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LA
PRIVATISATION DES RUES |
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1. Introduction Le 15 novembre
1995 à Nanterre : “Quatre jeunes
d’une vingtaine d’années du quartier Fontenelles à Nanterre ont
été placés sous mandat de dépôt cette semaine. Ils sont accusés,
ainsi qu’un cinquième, mineur, remis à ses parents, d’avoir frappé
trois policiers qui effectuaient une simple vérification d’identité
sur deux jeunes montés sur un scooter. Les faits remontent à jeudi
dernier. Il est 18h30 lorsque trois îlotiers qui font leur tournée
habituelle, avenue Georges Clémenceau interpellent deux jeunes à
scooter. Selon la police
les cyclomotoristes ont refusé de montrer leurs papiers et la discussion
a rapidement tourné aux injures et aux coups. Pour protéger
la fuite du conducteur du deux roues, le passager n’a pas hésité
à donner un coup de poing à l’un des trois gardiens de la paix.
Mais aussitôt les deux autres ont réagi et réussi à arrêter l’agresseur.
La réaction des autres jeunes ne s’est pas faite attendre. Un attroupement
d’une vingtaine de personnes s’est rapidement formé autour des trois
policiers et du jeune interpellé. Tous demandaient
la libération de leur camarade. Aux paroles, ont suivi les gestes.
Les trois policiers étaient alors copieusement tabassés. Un scooter
dans la bagarre a même roulé sur l’un d’eux. Prévenus par les
appels des policiers, les renforts ont pu mettre fin à l’échauffourée.” Fait divers dira-t-on
...oui mais particulièrement intéressant, car il soulève une question
fondamentale : qui contrôle les rues ? Les policiers ou les jeunes
à scooter ? En 1991, on dénombrait
9.617 morts et 205.968 blessés survenant sur les voies de circulation
publique ; la bagatelle de 2,5 millions de vols, 304.000 dégradations
de biens privés (véhicules et incendies de maisons ou appartements),
62.001 faits d’usage et trafic de stupéfiants ; 23.000 atteintes
aux mœurs dont 5.000 viols ; 70.000 atteintes aux biens publics
; 1.355 homicides. 46.356 interpellations pour entrée illégale sur
le territoire. Si de tels faits
survenaient dans une copropriété nul doute qu’on réagirait vivement.
Des commissions d’enquêtes seraient créées, des plaintes déposées.
Les gérants seraient jetés en prison et les citoyens exigeraient
la disparition de cette copropriété. Or, que l’on sache c’est l’Etat
qui a en charge la gestion du réseau routier, des rues ainsi que
des parties communes. C’est sur les routes gérées et entretenues
par l’Etat, que des milliers de gens trouvent chaque année la mort.
C’est dans les rues que l’on s’approvisionne en drogues en tous
genres, et que s’exerce la prostitution. C’est dans les parties
communes que l’on constate les viols, les dégradations de véhicules. C’est parce que
les routes et rues sont libres d’accès que des gens qu’y n’ont rien
à y faire circulent, observent, cherchent à faire des mauvais coups.
On ne peut reprocher à des entreprises privées ni au marché, de
porter une responsabilité quelconque dans ces maux de la société
contemporaine, puisque c’est l’Etat qui est responsable de leur
construction, de leur entretien et de leur surveillance. C’est lui
qui est responsable de l’ordre public. Il est paradoxal d’accepter
de l’Etat ce que l’on ne tolérerait pas d’une entreprise privée
ou du marché ! Pourquoi l’Etat
échappe-t-il à cette critique ? Pourquoi les gens croient-ils que
les accidents de la route, les encombrements, les vols, les homicides,
la drogue ou la prostitution sont la conséquence d’un ensemble de
causes autres que l’incapacité de l’Etat à préserver la sécurité
des personnes et des biens sur son domaine propre ? Les morts sur
les routes sont dus à la vitesse, à l’alcoolisme… les encombrements
viennent de l’indiscipline des particuliers… la drogue résulte de
la démission des parents… la prostitution est associée à la libéralisation
des mœurs… L’impossibilité de contrôler les identités vient de l’immigration,
etc., jamais la défaillance de l’Etat ou de ses gérants n’est invoquée.
