ACTUALITE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 13 SEPTEMBRE 2003 -
N° 762


« LES ENSEIGNANTS FRANÇAIS MIEUX LOTIS QUE LEURS COLLEGUES EUROPEENS »



Ce n’est pas nous qui le disons, c’est notre confrère Le Monde, journal préféré des enseignants, qui ont dû être surpris à sa lecture. Il s’agit du compte rendu d’un rapport rendu public par EURYDICE, réseau d’information sur l’éducation en Europe financé par la Commission européenne. Voilà de quoi abattre le moral des troupes, au moment où les syndicats relancent de nouvelles grèves.


Cette étude compare le statut, le temps de travail et le salaire des enseignants travaillant dans les collèges publics des pays membres et des pays candidats de l’Union européenne. En ce qui concerne le statut, celui des Français est très simple. Ce sont des fonctionnaires, employés par l’Etat. Ils ont donc une totale sécurité de l’emploi, sauf cas rarissime de faute professionnelle. Même dans ce cas, les enseignants sont toujours protégés : « Généralement, les problèmes d’incompétence professionnelle sont réglés par une affectation à un poste n’impliquant pas de charge d’enseignement ou par une mutation dans un service de l’administration ».


Rien de tel dans la moitié des pays européens, qui autorisent le licenciement pour raisons structurelles, en particulier lorsque les besoins baissent en raison de l’évolution du nombre d’élèves. En Suède et en Finlande, pays de tradition social démocrate, les professeurs peuvent perdre leur poste si leur charge d’enseignement se réduit fortement, «  si la conjoncture économique à long terme le justifie » ou si « une restructuration l’impose ».


Les Français sont également privilégiés en termes de durée du travail. Comme certains pays comptent en heures hebdomadaires et d’autres en durée annuelle, il faut tout convertir sur une base annuelle pour permettre des comparaisons, compte tenu en particulier des durées différentes de vacances. En France, un agrégé doit 540 heures d’enseignement annuel et un certifié 648 heures. Les Allemands par exemple doivent entre 865 et 1072 heures. Dans beaucoup de pays, l’enseignant doit rester dans l’établissement en plus des heures de cours, ils restent souvent plus de 1000 heures par an.


Sur une base hebdomadaire, cela représente 32,5 heures au Royaume-Uni, 30 en Espagne, 35 en Suède, 30 en Grèce, à comparer aux 15 heures d’un agrégé français (et 18 d’un certifié). De plus dans de nombreux pays les enseignants doivent surveiller les élèves entre les cours ou après la fin des classes. Inutile de dire que les syndicats français sont contre toute harmonisation européenne dans ce domaine et ne veulent pas entendre parler des systèmes pratiqués chez nos partenaires.


Certes, l’enquête souligne que la situation française est un peu moins avantageuse sur le plan salarial, en pourcentage du PIB par habitant. Mais l’écart entre pays n’est en général pas énorme et bien moindre que sur le plan de la durée du travail ou du statut.


Bien entendu, le Monde essaie de se sortir de cette enquête embarrassante pour son lectorat en soulignant que ce rapport n’aborde pas la dimension plus subjective des conditions de travail. Sous-entendu, les enseignants français sont particulièrement stressés par les élèves ou par la violence, plus que les étrangers paraît-il. C’est sans doute la pratique assidue de la grève à répétition qui les stresse ou l’arrogance de sauvageons que les enseignants n’ont pas su ou voulu gérer. On comprend en tous cas pourquoi les enseignants français défendent avec tant de vigueur le service public.

 

 

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