FABIUS REJETTE L’ECOTAXE


Bercy n’a réellement jamais adhéré à l’écotaxe fondée sur le principe du pollueur payeur, si chère au ministère de l’environnement. Laurent Fabius semble prêt à lui donner le coup de grâce, mettant dans le même temps Lionel Jospin dans une situation embarrassante. Sa majorité ne parle plus d’une même voix. Le gouvernement socialiste encouragerait donc le processus de marché ! Stratégie démagogique à l’aube des présidentielles ou bon sens économique ?


Le gouvernement a décidément du fil à retordre avec l’écotaxe énergie. Après l’avis jugeant inconstitutionnel les mesures prévues dans le cadre d’application de la TGAP en novembre dernier, c’est au tour de Bercy de rejeter ce type de fiscalité. On savait le Ministère des Finances hostile à la fiscalité écologique défendue par les verts, « on en a désormais une trace écrite » annonçait Le Monde cette semaine. Le Ministre de l’Economie et des Finances ainsi que deux de ses secrétaires d’Etat, Florence Parly (budget) et Christian Pierret (industrie) ont adressé à Lionel Jospin, fin mars, une lettre dans laquelle ils précisent leur choix « en faveur de la maîtrise de l’énergie et de la lutte contre l’effet de serre ». Toutefois, dans ce courrier, révélé lundi 30 avril par la Tribune, ils « invitent » le premier ministre à « renoncer à un nouvel instrument fiscal » et à privilégier « un dispositif d’engagement » des entreprises à moins polluer. Les mots sont néanmoins choisis afin d'amortir le tollé que les verts s’apprêtent à soulever au moment où, dopés par leurs succès aux municipales, ils réclament leur « dû » en matière de fiscalité écologique. La formule « Droit à polluer » est ainsi soigneusement écartée de la polémique. Le dispositif préconisé par Fabius reposerait donc sur un engagement des entreprises à réduire leur consommation d’énergie. Le non respect de ces engagements se traduirait par des amendes, à moins d’échanger ces crédits d’émission avec d’autres entreprises. Ces entreprises bénéficieraient d’un système d’échange de crédits d’émission permettant de fait aux plus polluantes de racheter ces droits à des sociétés plus propres. Il s’agit bien là du mécanisme de droits à polluer ou permis négociables que Fabius préfère qualifier « d’engagement ».

Une formule qui s’inspire directement du controversé protocole de Kyoto qui avait déjà, en son temps, fortement déplu aux écologistes qui voyaient clairement dans cette application la perte de leurs prérogatives d’intervention. Ces mécanismes de marché, aujourd’hui utilisables dans la gestion de nombreuses ressources naturelles, se trouvent donc au premier plan des nouvelles mesures préconisées. La question qui se pose tient à la logique d’émergence du processus de marché dans la résolution des émissions nocives à caractère industriel.

Effectivement, un an avant les élections présidentielles, il paraît légitime de s’intéresser aux motifs qui fondent cette décision. Le lobby industriel y est sans doute pour beaucoup ; le Ministre des Finances l’évoque à mots couverts en justifiant cette prise de position par le fait que l’écotaxe vient peser sur la fiscalité des entreprises alors qu’il se targue de vouloir l’alléger !

La vie (et la mort) de l’écotaxe est finalement une succession de déconvenues pour les verts et leur ministre ! Après la censure de la TGAP par le Conseil constitutionnel pour cause d’inégalité des entreprises devant l’impôt, c’est donc au tour de l’écotaxe d’être remise en cause.

Outre les motifs de cette toute récente proposition inspirée de considérations électorales, il n’en demeure pas moins que les permis négociables ont largement prouvé leur efficacité dans la réduction des émissions toxiques à caractère industriel. Faut-il rappeler à titre d’exemple que le taux de dioxyde de souffre à été réduit en 10 ans de plus de 20% dans le cadre du « Clean Air Act » mis en place aux Etats-Unis en 1980 après que toutes les tentatives réglementaires de « Command and Control » aient échoué ?

La raison de ce succès est simple et tient principalement aux incitations dégagées par un tel marché de droits à polluer. La rareté relative introduite par la mise en place de ces droits entraîne pour les industriels une alternative : soit ils investissent dans la recherche pour développer des énergies moins polluantes, soit ils se portent acquéreurs de droits supplémentaires, puisque ceux-ci sont transférables. Cette dernière solution ne sera, à terme, pas rentable car le phénomène de rareté s’amplifiera et entraînera de fait une hausse de la valeur des droits à polluer.

En fait, le processus de marché ne peut conduire qu’à l’innovation technologique et à l’apparition de nouvelles énergies moins polluantes.

Toutefois, si le gouvernement interfère par le biais de l’écotaxe ou en accordant des privilèges fiscaux, cette dynamique marchande se brisera. C’est là que l’on pourra vraiment voir si l’opposition de L .Fabius à l’écotaxe est purement de circonstances ou si elle marque une réelle conversion aux mécanismes du marché. On peut avoir des doutes sur cette dernière hypothèse, compte tenu de la politique générale menée par le Ministère de l’Economie. Mais, pour l’instant, ce qui compte, c’est que l’écotaxe soit enterrée...

Mots Clés : Ecologie, Droits de propriété, Permis négociables, Ecotaxes, Lobbying.

Dossier Clé : Environnement