Le fatalisme des citoyens vis à vis de ces problèmes est comparable
à celui qui se manifeste lors des tremblements de terre, d’inondations
ou d’éruption volcaniques. Personne ne s’avise qu’en réalité tous
ces maux relèvent d’une origine commune : l’absence de droits privés
de propriété sur le domaine public. 2. La rue : une
pâture commune La rue est à tout
le monde. Chacun peut l’utiliser pour se rendre où il désire, pour
y promener son chien, attirer le chaland, vendre ses produits ou
services, etc... L’accès libre et gratuit n’implique pas la liberté
de faire ce que l’on veut. Il existe des droits collectifs. Le droit
de stationner est réglementé. De même celui d’y exercer une activité
commerciale. La liberté d’attroupement est surveillée. Le racolage
et la vente à la sauvette sont interdits et réprimés. Mais entre
un droit privé et un droit collectif, il y a une différence essentielle. Le droit privé
de propriété est spécifié : 1. le domaine
est clairement approprié par quelqu’un (usus, usus fructus, abusus)
; 2. le propriétaire
peut aisément faire respecter ses droits si tel est son intérêt. En revanche, le
droit collectif n’est pas clairement spécifié : 1. l’appropriation
est commune, les décisions d’user ou d’usus fructus (céder la gestion
à un tiers contre un paiement : licence, concession, etc.) du domaine
sont prises de façon collective et le droit de le transférer est
interdit ; 2. les propriétaires
communs ne peuvent pas facilement faire respecter leurs droits parce
qu’ils ne sont pas exclusifs et que leurs intérêts divergent (ce
que l’un veut faire respecter, l’autre ne le désire pas). Cette différence
de nature modifie le comportement des individus à l’égard des ressources
dont ils ont la disposition. Comme on le constate à chaque fois
que l’individu n’est pas clairement responsable des coûts qu’il
impose aux autres, chacun est incité à négliger les méfaits qu’il
inflige à autrui en poursuivant la logique de son intérêt personnel. Au lieu de prendre
conscience de ces problèmes, les gens se laissent convaincre par
l’idée fausse qu’il serait impossible de s’approprier les rues et
le domaine public. Ils rejettent à priori comme utopique toute privatisation
des parties communes gérées par l’Etat et sur lesquelles nous vivons
alors que le marché nous fournit déjà un modèle à suivre à l’image
des parties communes d’un immeuble en copropriété. 3. Est-il vraiment
impossible de privatiser les rues ? Les rues comme
les routes sont déjà en partie privatisées. Les péages d’autoroutes
existent. Les rues privées aussi. A Paris il existe aujourd’hui
780 voies privées fermées couvrant une distance de 55 kms. Paris
a 1.500 Kms de rues. Certes cela ne fait que 3% du nombre total
de kilomètres mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au début du
siècle le nombre de voies privées fermées était nettement plus important.
Les “shoping centers” avec leurs parkings d’accès et leurs rues
privées ouvertes au public, constituent un embryon de privatisation
du domaine public. Leurs accès sont fermés la nuit, et leurs voies
de circulation surveillées par des milices privées. Le complexe
de Parly II au Cesnay, de Charras (à Courbevoie), ou celui de la
Défense, dans leur conception d’origine, tendaient vers ce but.
Les villages à l’américaine (style Bréguet ou Kaufman and Broad)
en sont d’autres exemples. Les gens pourraient vivre entièrement
à l’intérieur de tels lieux, avec voies privées et piétonnières,
maisons et appartements, services publics, centres commerciaux,
églises et terrains de golf. Vous pensez qu’il s’agit là d’un rêve,
d’une utopie. Vous ne voyagez pas assez. Irvine est une
ville privée de 110.000 habitants à une soixantaine de kilomètres
de Los Angeles. 90% de la population vit dans des microvillages
administrés par des associations qui fonctionnent comme des gouvernements.
