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LA
FISCALITE SUR L'ENVIRONNEMENT |
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1. Introduction Je vais parler
de la fiscalité de l’environnement. Je dois tout d’abord rappeler
qu’il y a eu deux phases dans les politiques publiques d’environnement.
La première a plutôt été réglementaire. La phase actuelle est plutôt
incitative à l’aide d’instruments fiscaux sans pour autant abandonner
totalement les instruments réglementaires. Je centrerai mon
propos sur un cas précis qui est la fiscalité de l’espace naturel.
Dans la mesure où modestement je souhaite montrer non pas les voies
possibles vers l’élaboration d’une éco-fiscalité verte, mais montrer
que la tâche prioritaire dans ce domaine est l’abolition d’un certain
nombre de dispositions fiscales existantes qui pénalisent l’environnement
lui-même. Je résumerai mon
propos par trois idées principales présentées ici : 1. En France,
le foncier non bâti est surimposé par rapport au foncier bâti. 2. Le patrimoine
naturel français ne dispose d’aucun des avantages fiscaux dont dispose
le patrimoine culturel. 3. Au sein du
foncier non bâti, les espaces les plus riches et les pratiques les
plus “écologiques” sont les plus pénalisées fiscalement. 2. La surimposition
du foncier non bâti par rapport au foncier bâti Il existe deux
moyens de démonter cette surimposition. Premièrement,
lorsque vous avez une égalité d’imposition sur des biens ayant un
rendement différent, vous aboutissez à une inégalité de fait et
donc à une surimposition fiscale relative des biens dont le rendement
est plus faible et qui sont taxés au même taux que les biens dont
le rendement est supérieur. A titre d’exemple
: on considère que actuellement, la valeur de rendement d’un bien
mobilier est d’environ 9%. Celle du foncier bâti d’environ 4% et
celle du foncier non bâti presque toujours inférieure à 2%. Donc
une taxe au même taux, par exemple 3% sur ces différents types de
biens conduit dans un cas à pouvoir payer la taxe par les revenus
des biens mobiliers, voire par les revenus du foncier bâti, et dans
l’autre cas évidemment, à amputer le bien lui-même, le capital lui-même
puisque la taxe est supérieure aux revenus des biens. Mais au-delà de
cette égalité d’imposition sur les biens de rendements différents,
les taux d’imposition sont eux-mêmes différents et sont supérieurs
sur le foncier non bâti par rapport au foncier bâti et aux valeurs
mobilières. C’est le cas d’abord par rapport à l’étranger (par rapport
à l’Allemagne par exemple) les bois et forêts en France sont imposés
dans un rapport de 1/10. Autres exemples
: en Grande-Bretagne, en Irlande et aux Etats-Unis, il n’y a pas
d’impôts fonciers sur les terrains agricoles, ce qui n’est pas le
cas en France. En Espagne, le foncier n’est pas acquitté pour les
terrains plantés en espèces forestières à croissance lente. Deuxième mode
de démonstration : lorsque vous êtes propriétaire d’un bien bâti.
