LES ANTI MONDIALISTES CONTRE LA "MARCHANDISATION DE L'EDUCATION"


Le forum mondial de l'éducation organisé par les collectivités publiques brésiliennes et les anti-mondialistes s'est déroulé à Porto Alegre, au Brésil : l'éducation publique doit être un droit inaliénable…


Organisé à l'initiative de collectivités publiques brésiliennes, le Forum  mondial de l'éducation qui s'est déroulé à Porto Alegre au Brésil s'est clos par une déclaration pour "une éducation publique pour tous comme droit inaliénable garanti et financé par l'Etat, inconciliable avec les lois du marché." Le nom de la ville sonne bien en matière d'éducation nationalisée, et les représentants français de la bêtise collectiviste s'étaient déplacés : du côté des syndicats de l'éducation nationale (FSU ou SNES), des syndicats étudiants (UNEF) ou du côté des organisations militantes comme ATTAC, aucun ne voulait rater une belle occasion de cracher sur le marché, que cela soit en matière d'éducation ou pour le reste. Les organisations en question ont d'ailleurs précisé à quel point le "problème" leur tient à cœur : à l'UNEF, Yassir Fitchali, son président, a expliqué que le syndicat allait lancer des comités étudiants baptisés "L'éducation n'est pas une marchandise" en collaboration avec Attac qui, de son côté, a créé un groupe de travail sur l'éducation "front majeur de la résistance à la mondialisation libérale". Des manifestations seront d'ailleurs organisées le 10 novembre lors des négociations de l'OMC au Qatar.

Le mot d'ordre du forum se résumait donc à la lutte contre "la marchandisation de l'éducation", nouveau cheval de bataille de l'antimondialisme. Selon un participant belge, le monde fait l'expérience du "passage de l'ère de la massification de l'enseignement à l'ère de la marchandisation", transition orchestrée bien entendu par les deux cerbères de la mondialisation libérale que sont la Banque mondiale et l'OMC. En fait, il n'est pas complètement faux de dire que la Banque mondiale et autres institutions sont quelque part la cause du malaise des pays en développement- notamment au Brésil dont la situation ces derniers mois s'est détériorée de manière assez spectaculaire. La politique de prêt sans contrepartie valable induisant une économie d'endettement et toutes les politiques de développement concoctées par les experts collectivistes dans les années 70-80 ont effectivement permis à ces pays d'être durablement « des exclus de la croissance ». Mais c'est bien le manque de libéralisme, et pas le contraire, qu'il faut blâmer, car il est faux de voir en l'OMC un modèle de libéralisme : les négociations de l'OMC ont souvent conduit à limiter les échanges. Ce sont donc les tendances protectionnistes de l'OMC qui empêchent ces pays de se développer, ainsi que sa volonté de contrôler et réguler les échanges mondiaux.

Les anti-mondialistes voudraient-ils exporter notre magnifique modèle d'éducation nationale qui fabrique de l'inculte en série non limitée ? En quoi les tendances entrepreneuriales à vendre de l'enseignement seraient-elles une mauvaise chose ? En premier lieu, parce que les programmes fournis dans ce type d'éducation véhiculent souvent une culture de société ouverte, orientée vers l'entreprise, vers le marché etc…tout ce qu'abhorrent les anti-mondialistes. Une bonne éducation étatiste où les idéaux socio-démocrates, égalitaristo-communistes sont distillés sous couvert d'esprit critique, voilà ce dont le monde a besoin. En deuxième lieu, l'idée de droit à l'éducation "gratuite", c'est à dire une éducation financée par les autres, est souvent acceptée, même par les libéraux (et a même été initiée par certains d'entre eux). Le "libéralisme" en la matière conduirait dit-on à des inégalités flagrantes entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas, notamment dans les pays pauvres. Mais pourquoi passer par une nationalisation de l'éducation ? Pourquoi forcément une massification de la pensée gérée par les bons soins de syndicalistes rouges ? Pourquoi pas des "chèques éducation" versés en fonction du revenu des parents, qui auraient la liberté de mettre leurs enfants dans l'école de leur choix ?

Enfin, apportons quelques réserves sur le lien entre éducation et développement. L'éducation est une partie importante de l'investissement en capital humain, qui permet le développement. Pour autant, des gens instruits dans une société où "la structure des incitations" est inexistante, cela ne mène à rien. Un niveau d'éducation élevé dans un monde qu'on empêche de se développer économiquement par des barrières régulatrices et protectionnistes, où les gens ne peuvent pas libérer leur créativité entrepreneuriale, cela ne sert à rien.

On pourrait même aller plus loin : "trop d'éducation" mal orientée conduit le plus souvent à une sur-offre des métiers "intellectuels" dont le débouché est bien évidemment la bureaucratie publique, qui travaille pour elle même et qui étouffe le développement. Il faut que les bases éducatives soient données pour que les gens puissent disposer du minimum pour se développer. Mais il n'y a aucune raison pour que cela soit le fait de l'Etat, et fort heureusement, l'histoire -notamment occidentale - montre qu'on ne l'a jamais attendu et qu'on s'est très bien débrouillé sans lui en la matière. A ce propos, selon Bernard Charlot, membre du comité de pilotage du forum : "il s'agit de constituer des solidarités, une autre forme de réseaux face à la globalisation libérale". Comme si la société civile ne pouvait exister que du fait de l'Etat ! Une des premières formes de manifestation de la solidarité communautaire, de la société civile, a précisément été dans nos sociétés la fourniture d'éducation. C'est plutôt l'Etat qui a détruit ces sphères de la société civile ! Que l'on n'inverse pas les rôles !

Le problème des socialistes de toutes obédiences, c'est qu'ils sont incapables de penser la société sans le politique. Mais, au delà de ce handicap, on comprend bien en définitive le combat des anti-mondialistes sur le terrain de l'éducation : faire pression pour avoir une massification de l'enseignement dans les pays pauvres de manière à constituer des nouvelles "brigades rouges" éclairées et renverser le "nouvel ordre mondial". Plutôt que de tenter de recruter, au cas par cas, autant faire de la culture intensive, c'est effectivement plus efficace…tous les régimes totalitaires l’ont compris.

Mots clés : Capital humain, Education, Développement, Mondialisation.