La plus grosse avec 27.000 résidents est Woodbridge Village. “Ici
vous n’achetez pas une maison, mais un style de vie”, affirme le
directeur de cette ville. Tous les habitants s’engagent par contrat
à respecter les habitudes des voisins. En contrepartie et moyennant
un impôt local, ils profitent de l’équipement et des services particuliers
: lacs artificiels, court de tennis, piscines, jardins, service
complet de réparation des appareils ménagers, ramassage des ordures,
police privée, transport urbain gratuit, cable. Certains villages
sont fermés, d’autres d’accès libre. Ces villages fonctionnent comme
des municipalités ou une copropriété ; un groupe d’élus encadre
un noyau d’administratifs et de techniciens. Tous les trois ou quatre
ans un “board of directors” (un conseil d’administration) est renouvelé
par simple vote des administrés. Assez fréquemment on soumet à un
référendum des propositions d’aménagement ou éventuellement une
modification des statuts. Irvine a été créé en 1971. Au début ils
ont sous-traité les services de police auprès d’une municipalité
voisine Costa Mesa. Mais les habitants ont rapidement exprimé le
désir d’avoir leur propre police privée. Ils ont fixé des critères
de performances (fréquence des patrouilles, temps de réponse à un
appel), de recrutement et de salaires (les mieux payés des Etats-Unis
nous précise le journaliste de Libération). Irvine bénéficie d’un
concours exceptionnel de circonstance au sens où il n’y a qu’un
seul propriétaire foncier : James Irvine qui en 1894 acheta 37.000
hectares de terres espagnoles et mexicaines. 12.000 hectares sont
déjà utilisés en village et en industries de pointe qui sont venues
s’installer dans cette zone. Un ménage moyen gagne 48.000 $ par
an (20.000 Frs par mois environ). Cette expérience n’est pas unique,
depuis 10 ans le nombre de Communauty association a triplé[1]. Comme le fait
remarquer notre journaliste, dont on devinera qu’il ne partage pas
notre enthousiasme, si une telle expérience se généralise, l’Etat
ou une entité publique (la municipalité) devra renoncer peu à peu
à ses pouvoirs sur de tels territoires. Mais, c’est très exactement
aussi pour cela que l’on peut désirer la privatisation des rues
et du domaine public. La privatisation
d’une route et non sa nationalisation est la solution aux morts
par accident de la circulation routière. Les propriétaires de la
route sont responsables du mauvais entretien des routes, source
d’accidents, du fait qu’ils acceptent sur la route qui est leur
propriété des gens qui ont trop d’alcool dans le sang, si des véhicules
sont trop anciens où s’ils sont sources plus que d’autres d’accidents
et circulent sur leurs routes ils leur feront payer un tarif plus
élevé. D’ailleurs ces règles comme les limites de vitesse ou l’équipement
des voitures seront édictées non pas par le propriétaire mais par
son assureur. Avez-vous voyagé
sur l’autoroute Paris-Lille ? Une autoroute à trois voies qui certes
s’est améliorée au fil du temps, mais où aucune signalisation au
sol et sur les bordures n’existe pour indiquer au mieux le tracé
de la route dans les phares. Dans l’Oise, le revêtement au sol est
anti pluie, mais dans le Nord pas de Calais sur une partie, il n’en
est pas ainsi. Tout à coup vous passez à une autoroute à deux voies.
Pluie, vent, brouillard sont les compagnons des routiers. Croyez-vous
que l’autoroute est illuminée tout au long comme en Belgique, non.
La signalisation consiste surtout à vous recommander de gonfler
vos pneus, de respecter les limites de vitesse, de ne pas dormir
au volant au lieu de nous indiquer la vitesse du vent et les obstacles
à venir. On espérerait un mot gentil, nous souhaitant bon voyage
ou nous faisant une publicité sur les avantages de telle station
d’autoroute ou de telle aire de repos ! Non. Avant d’approfondir
cette question de l’impossibilité de la privatisation des rues,
un peu d’histoire n’est pas inutile. En effet, avant d’en arriver
aux rues publiques et routes “nationales”, c’est à dire à la nationalisation
des rues et routes, il existait un grand nombre de rues privées
fermées ou ouvertes au public. Or le législateur a altéré profondément
l’exercice des droits de propriétés sur les rues privées au nom
de l’hygiène et de la sécurité. Comment cela s’est-il passé ? 4. Nationalisation
