JOURNEE MONDIALE DE L'ENVIRONNEMENT


La Journée mondiale de l'environnement, issue du Programme des Nations Unies pour l'Environnement, s'est déroulée cette année simultanément à la Havane et à Turin le 5 juin. Le but de cette manifestation était d'attirer l'attention sur le risque de pénurie des ressources naturelles mondiales. Une fois encore, les prévisions sont malthusiennes et les solutions publiques. Il est alors nécessaire de rappeler que Malthus avait tort hier comme aujourd'hui et que la surexploitation des ressources est liée à leur caractère public. Chronique d'une idéologie partisane.



Le catastrophisme véhiculé par les différentes institutions engagées dans la Journée mondiale de l'environnement reprend le message diffusé par Malthus il y a près de deux siècles. L'idée est de considérer que l'évolution des populations est incompatible avec la croissance des ressources naturelles. Les prévisions alarmistes de Malthus ne se sont jamais réalisées, mais sont systématiquement remises au goût du jour. Les décideurs publics se dotent ainsi d'une conscience environnementale qui répond aux attentes d'un électorat désormais sensible à ce thème. Après avoir rappelé les considérations malthusiennes véhiculées par la journée mondiale de l'environnement, nous verrons, à travers l'exemple du Brésil, que la question est liée au défaut d'appropriation des ressources. La dynamique des événements naturels est incompatible avec leur gestion publique et centralisée. Malthus avait tort il y a deux siècles et a fortiori aujourd'hui. En revanche, dans un article paru dans la revue Science en 1968, Hardin avait raison.

 

Cette année, la Havane et Turin sont les hôtes de la Journée mondiale de l'environnement. Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), déclare : "Le thème de cette année comporte un message important. Il rappelle à tous les habitants de la Terre que l'avenir de l'humanité est inextricablement lié à celui des plantes, des animaux et des écosystèmes de la planète qui nous procurent les aliments, l'eau, l'air, les médicaments, les matériaux de construction, et aussi bien la beauté, élément essentiel à l'esprit des humains. Durant la Journée mondiale de l'environnement, une nouvelle enquête scientifique intitulée Millennium Ecosystem Assessment (Evaluation des écosystèmes pour le nouveau millénaire) sera présentée au public à Turin. L'évaluation, coordonnée par l'Institut des ressources mondiales en coopération avec les Nations Unies, réunit un nombre important de scientifiques, d'experts et d'organisations non gouvernementales pour essayer de combler d'importantes lacunes dans notre connaissance des problèmes qui menacent les plantes, les animaux et les écosystèmes de la Terre". Il est à noter que les différents experts fondent leurs prévisions alarmistes sur des modèles statiques en termes de progrès technologique. C'est précisément ce progrès technique qui a donné tort à Malthus. Si les mêmes prévisions étaient réalisées il y a un siècle, les experts auraient occulté le pétrole ou le caoutchouc. Au début des années 1970, en pleine crise mondiale du pétrole, les constructeurs automobiles ont mis à la disposition des consommateurs des véhicules beaucoup plus économes d'un point de vue énergétique. Ces exemples sont des réalités du marché, mais que les décideurs évitent de rappeler, pour conserver une sorte de crédibilité environnementale.

 

Il est scientifiquement prouvé que Malthus avait tort, mais il semble nécessaire de le rappeller. En revanche, l’environnementaliste Hardin avait raison dans son article publié en 1968 dans la revue Science intitulé "The Tragedy of Commons". Dans cet article, l'auteur expliquait que la surexploitation des ressources naturelles est due à leur non appropriation. Elles sont consommées en commun. Pour illustrer son propos, l'auteur donnait l'exemple des pâturages exploités en commun par des éleveurs. Chacun, rationnellement, y laisse son troupeau autant que nécessaire de telle sorte qu'à un moment donné le pâturage ne permet plus d'alimenter les animaux. Hardin mettait l'accent sur le défaut d'appropriation du pâturage et insistait sur le fait que l'intérêt général, interdisant l'appropriation de la ressource, allait à l'encontre des intérêts individuels. Le jeu est ici un jeu à somme négative. Parce que la ressource est commune ou publique, tout le monde y perd. Dans cet esprit, le cas des ressources en eau au Brésil est un cas d'école. Les perspectives et les solutions sont malthusiennes alors que le problème de fond, en termes de ressources exploitées en commun, n'est pas abordé. Explication.