En France, vous bénéficiez d’un abattement de 50% de la valeur locative
cadastrale pour les frais d’entretien. Pour un bien non bâti, cet
abattement n’est que de 20%. La taxe sur le foncier bâti est exonérée
pour 21% de son produit total, soit un montant total d’exonération
de 8 milliards de Francs. La taxe sur le foncier non bâti est exonérée
pour un montant de 1% seulement sur le produit total, soit un montant
de 100 millions de Francs. Ce qui revient à dire que le montant
total des exonérations de la taxe sur le foncier bâti est supérieur
au produit total de la taxe sur le foncier non bâti. Et dans ce
rapport de 1 à 20% du montant des exonérations, on voit bien que
dans un cas, il y a une volonté politique d’exonérer fiscalement
un certain type de biens et que dans l’autre cas, il n’y a pas cette
volonté. En France, on
a une graduation qui est inverse à celle, par exemple, de l’Allemagne
et des Etats-Unis, c’est ainsi que dans notre pays, plus un bien
est naturel, plus il est imposé. Vous avez une graduation qui va
des valeurs mobilières à l’immobilier bâti, puis à l’immobilier
non bâti et au sein de l’immobilier non bâti, du plus naturel au
plus artificialisé. Alors que dans les pays étrangers, c’est l’inverse
: les biens mobiliers et les biens immobiliers bâtis sont plus imposés
que les biens immobiliers non bâtis. C’est un cas de figure qui
en France peut conduire à une rentabilité nulle ou négative pour
les biens constitués de foncier non bâti. La fiscalité possède sur
ces biens un caractère confiscatoire. Le Conseil des
impôts avait démontré il y a quelques années que le taux de rendement
net d’un patrimoine agricole après impôt sur le revenu, taxe sur
le foncier non bâti et droits de succession, était négatif dans
tous les cas de figure si l’on poursuivait l’évolution sur 29 ans. Ainsi, en France,
la terre apparaît à la fois comme le facteur de production le moins
rentable et comme le facteur de production le plus imposé, ce qui
aboutit à une double pénalisation fiscale. Les conséquences évidemment,
vous les connaissez : un propriétaire n’a aucun intérêt à garder
son bien en l’état et il a trois types de possibilités : s’en défaire,
le transformer en terrain bâti (puisqu’il aura moins de charges
et que ça lui rapportera plus) ou intensifier tout en gardant le
bien non bâti, le processus de production agricole pour compenser
par de nouveaux revenus la surcharge d’impôts. 3. Les différences
criantes et frappantes entre le régime fiscal du patrimoine culturel
et le régime fiscal du patrimoine naturel en France En ce qui concerne
l’impôt sur le revenu, quelques exemples : Les frais de réparation
et d’entretien des monuments historiques sont déductibles du revenu
global pour l’impôt sur le revenu. Cela n’est pas le cas pour le
patrimoine naturel. Pour les droits
de succession et l’ISF, les immeubles classés ou inscrits peuvent
être exonérés en échange de conventions. Cela n’est pas le cas pour
le patrimoine naturel. Les objets d’antiquité
d’art ou de collection peuvent faire l’objet de dations en paiement.
Cela n’est pas le cas pour le patrimoine naturel, alors qu’il s’agit
d’une disposition réclamée depuis longtemps, notamment pour les
terrains du littoral. On a donc là aussi
une inégalité très nette entre le patrimoine bâti et le patrimoine
non bâti. 4. Au sein du foncier
non bâti, les espaces les plus riches et les pratiques les moins
intensives sont les plus pénalisées fiscalement Quelques exemples
: L’égalité de prélèvement
pour des terrains de nature très différente et ayant recours à des
pratiques culturales, à des modes d’exploitation très différents,
conduit à une inégalité de fait. Prenons deux terrains : l’un qui
est exploité de manière intensive et l’autre qui est exploité de
manière extensive. Le deuxième cas de figure étant évidemment beaucoup
plus favorable à l’environnement, l’égalité d’imposition fait qu’en
réalité elle sera plus forte sur le terrain exploité extensivement,
puisque celui-ci produit moins de revenu. Mais il produit également
moins de désutilité écologique. Deuxièmement,
les pratiques artificielles et les pratiques conduisant à la baisse
de la valeur écologique et biologique du milieu sont quelquefois
directement encouragées en France. Par exemple, le propriétaire
qui reboise un terrain est exonéré d’impôts fonciers pendant 30
ans, uniquement dans le cas d’un reboisement artificiel. Si c’est
un reboisement naturel, il n’est pas exonéré. Or
d’une part, certains terrains perdent de la valeur biologique et
écologique lorsqu’ils sont reboisés, je pense aux landes, au marais,
etc. et d’autre part, le reboisement naturel qui peut être quelquefois
beaucoup plus intéressant sur le plan écologique qu’un reboisement
artificiel monospécifique, (peupliers, résineux, etc.) ne bénéficie
pas de cette exonération fiscale. Troisième exemple
: la mise en friche ou en culture peu rémunératrice d’un terrain
n’empêche pas que celui-ci restera imposé sur la base du revenu
qu’il produirait s’il était exploité de manière intensive pour l’impôt
foncier. Ce qui veut évidemment dire que le propriétaire a tout
intérêt à procéder à cette exploitation intensive puisque dans les
deux cas il paye le même impôt. Donc autant qu’il puisse payer cet
impôt avec des revenus qu’il peut se procurer, en cas d’exploitation
intensive, et pas dans l’autre cas. Dernier exemple
: celui des zones humides. L’exemple des zones humides est très
frappant parce que c’est probablement celui qui est le plus aberrant.