des routes et des rues et la question de l’hygiène Autour des noyaux
anciens des villes se sont constitués de nouveaux lotissements avec
apparition de voies privées. Certaines de ces voies privées ont
été jugées au début du siècle comme insalubres. Le maire comme le
préfet ont disposé, au nom de la salubrité, de pouvoirs généraux
à l’égard des voies privées en matière d’hygiène. La loi du 15 février
1902 modifiée par un décret loi du 24 mai 1935 impose un règlement
sanitaire “aux maisons et à leurs dépendances, aux voies privées
closes, ou non”. Le maire ou le préfet peuvent ordonner des travaux
pour assurer la salubrité, fixer la hauteur des maisons et la largeur
des voies privées pour assurer soi disant un volume d’air suffisant
! Si ces travaux d’assainissement ne sont pas faits par les propriétaires,
il y a assainissement d’office et les frais sont répartis de force
entre les propriétaires riverains qui sont dans l’obligation de
payer ! Si la rue privée est ouverte au public, alors les villes
peuvent recevoir des subventions pour financer l’assainissement
! L’ouverture au public de la rue privée précédemment close, la
fait tomber dans le domaine public. L’Etat peut intervenir
à nouveau pour des raisons de sécurité routière et de circulation
et exiger que la rue privée tombe sous la coupe de l’Etat. L’Etat,
d’une part, a réduit la rentabilité des immeubles et maisons en
imposant un contrôle des loyers et oblige les propriétaires à faire
des dépenses supplémentaires pour améliorer la qualité de leurs
maisons ou immeubles et de leur l’environnement. La rentabilité
a donc baissé drastiquement. L’entretien d’une rue privée fermée
est devenu prohibitif. La rendre à la pâture commune est la meilleure
solution pour le propriétaire puisqu’alors ce sont tous les autres
contribuables, qu’ils soient propriétaires ou locataires, qui paient
la note. Cette incitation
à abandonner la propriété privée sur les rues est sans doute la
raison primordiale de la disparition des rues privées fermées ou
ouvertes avec les conséquences que cela entraîne : davantage de
morts sur les routes consécutifs aux accidents, davantage d’encombrements,
davantage de pollution et davantage de crimes. Cette hausse continue
de la criminalité, de l’encombrement et de la pollution qui résulte
de cet abandon des rues privées ou du défaut de droit de propriété
sur les rues et routes produites depuis un siècle par l’Etat remet
en cause cette évolution. 5. Les objections
à la privatisation des rues Les objections
utilisées pour justifier l’impossibilité de privatiser les rues
reposent sur les six arguments suivants : 1. l’inconvénient
de péages trop fréquents ; 2. un propriétaire
peut geler la construction d’une voie indispensable en exigeant,
pour son terrain, un prix exorbitant ; 3. les rues
et les routes sont, par nature, des “biens publics” ; 4. la présence
de coûts décroissants conduit au monopole, et donc de toute façon
à une intervention nécessaire de l’Etat ; 5. ce sera
le chaos, l’anarchie : ici on conduira à droite, là à gauche, les
limitations de vitesse varieront d’une voie à l’autre, d’une région
à l’autre... ; 6. la ségrégation
de l’habitat sera renforcée : il y aura des quartiers riches et
sûrs, des quartiers pauvres et mal famés... la drogue et la prostitution
se concentreront dans des centres privés échappant à toute loi. Répondons à ces
six points. 5.1. Péages et
obstruction de la circulation Il est amusant
d’entendre cet argument alors que les automobilistes en ville sont
arrêtés toutes les cinq minutes par des feux ou par des encombrements
! On comprend que ce qui gêne les gens c’est de payer toutes les
cinq minutes comme sur l’autoroute de l’Est. Si la privatisation
imposait que l’on arrête les véhicules et les passants à tout instant
pour prélever un péage, le principe serait absurde. C’est comme
si le propriétaire d’un terrain de golf exigeait des joueurs qu’ils
paient une contribution à chaque fois qu’ils se présentent devant
un trou. L’idée serait ridicule. Le marché fonctionnera
au contraire de manière à réduire ces “coûts de circulation”. De
même que les constructeurs d’ordinateurs mettent au point des normes
communes pour faciliter l’interconnection des utilisateurs, la concurrence
contraindra les propriétaires de routes privées a rechercher les
moyens de ne pas obstruer la circulation par des péages trop fréquents.