 

En pleine crise énergétique, le président brésilien Fernando Henrique Cardoso a alerté les Brésiliens sur un risque de manque d'eau dans l'avenir s'ils n'économisent pas cette ressource. "Aujourd'hui nous souffrons d'un manque d'énergie momentané, mais demain nous pourrions souffrir d'un manque d'eau douce, même si le Brésil est l'un des pays où elle est le plus abondante, car les ressources hydriques sont limitées", a déclaré le chef de l'Etat. Au cours d'une cérémonie commémorative de la Journée Mondiale de l'Environnement, mardi à Brasilia, M. Cardoso a souligné qu'il fallait prendre conscience que "l'eau est une ressource rare" et "tirer profit du côté désagréable et dur de la crise énergétique pour penser un peu au gâchis […] Il faut réfléchir à la façon dont nous utilisons les ressources naturelles et notamment l'eau (...). Le gâchis n'est pas compatible à long terme avec les ressources de la nature", a-t-il ajouté.

 

Le gouvernement, qui a imposé un rationnement de 20% d'énergie aux consommateurs (de juin à novembre), allègue que la crise énergétique est due à une sécheresse exceptionnelle, la "pire des 70 dernières années". Elle a fait baisser très fortement le niveau des eaux des lacs de barrage, alors que l'électricité produite au Brésil est d'origine hydroélectrique à 90%. Cependant, les industriels et la population reprochent au gouvernement d'avoir minimisé trop longtemps le problème du déficit énergétique structurel du Brésil. M. Cardoso a demandé au président de l'Agence des eaux, Jerson Kelmann, de faire "tous les efforts possibles pour que les bassins des fleuves soient préservés" et pour que la population rationalise l'usage de l'eau.

 

Le président Cardoso a rappelé que le fleuve Sao Francisco est l'unique source d'énergie de tout le nord-est, la région la plus pauvre du pays touchée par une sécheresse endémique, et qu'il fournit non seulement l'électricité, mais aussi l'eau pour l'irrigation et l'alimentation en eau potable. Dans le nord-est l'état de calamité publique a été décrété lundi dans des dizaines de communes où il ne pleut pas en quantité suffisante depuis deux ans. A Recife, la capitale du Pernambouc, "le rationnement d'eau existe déjà depuis dix ans", a indiqué à l'AFP une porte-parole du gouvernement local. Pour faire face à la crise énergétique le gouvernement a prévu la construction de 20 usines hydroélectriques afin d'augmenter la capacité du pays de 6.000 mégawats d'ici 2003 et de 41 centrales thermoélectriques pour augmenter l'offre de 14.000 mégawatts.

 

Les ressources en eau au Brésil sont des ressources publiques dont la gestion est déléguée aux décideurs. De ce fait, les ressources sont utilisées à des fins diverses et variées faisant peser des pressions importantes en termes de risque de surexploitation. Il faut partager les ressources en eau entre les besoins énergétiques, l'alimentation en eau potable, l'irrigation et les besoins industriels. De plus, le dynamisme des événements naturels (telle que la menace d'une sécheresse ou au contraire d'innondations) est incompatible avec la lenteur administrative des décisions publiques. Une fois de plus, les solutions avancées appellent des politiques de rationnement et peut-être bientôt de limitation des naissances.

Le problème est lié au caratère public des ressources soumises à des usages concurrents sans contrepartie. Seule une appropriation privée permettra d'adopter les stratégies nécessaires pour évacuer ou compenser les risques de pénurie d'eau ou d'extinction d'espèces vivantes. On est loin de cette perspective dans la mesure où la gestion de l'ensemble des ressources naturelles est déléguée à une instance supra-nationale, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement.

Mots clé : Environnement, Hardin, Malthus, Ressources communes.