« LES ENSEIGNANTS
FRANÇAIS MIEUX LOTIS QUE LEURS COLLEGUES EUROPEENS »
Ce n’est pas nous qui le disons, c’est notre confrère Le Monde, journal
préféré des enseignants, qui ont dû être surpris à sa lecture. Il s’agit
du compte rendu d’un rapport rendu public par EURYDICE, réseau d’information
sur l’éducation en Europe financé par la Commission européenne. Voilà
de quoi abattre le moral des troupes, au moment où les syndicats relancent
de nouvelles grèves.
Cette étude compare le statut, le temps de travail et le salaire des enseignants
travaillant dans les collèges publics des pays membres et des pays candidats
de l’Union européenne. En ce qui concerne le statut, celui des Français
est très simple. Ce sont des fonctionnaires, employés par l’Etat. Ils
ont donc une totale sécurité de l’emploi, sauf cas rarissime de faute
professionnelle. Même dans ce cas, les enseignants sont toujours protégés :
« Généralement, les problèmes d’incompétence professionnelle sont
réglés par une affectation à un poste n’impliquant pas de charge d’enseignement
ou par une mutation dans un service de l’administration ».
Rien de tel dans la moitié des pays européens, qui autorisent le licenciement
pour raisons structurelles, en particulier lorsque les besoins baissent
en raison de l’évolution du nombre d’élèves. En Suède et en Finlande,
pays de tradition social démocrate, les professeurs peuvent perdre leur
poste si leur charge d’enseignement se réduit fortement, « si la
conjoncture économique à long terme le justifie » ou si « une
restructuration l’impose ».
Les Français sont également privilégiés en termes de durée du travail.
Comme certains pays comptent en heures hebdomadaires et d’autres en durée
annuelle, il faut tout convertir sur une base annuelle pour permettre
des comparaisons, compte tenu en particulier des durées différentes de
vacances. En France, un agrégé doit 540 heures d’enseignement annuel et
un certifié 648 heures. Les Allemands par exemple doivent entre 865 et
1072 heures. Dans beaucoup de pays, l’enseignant doit rester dans l’établissement
en plus des heures de cours, ils restent souvent plus de 1000 heures par
an.
Sur une base hebdomadaire, cela représente 32,5 heures au Royaume-Uni,
30 en Espagne, 35 en Suède, 30 en Grèce, à comparer aux 15 heures d’un
agrégé français (et 18 d’un certifié). De plus dans de nombreux pays les
enseignants doivent surveiller les élèves entre les cours ou après la
fin des classes. Inutile de dire que les syndicats français sont contre
toute harmonisation européenne dans ce domaine et ne veulent pas entendre
parler des systèmes pratiqués chez nos partenaires.
Certes, l’enquête souligne que la situation française est un peu moins
avantageuse sur le plan salarial, en pourcentage du PIB par habitant.
Mais l’écart entre pays n’est en général pas énorme et bien moindre que
sur le plan de la durée du travail ou du statut.
Bien entendu, le Monde essaie de se sortir de cette enquête embarrassante
pour son lectorat en soulignant que ce rapport n’aborde pas la dimension
plus subjective des conditions de travail. Sous-entendu, les enseignants
français sont particulièrement stressés par les élèves ou par la violence,
plus que les étrangers paraît-il. C’est sans doute la pratique assidue
de la grève à répétition qui les stresse ou l’arrogance de sauvageons
que les enseignants n’ont pas su ou voulu gérer. On comprend en tous cas
pourquoi les enseignants français défendent avec tant de vigueur le service
public.
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