Les véhicules, par exemple, pourront être équipés de systèmes électroniques
d’identification permettant de débiter automatiquement le compte
bancaire de l’automobiliste. Des propriétaires s’entendront pour
réaliser en commun des économies d’échelles. Au lieu de s’effectuer
à l’entrée, le paiement pourrait s’acquitter dans le magasin ou
chez la personne que l’on visite. Les droits seraient reversés à
un fonds géré par les propriétaires, et destiné à financer l’entretien
et la surveillance. C’est ainsi que les phares de bateaux ont été
construits et gérés de manière privée pendant longtemps. De toute
façon, il est impossible de connaître à l’avance toutes les solutions
techniques possibles. Qui pouvait prévoir à l’avance la configuration
exacte qu’allait prendre l’industrie des transports aériens avant
leur déréglementation ? Telle est précisément la raison d’être du
marché et du système de la libre concurrence que de faire émerger,
par la compétition entre les intérêts privés, les solutions techniques
susceptibles de résoudre les problèmes particuliers qui se posent
du fait de la vie en commun. 5.2. Chantage
et domaine éminent La construction
d’une voie de circulation peut être bloquée par des exigences d’un
propriétaire qui refuse de vendre son terrain, à quel prix que ce
soit. Ce n’est pas une raison pour justifier que l’Etat s’arroge
le droit légal de spolier les propriétaires privés en leur imposant
la contrainte de l’expropriation. Il y a en effet une autre solution
possible, compatible avec une éthique libérale de respect de toutes
les propriétés. Il suffit de procéder par arrangements contractuels
à option. Dans le cas de la construction d’une autoroute, l’entrepreneur
privé établit plusieurs tracés concurrents. Il négocie l’achat des
terrains en expliquant à leurs propriétaires que la transaction
ne s’accomplira que s’il réussit à acheter tous les terrains nécessaires
à la réalisation du tracé dont ils font partie, et si celui-ci se
révèle vraiment, une fois toutes les négociations particulières
conclues, le moins cher. Chaque promesse de vente à option donne
lieu à un versement provisionnel sur un compte bloqué, rapportant
des intérêts. Les sommes ne sont débloquées et les titres de propriété
échangés qu’une fois qu’on est en mesure de déterminer quel est
celui des tracés choisis qui se révèle le moins coûteux à réaliser. 5.3. La rue “bien
public” Un “bien public”
est un bien dont tout le monde jouit en commun dans le sens où la
consommation de chacun n’en réduit pas la quantité consommable par
quelqu’un d’autre. Il se distingue par le fait que sa consommation
s’assortit d’effets externes (il figure spontanément dans les fonctions
de préférences de plusieurs personnes). Enfin, le coût supplémentaire
que représente un usage additionnel est nul. C’est la définition
que donne le professeur Samuelson, et qui est reprise par l’ensemble
des économistes. Les exemples traditionnels
de “biens publics” purs sont les phares, la défense nationale, les
routes et les rues. Dès qu’une rue existe, elle peut être empruntée
par tout le monde. Un piéton ou le passage d’une voiture supplémentaire
n’entraînent aucun coût additionnel. Conséquence : personne n’a
intérêt à en financer la construction puisque, faute de pouvoir
a priori exclure une personne supplémentaire de l’accès à la jouissance
de ce bien, il est dans l’intérêt personnel de chacun d’attendre
que quelqu’un d’autre prenne en charge sa construction pour en profiter
sans payer. Cet argument recèle
plusieurs confusions. Son point principal repose sur l’impossibilité
d’exclure les “free riders”. Mais nous avons vu qu’on peut y trouver
des solutions, et que le libre fonctionnement du marché doit normalement
nous y aider. Cet argument n’étant pas suffisant, on se retranche
alors derrière la présence d’effets externes négatifs. Mais, là
encore, il est possible d’argumenter que ceux-ci résultent plus
d’une faillite de l’Etat que d’une défaillance du marché. C’est
en réalité l’absence de droits privés de propriété qui en est responsable.
il est alors malhonnête de conclure qu’il revient à l’Etat de gérer
les rues ou les routes parce qu’elles sont le siège d’externalités,
alors même que, par la législation, on interdit simultanément l’apparition
de droits privés de propriété qui résoudraient la question. Dernier
retranchement : l’existence d’un coût additionnel nul serait une
justification suffisante car, nous dit Samuelson, dans un tel cas,
il serait plus efficient de ne rien faire payer du tout. Cet argument
repose sur une erreur d’interprétation en ce qui concerne la nature
du coût marginal à prendre en compte pour ce type de bien. La route
et les rues sont des équipements ou des facteurs de production comme
les réfrigérateurs ou les automobiles. Leur valeur se déduit des
services rendus ; c’est-à-dire, en l’occurrence, du nombre de kilomètres
supplémentaires parcourus sans encombre dans un temps donné, par
rapport à ce qui se serait passé si l’autoroute n’avait pas été
construite. Le coût marginal qui est à prendre en compte n’est pas
le coût qu’imposerait le passage d’un véhicule supplémentaire (négligeable),
mais la dépense supplémentaire nécessaire pour permettre aux automobilistes
de bénéficier de ce service ; autrement dit, le coût de construction
lui-même ! Il est loin d’être nul. 5.4. Economies
d’échelle et monopole naturel La présence d’économies
d’échelle et la nécessité de coordonner la construction et l’usage
des réseaux routiers, exigeraient la présence d’un opérateur unique.