En dehors du fait que sont directement encouragés le reboisement
et l’assèchement des zones humides par des subventions et des exonérations
fiscales, on est actuellement en France dans une situation où les
valeurs locatives cadastrales (parce qu’elles ont été fixées de
manière administrative et arbitraire et n’ont pas été réévaluées
sauf forfaitairement) n’ont plus aucun rapport avec le revenu réel
de ces terrains, le revenu réel de ces biens. Ce qui fait qu’on
aboutit à une surimposition relative au bénéfice des terres agricoles
les plus rentables et donc un transfert de charge. Ainsi, les propriétaires
et les exploitants de zones humides ont tout intérêt à les drainer,
à les assécher, à les transformer en terres agricoles. Résultat
: sur le plan écologique, appauvrissement considérable du milieu,
sur le plan économique, en général échec, parce que ces terres fournissent
très souvent de mauvais terrains agricoles, et sur le plan économique
et financier, gaspillage considérable, de l’argent public, parce
que ces pratiques sont encouragées, et que le calcul économique,
sans ces subventions serait négatif. L’opération ne serait pas rentable
s’il n’y avait pas des fonds communautaires ou nationaux, départementaux,
régionaux ou communaux, accordés à ces pratiques et qui tendent
à rendre ces pratiques plus ou moins rentables alors qu’en économie
de marché, elles ne le seraient pas. Par rapport à
cette situation, quelles propositions de réforme ? Trois types qui
reprennent les trois idées que j’ai développées : 1. Nécessité de
rapprocher les régimes fiscaux de l’immobilier bâti et de l’immobilier
non bâti. Diminuer l’inégalité fiscale, c’est-à-dire autoriser pour
le foncier non bâti des abattements de 50% de la valeur locative
cadastrale lorsque ça correspond réellement à des frais d’entretien
ou de restauration des biens, ce qui peut être le cas. Egaliser
au moins de manière relative le point des exonérations de la TFNB.
Il n’y a pas de raison que dans un cas 20% du produit de la taxe
soit exonéré et que dans l’autre 1% seulement du produit de cette
taxe le soit. 2. Rapprocher
le régime fiscal des patrimoines culturels de celui des patrimoines
naturels. Déduction des frais de réparation d’entretien des espaces
naturels d’intérêt exceptionnel du revenu global pour l’impôt sur
le revenu. Dation en paiement pour certains espaces naturels exceptionnels,
notamment les espaces du littoral. Exonération de mutation à titre
gratuit des espaces naturels d’intérêt exceptionnel, comme c’est
le cas pour le patrimoine bâti. 3. Aligner (au
moins) le régime fiscal des espaces naturels les plus intéressants
et les pratiques rurales les plus “gestionnaires” sur ceux qui sont
les plus destructeurs et les moins intéressants. Donc, supprimer
l’exonération de la TFNB pour les marais, les friches remises en
culture, ce qui, en plus, rapporterait de l’argent à l’Etat, puisque
ces exonérations sont des dépenses fiscales, c’est-à-dire des rentrées
fiscales qui ne se font pas. Etendre aux forêts
de protection l’exonération des trois quarts de la valeur pour les
droits de mutation à titre gratuit, car, pour l’instant, cette exonération
n’est valable que pour les forêts de production. 5. Conclusion Ce que j’ai voulu
montrer au travers de ce propos c’est que, avant de se lancer dans
l’élaboration d’une éco-fiscalité, il y a dans le système fiscal
français qui, historiquement, a ignoré l’environnement, toute une
série de dispositions qui sont perverses pour l’environnement et
qu’il convient de modifier. On peut comprendre
que jusqu’à présent, le système fiscal français ait ignoré ou sous-estimé
ces dispositions perverses parce qu’il y a eu une époque où il s’agissait
de faire produire un maximum la terre et d’inciter à la mise en
culture, par exemple, des friches, des marais, etc... Cette époque
est révolue puisqu’on a, au contraire, une situation de surproduction
agricole et donc, ces préoccupations apparaissent comme dépassées.
Aujourd’hui le nettoyage de l’appareil fiscal français apparaît
comme le préalable pour réfléchir ensuite à l’instauration d’une
véritable écofiscalité.
[1]
Directeur adjoint de cabinet du Ministre de l'Environnement. |