L'ONU ET L’EFFET DE SERRE : CHAUD DEVANT !


Un nouveau rapport publié à Genève annonce une série de catastrophes liées au réchauffement de la terre. Le malthusianisme n’est pas mort, du moins dans les instances internationales, pour lesquelles l’essentiel est de dénoncer les méfaits des pays riches.


Faute de mesures volontaristes pour enrayer le réchauffement de la Terre, la planète s'expose dans les décennies à venir à des inondations, famines, épidémies et autres catastrophes "naturelles". Cette sombre mise en garde émane d'un rapport destiné aux décideurs et publié à Genève. Il est l’œuvre du Comité inter- gouvernemental des Nations unies sur les changements climatiques (IPCC), qui rassemble depuis 1990 plusieurs centaines de scientifiques qui s'intéressent à ce phénomène. Ces experts prédisent une fonte des glaciers et de la calotte polaire, la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, la désertification de terres arables, la destruction de barrières de corail et l'engloutissement sous les eaux d'îles du Pacifique et des Caraïbes situées juste au-dessus du niveau de la mer. Grâce aux « avancées » scientifiques de l’ONU tout n’est qu’un continuel recommencement et ils nous démontrent que nous sommes loin d’atteindre la maturité intellectuelle de l’âge adulte préférant revivre l’inconscience de l’enfance. Nous ne sommes pas en 2001 mais nous sommes retombés en 1958, à la grande époque du Club de Rome. A force de confier aux seuls décideurs publics la conscience de l’environnement, on occulte la dimension humaine et il est possible de déterminer quelles sont les origines de ces prédictions (1) et surtout d’en démontrer les dangers (2).

1) Le scénario-catastrophe au niveau écologique, contenu dans le rapport d'un millier de pages, ne restera pas sans effet sur les économies du XXIe siècle, avertit l'ONU qui semble ainsi remettre au goût du jour le slogan malthusien des années 1970 : Halte à la croissance ! Le rapport Meadows et le Club de Rome (1972) ont en effet cherché à expliquer que les ressources planétaires étaient menacées par la croissance industrielle et que seuls l’arrêt de cette même croissance et la stabilité démographique pouvaient permettre d’envisager la sauvegarde de l’humanité.

La thèse du rapport Meadows n’a pas suscité beaucoup d’adhésions, bien que certains se soient illustrés par leur volonté d’aller plus loin que ce qui était proposé par ce rapport en s’interrogeant sur l’opportunité d’une décroissance économique. Nicholas Georgescu-Roegen (1979) a ainsi proposé dans son livre intitulé The Entropy Law and Economic Process d’avoir une interprétation thermodynamique de l’économie. Très schématiquement, il considère que l’économie est, comme tous les systèmes, soumise à la « loi de l’entropie » qui se caractérise par une dissipation progressive et inéluctable de l’énergie. Par conséquent, l’économie est un système qui consomme plus qu’il ne crée et qui transforme de la matière en déchets. Pour assurer la survie de nos communautés, il est alors nécessaire d’envisager une décroissance de l’économie.

La communauté scientifique n’a pas tardé à démonter la totalité des arguments développés dans ce rapport et autres propositions extrémistes qui, finalement ont connu plus d’écho médiatique par les critiques qu’elles ont suscitées que par leur contenu. A cet égard, dès 1973, Alfred Sauvy attaque l’aspect démographique du rapport Meadows dans un livre publié chez Calmann-Lévy et s’intitulant Halte à la croissance ? Il explique ainsi qu’une croissance démographique zéro est non seulement illusoire mais dangereuse et que cette perspective était déjà celle préconisée par Malthus deux siècles plus tôt. Dix ans plus tard, une équipe d’économistes (cf. C. Freeman et alii., L’anti Malthus, Seuil, 1983) ont démonté point par point le modèle proposé par Meadows, démontrant ses limites scientifiques et idéologiques.

Enfin l’ouvrage magistral de Julian Simon, physicien et économiste du MIT, « L’homme notre dernière ressource » (Paris, P.U.F., collection Libre Echange, 1988)insiste sur l’insanité du concept de « ressources naturelles », donc de la thèse de l’épuisement de ces ressources, puisque la seule ressource véritable est celle de l’esprit humain.

Dans tous les cas, les conclusions sont rejetées du fait de la non intégration du progrès technologique, véritable moteur d’évolution des sociétés. Il semble qu’une fois de plus le progrès technique ne soit pas la préoccupation des prévisionnistes. Alors l’ONU revendique, chaud devant, une politique malthusienne de stabilisation de la croissance niant les individus qui en sont à l’origine. Cette position va plus loin que de heurter la susceptibilité. Elle est au moins risquée, si ce n’est dangereuse.

2) La position adoptée par l’ONU vis-à-vis de l’effet de serre et les perspectives apocalyptiques permettent de marteler le fait que tout le monde est responsable, même les touristes. Non le tourisme n’est plus une récompense, ou une source de revenus issue de la satisfaction d’un besoin exprimé par les individus qui partent en vacances, mais c’est un fléau. "La réflexion sur les relations entre le tourisme et le développement durable en est encore à la préhistoire", assène Bruno Faréniaux, le directeur du Tourisme au secrétariat d'Etat au Tourisme. L'Institut français de l'environnement, constatant la pénurie de données sur le sujet, vient de publier un diagnostic environnemental du tourisme français. Il ressort de cette étude que 5 à 7% des émissions de gaz à effet de serre de la France sont dues aux transports touristiques. De plus, les zones montagneuses se caractérisent aujourd’hui par une "artificialisation" d'espaces fragiles. Ainsi, le domaine skiable, qui représente 5,1% de la zone de montagne des Alpes du Nord, est enneigé de plus en plus artificiellement. Dans la mesure où ce tourisme est gourmand en équipements lourds, en énergie et en eau, il est nécessaire d’engager une réflexion sur son utilité.

Le rapport de l’ONU est plus dangereux lorsqu’il rend une fois encore les pays du Nord responsables du réchauffement climatique. Plus précisément les pays du Nord se développeraient encore et toujours au détriment de ceux du Sud. Mais on va plus loin que de reformer des blocs que la mondialisation, avec ses perspectives de croissance et de développement mutuel, avait réussi à fragmenter. On ne se contente pas de dire que les pays du Sud sont « la poubelle » de ceux du Nord, on démontre « scientifiquement » que les effets désastreux du réchauffement climatique ne vont concerner presque exclusivement que les pays du Sud qui subissent, par conséquent, doublement les affres de la croissance des pays industrialisés. Le rapport affirme que l'Afrique sera encore plus menacée par le manque d'eau et la désertification, notamment dans le sud, le nord et l'ouest du continent. Les régions côtières du Nigeria, du Sénégal, de Gambie et d'Egypte, notamment, seront frappées par la montée des eaux de la mer et l'érosion côtière. Nous assistons ici, par l’intermédiaire des préoccupations environnementales, à une tentative d’exacerbation des conflits par une reconstitution des blocs. Cette position est d’autant plus surprenante qu’elle émane d’une instance qui par ailleurs envoie des troupes militaires pour faire respecter le droit international. Simple spéculation : on peut imaginer qu’elle tente de se trouver une légitimité et que finalement elle est dans la position du pompier qui attise le feu. Mais ce n’est qu’une hypothèse sûrement trop fantaisiste ! En tout cas, l’ONU aime bien crier « au loup », surtout quand le loup, ce sont les méchants pays capitalistes développés qui ruinent le tiers-monde.

Mots-Clés : Croissance (zéro), Décroissance, Ecologie, Environnement, Malthusianisme.