Si on laissait faire la concurrence entre des firmes privées, nous
dit-on, cela conduirait à des doubles emplois, avec la mise en service
de plusieurs voies routières concurrentes pour desservir un même
trajet. Immanquablement, certaines de ces voies seraient sous-utilisées,
d’où un gaspillage de ressources. On aurait aussi un problème d’écrémage
: les liaisons non-rentables ne seraient pas assumées, et certaines
régions deviendraient difficilement accessibles. Ces arguments
sont habituellement utilisés pour soustraire le transport aérien,
les chemins de fer ou les télécommunications, aux lois du marché.
Ils ne sont pas nouveaux et renvoient à l’argument classique selon
lequel toute situation de monopole naturel justifierait que l’on
fasse appel à l’Etat pour limiter les gaspillages économiques qui
résultent de la présence d’une firme privée en position de monopole. Mais on peut montrer
que s’il y a liberté d’entrée sur le marché (c’est-à-dire en fait,
absence de réglementation restrictive), les prix pratiqués par le
monopole seront en réalité tels que les profits de monopole seront
nuls. On oublie générale-ment que la liberté d’entrée suffit à discipliner
les monopoles. Par ailleurs,
que certaines liaisons ne trouvent plus de constructeurs ne suffit
pas à justifier l’appropriation par l’Etat de l’ensemble du réseau.
Si ces liaisons ne sont pas rentables, c’est que les intéressés
ne sont pas prêts à en payer le prix. Pourquoi faudrait-il que d’autres
citoyens paient pour eux ? Et qui vous dit que les gens désirent
ce service ? Peut-être désirent-ils tous simplement la tranquillité.
La difficulté d’accès est un gage de tranquillité. Si ces gens vivent
dans des régions ou des quartiers très pauvres et n’ont pas la capacité
de payer, ce n’est pas un problème de monopole naturel, mais de
justice sociale et de charité privée. 5.5. La normalisation
des règles de conduite On peut craindre
que des routes privées ne conduisent à une trop grande hétérogénéité
des signaux ou des consignes de sécurité. Mais, précisément, c’est
là que réside l’un des avantages du marché sur les procédures de
production publiques. Certains réseaux, certaines routes seront
gérées de telle sorte qu’elles se révéleront plus sûres. L’image
de marque de leurs constructeurs sera supérieure à celle des autres.
Leurs méthodes de gestion et d’organisation, la façon dont ils se
préoccupent de régler les problèmes de sécurité, leurs systèmes
de signalisation auront tendance à se répandre par imitation. C’est
ainsi que dans un système routier totalement privatisé, il faut
s’attendre à ce que les signaux ainsi que les pratiques de conduite
se normalisent, exactement comme cela s’est passé dans le domaine
de la production de téléviseurs ou d’ordinateurs. Récemment, les
sociétés américaines de télévision par satellites viennent de s’entendre
pour utiliser des normes communes de décodage ; cela s’est fait
sans que les pouvoirs publics aient jamais eu à intervenir. Lorsqu’on est
sur un domaine privé, le propriétaire peut exiger que l’on porte
des chaussures spéciales (exemple des terrains de tennis, des salles
de sport...). De même, l’intérêt commercial du gérant d’une autoroute
ou d’un réseau routier privé est de faire respecter un règlement
de bonne conduite aussi efficace que possible. Ces règles peuvent
différer d’un réseau à l’autre. Au départ, on aura une très grande
variété de systèmes réglementaires. Mais, progressivement, le système
le plus efficace aura tendance à se répandre d’un réseau à l’autre,
par imitation. 5.6. La prostitution,
la drogue, les bandes armées, les manifestations, etc. La privatisation
des rues permet de renouveler complètement l’approche de problèmes
de société tels que la drogue, les inconvénients des encombrements,
la prostitution, la lutte contre le proxénétisme... l’immigration
et le contrôle des rues par des bandes armées ou les manifestations. Actuellement,
la rue est à tout le monde. Lorsqu’une prostituée arpente le trottoir
devant une librairie spécialisée dans une clientèle de professeurs
d’économie, son propriétaire subit un préjudice du fait que ses
clients risquent d’avoir du mal à convaincre leurs femmes ou leurs
étudiants qu’ils ne se rendent dans cette boutique que pour y acheter
des livres. Ce préjudice est la conséquence de l’absence de droits
de propriété sur le trottoir (ou la rue). Si de tels droits existaient,
le propriétaire de la librairie pourrait exiger des souteneurs qui
placent leurs prostituées devant sa boutique qu’ils lui versent
un loyer pour obtenir le droit d’user de cette partie de son patrimoine.
