thème de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie
“l’écologie de marché”. L’intérêt des discussions a conduit à retenir
le principe d’un numéro spécial du Journal consacré à ce thème, très
peu exploré, au moins en France. - En juin
1996, le Centre d’Analyse Economique organisait à Aix-en-Provence, avec
le concours du Ministère de l’Environnement[2],
une Conférence Internationale sur le thème : “Droits de propriété et
environnement” dont les actes seront publiés prochainement[3]
en français. Or, certaines des contributions concernant précisément
l’écologie de marché méritaient d’être publiées in extenso et, le cas
échéant, en langue anglaise[4]. Ce symposium
trouve sa pleine signification dans le caractère curieusement encore
nouveau du sujet. Le nombre réduit de publications dont l’écologie de
marché a fait l’objet en Europe (à l’exception de la Grande-Bretagne),
nous a conduit à proposer une bibliographie qui, sans aucune prétention
à l’exhaustivité, permettra aux chercheurs de connaître un certain nombre
de contributions scientifiques qui pour l’essentiel sont d’origine américaine
mais dont la portée analytique peut trouver de multiples applications
sur tous les continents. Le cœur
du problème Il est reconnu
qu’aujourd’hui, le libéralisme apparaît comme la seule alternative efficace
aux divers degrés de socialisme, depuis le communisme discrédité jusqu’à
la social-démocratie qui a révélé l’inefficacité croissante de l’Etat-Providence. Aussi, le
marché et la privatisation sont-ils à l’ordre du jour. Mais en matière
de politique environnementale, tout se passe comme si seule la réglementation
(“command and control”) pouvait résoudre les problèmes qui dans les
autres domaines de la vie sociale sont avantageusement remplacés par
les droits de propriété et le marché. Une première
raison de cet état de fait est d’abord due à l’absence de réflexions
conjointes des diverses disciplines ou plus exactement leur approche
sectorielle dans un domaine où les frontières entre le droit, l’économie
et la science politique sont mouvantes. Une seconde
raison est d’ordre idéologique : les tenants des diverses formes de
collectivisme, discrédités dans le domaine de la production de biens,
se sont repliés sur l’environnement qui semble impliquer une intervention
sans partage des pouvoirs publics. L’élaboration et la mise en œuvre
de réglementations indispensables au début de la crise environnementale,
engendrent une activité bureaucratique auto-entretenue
dont il est difficile aujourd’hui d’arrêter le cours malgré ses coûts
et ses échecs. Enfin, la
troisième raison tient aux caractéristiques du processus de décision
politique. Réglementer la qualité de l’environnement aboutit en fait
à fixer des niveaux de pollutions et donc à définir des niveaux de profits
économiques ou politiques. La collusion des hommes politiques, des technocrates
et des agents économiques n’est possible qu’en éliminant le libre marché
et en amputant le respect des droits de propriété. Cela est d’autant
plus tentant que l’opinion ne se voit pas présenter d’alternatives opérationnelles. Les axes
d’analyse Les communications
sont regroupées en trois thèmes qui couvrent successivement les fondements
politiques de l’action publique, le rôle de la science économique et
enfin les perspectives ouvertes par une nouvelle vision économique du
droit. L’écologie
entre politique et marché Les articles
de G. Bramoullé, J.A.
Kwong et T.G. Moore analysent le
contenu idéologique qui sous-tend les politiques environnementales actuelles
guidées par les groupes de pression “verts”. Le quasi monopole de la
réglementation et des pouvoirs publics n’a pas de raison d’être en dehors
de la présence diffuse mais efficace des thèses de l’écologie profonde.
R. Stroup démontre que l’efficacité de la politique environnementale
passe par un rétablissement des droits de propriété avec leurs trois
attributs : définis, garantis par la justice et aliénables. A.L. Strong analysant l’émergence
des droits de propriété dans les ex-pays communistes et chez les aborigènes
d’Australie démontre l’extrême complexité du processus ainsi que l’importance
capitale d’un système judiciaire permettant de faire coïncider ces nouveaux
droits avec la protection de l’environnement et la justice sociale. L’économie
au service de l’environnement La deuxième
partie présente les perspectives offertes par la science économique
pour définir une nouvelle politique environnementale. B. Yandle démontre qu’en l’absence de rationalité économique,
la régle-mentation américaine est inefficace
et contre-productive mais qu’il existe des voies contractuelles prometteuses
en matière de gestion des ressources en eau notamment. M. Potier
et G. Sainteny mettent en évidence que la
sage utilisation des outils économiques et de la fiscalité constitue
bien souvent une alternative ou un complément à la réglementation. M. Falque
propose de remplacer les incantations réglementaires du rapport Bruntland
par les outils économiques qui ont assuré au cours des derniers siècles
le développement durable en Europe et en Amérique du Nord. Enfin, W.
Block et B. Lemmenicier montrent que l’analyse
économique du droit permet d’envisager de résoudre des problèmes limites
dans un cadre de liberté individuelle et d’échange. Droit
et environnement: les perspectives La troisième
partie recule les frontières du droit positif et ouvre la voie à l’imagination
juridique. B. Bouckaert démontre l’unité du
droit, de l’économie et de l’écologie. E. Brubacker et R. Bate démontrent
comment au Canada comme en Grande-Bretagne la qualité de l’eau des rivières
a pu être sauvegardée par la jurisprudence de la Common
Law relative au strict respect des droits de propriété. K. Jeffreys et M. de Alessi décrivent des expériences limitées
mais prometteuses d’appropriation des ressources de la mer grâce aux
technologies nouvelles. A. Karsenty analyse les formes variées de la propriété en Afrique
qui souvent sous une forme communautaire et traditionnelle peuvent gérer
au mieux l’environnement fragile, sous certaines conditions de contraintes
sociales. Conclusion Mon souhait
est que ce symposium fasse découvrir que la protection de l’environnement
ne croisera pas inévitablement “la route de la servitude” pour autant
que l’on veuille bien briser le tabou d’une bureaucratie bienveillante
et neutre guidée par des hommes politiques de bonne volonté. Les nouvelles solutions proposées ne sont ni simples ni évidentes. Mais où a-t-on vu qu’un défi aussi formidable que celui de conjuguer gestion de l’environnement et croissance économique soit résolu par une batterie de réglementations mises en œuvre par une bureaucratie de plus en plus coûteuse et inefficace ? Il est temps qu’économistes et juristes imaginent de nouveaux outils au service de l’environnement. [1] Directeur des études de l’International Center for Research on Environmental Issues (ICREI) [2] Université d’Aix-Marseille III [3] Sous la direction de M. Falque et de M. Massenet à paraître chez Dalloz, Thèmes et Commentaires, 1997. [4] Les contributions ici retenues n’engagent que leurs auteurs, et leur assemblage autour du thème « écologie de marché » est le résultat du choix délibérément effectué par le Journal des Economistes et des Etudes Humaines.
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