Le prix demandé compenserait les pertes de revenus subies du fait
du déplacement de clientèle provoqué par la présence des péripatéticiennes.
Si le proxénète refuse, le libraire est en droit de recourir à la
force publique pour obtenir l’expulsion des prostituées exerçant
illégalement leur métier sur sa portion de trottoir. Pour pratiquer
leur activité, les prostituées (ou leurs souteneurs) devront acheter
ou louer les droits d’usage afférant aux portions de trottoir ou
de rues qu’elles envisagent d’occuper. Elles auront tendance à se
regrouper, pour bénéficier d’économies d’échelle, dans des rues
ou des “centres commerciaux” particuliers. Un effet de ségrégation
naturelle apparaîtra. Tel quartier, ou tel centre commercial, seront
connus comme des lieux de plaisir. Mais le racolage ne posera plus
de problème puisqu’il aura disparu de la plupart des rues pour se
concentrer dans des lieux privés. Il en va de même
avec la drogue. La prostitution comme la drogue sont des services
offerts aux individus, mais également demandés par eux. Lorsqu’on
a affaire à des adultes, il est difficile de parler de “victimes”. Il s’agit d’activités
“sans victimes”. Elles devraient donc être décriminalisées. En revanche,
il y a un réel problème lorsque des mineurs sont concernés. La vente de la
drogue à la sortie des écoles (ou à l’intérieur des écoles) soulève
un problème de contrôle de la part des parents. Ils n’ont aucune
autorité directe pour interdire les trottoirs de l’école à des gens
qui n’ont rien à y faire. En raison notamment de l’existence de
ce que l’on appelle “la carte scolaire”, les parents n’ont aucune
possibilité de sanctionner, d’une manière ou d’une autre, le directeur
d’école qui ne surveille pas suffisamment les abords de son établissement.
L’absence de droits privés de propriété sur les abords des établissements
scolaires prive les parents de tout moyen pour s’adresser aux tribunaux
et réclamer des dommages et intérêts aux dépens des responsables
qui tolèrent le commerce de la drogue devant leurs portes. Ils ne
peuvent pas non plus attaquer la municipalité en lui reprochant
de ne pas assumer son devoir d’ordre public, comme il devient par
exemple de plus en plus courant d’attaquer un médecin ou un architecte
pour avoir commis une faute dans l’exercice de sa profession. Leur
seul pouvoir est d’adresser des pétitions, action collective dont
on connaît le peu d’efficacité. Avec la privatisation,
les données du problème seraient très différentes. Les quartiers
privés qui acceptent la drogue et la prostitution attireront les
criminels. Mais leur impunité ne sera pas assurée pour autant. Ces
quartiers resteront soumis aux mêmes lois que les autres. Si crime
il y a, la police interviendra. Mais elle n’aura plus à intervenir
pour maintenir l’“ordre public” puisqu’il n’y aura plus de voies
“publiques”. Dans certains quartiers, on prélèvera un droit de passage.
Dans d’autres, l’accès sera sévèrement réglementé. Le stationnement
abusif comme les encombrements disparaîtront du fait de la priorité
donnée aux voies de surface à vocation piétonnière. La circulation
et l’accès aux différents quartiers se fera essentiellement par
des voies et des parkings souterrains. Ces solutions s’imposeront
d’elles mêmes là où le terrain coûte le plus cher, c’est-à-dire
dans les centres villes où l’intérêt des riverains est de faire
payer très cher tous ceux qui aggravent les nuisances dues au stationnement
et à la circulation. Impossibilité
aussi pour les bandes armées ou les manifestations de contrôler
la rue ou d’en user à leur propre profit pour intimider les gens
ou le gouvernement. L’accès y est interdit pour les gens fichés.
Les rues privées à usage personnel seront contrôlées comme le sont
déjà les immeubles. Les rues à usage public ou libre d’accès seront
contrôlées par les polices privées ou des sociétés de gardiennage.
L’entrée de bandes armées y sera interdite. Ceux qui veulent utiliser
la rue pour intimider les autres seront dans l’obligation d’en négocier
l’usage ou de louer à une multitude de copropriétés le droit de
passage. Le coût d’organiser une manifestation devient prohibitif.
Il est plus simple de louer un stade. On perd trop souvent
de vue que la ville contemporaine n’a acquis son visage actuel que
parce que les terrains n’étaient pas totalement privés, et que l’Etat
s’est doté du pouvoir d’expropriation (pour servir les intérêts
de certains groupes de pression : industriels, commerçants, ...). 6. Copropriété
des parties communes : l’arrangement institutionnel seul réel substitut
à l’Etat tel qu’on le connaît Réfléchissez.
Avec une privatisation des rues et des routes les citoyens français
deviennent propriétaires ou copropriétaires des parties communes.
L’assemblée générale (ou le parlement) de la copropriété serait
composé uniquement de propriétaires (nés à l’étranger ou sur le
sol français). Seuls en effet les copropriétaires votent. Le suffrage
est censitaire. Les décisions qui vont affecter la valeur de leurs
propriétés sont prises par eux. La valeur de la propriété incorpore
tous les méfaits ou bienfaits d’une bonne gestion des parties communes,
c’est à dire de l’environnement des propriétés. Les votes se capitalisent
dans la valeur de la propriété exactement comme une action dans
une société. Les locataires (non propriétaire — nés à l’étranger
ou sur le sol français) n’ont aucune raison de participer aux décisions
collectives ayant trait à la gestion des parties communes. En revanche,
ils sont astreints à respecter le règlement de copropriété. Enfin,
les droits de vote dans l’assemblée générale sont émis en fonction
des parts de propriété et sont échangeables. Il est important qu’ils
soient échangeables pour que les décisions soient mises dans les
mains de ceux qui pensent en faire le meilleur usage. Les équipes
de gestionnaires (hommes et partis politiques) sont recrutées pour
leur professionnalisme et peuvent être de n’importe quelle nationalité.
Ils ne sont pas recrutés pour représenter les préférences d’un groupe
de propriétaire mais pour gérer les parties communes. L’entrée de
la copropriété est contrôlée et son accès peut être interdit à des
personnes non désirées par les copropriétaires qu’ils soient noirs,
blancs, jaunes, verts ou bleus. On peut vouloir interdire à certains
propriétaires d’exercer certaines activités (la prostitution) ou
de gêner les voisins. Si le règlement est trop drastique, les propriétaires
ou locataires peuvent changer de copropriétés. La valeur de la propriété
prendra ce qu’il y a de bon et mauvais dans ces règlements. Si l’on appliquait
cet arrangement contractuel à l’Etat, il cesserait d’être un problème.
On devine immédiatement que la taille de ces copropriétés serait
bien inférieure aux Etats existants. La compétition entre ces copropriétés
disciplinerait les propriétaires et les gérants soit par “l’exit”
soit par la “voice”. En effet les copropriétaires peuvent pour améliorer
la valeur de leur propriété changer le règlement intérieur, faire
des actions améliorant l’ambiance en imposant un respect des lieux
comme des habitants. Vous devinez tout de suite le défaut de l’arrangement contractuel qui nous lie entre nous à travers notre démocratie politique et nos diverses constitutions. Imaginez un instant comment pourrait fonctionner la copropriété de l’immeuble dans lequel vous habitez si on lui appliquait les règles de la démocratie politique ! Les locataires auraient le droit d’être représentés à l’assemblée générale et disposeraient d’un vote identique à celui d’un propriétaire. Ils pourraient changer les règlements de copropriété en leur faveur. Faire en sorte de ne pas payer les charges, mais les faire supporter par les plus riches, locataires ou propriétaires. A cela s’ajouterait l’impossibilité de vendre son droit de vote. Les habitants de cette copropriété ne seraient plus intéressés à contrôler l’accès, ou à dépenser de l’argent pour entretenir les parties communes et la valeur des propriétés diminuerait drastiquement reflétant un si mauvais contrat. |