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L’événement le plus significatif,
le plus prometteur, me paraît être en effet la spectaculaire hausse des
demandes d’inscription dans les établissements privés. Voilà que 5% des
familles françaises, suivant les estimations, ont décidé de sauver la
scolarité de leurs enfants et ont voulu arracher leurs chères têtes blondes
au désordre et au chantage permanents des syndicats d’enseignants de l’école
publique. Ces Français-là, apparemment de toutes conditions et de toutes
origines, ont exercé leur choix éducatif, et ont voulu faire jouer la
concurrence entre le privé et le public. Certes, ce n’est pas une totale
découverte : les effectifs du privé ne cessent d’augmenter, et on
doit se féliciter que la liberté de choix ait été sauvée en juin 1984
quand plus de deux millions de personnes ont manifesté contre le projet
de loi Savary débouchant sur la mise en place du « service public
unique et laïque de l’Education Nationale ». Aujourd’hui 20% des
enfants sont scolarisés dans des établissements privés. La rentrée a failli
porter le chiffre à 25%.
Je dis bien « a failli »,
parce que l’offre n’a pu suivre la demande. Car depuis des années l’expansion
naturelle des établissements privés est bloquée par les textes et pratiques
qui régissent leurs conditions d’existence et de fonctionnement. Ce n’est
pas de leur plein gré que les directeurs d’écoles et de collèges ont dû
refuser la quasi-totalité des demandes nouvelles. Le ministère de l’Education
Nationale et les recteurs détiennent un pouvoir absolu sur la création
d’établissements nouveaux et l’extension d’établissements anciens, l’ouverture
de nouvelles classes et de nouveaux postes d’enseignants est suspendue
à l’autorisation de ces autorités, et le quota fixé par Académie est ridiculement
faible (de l’ordre d’une dizaine de classes dans les plus grosses Académies).
Mais serait-il plus élevé que cela ne changerait rien au principe :
l’Etat veut garder la maîtrise scolaire, y compris contre la volonté des
parents.
Il s’agit bien évidemment
d’un « abus de position dominante », que n’importe quelle cour
de justice condamnerait comme contraire à la concurrence s’il n’était
pas acquis que la concurrence doit s’arrêter aux portes des services publics
à la française.
La réalité, c’est que le
« privé » ne l’est pas vraiment : c’est un sous-traitant,
et le maître d’œuvre demeure bien l’Etat. Il a tous les atouts du maître
d’œuvre : c’est lui qui paye les enseignants (avec l’argent prélevé
sur les ressources des familles), c’est lui qui fixe les programmes et
les méthodes pédagogiques, c’est lui qui organise et délivre les diplômes.
De surcroît la législation détermine les conditions de travail et de carrière
des enseignants, le financement des équipements immobiliers (partagé entre
communes, départements et régions), les normes de sécurité, hygiène et
santé, etc.
Qu’on le veuille ou non
l’enseignement demeure l’affaire de la puissance publique, l’école privée
n’étant considérée que comme un bouche-trou ou une soupape de sécurité :
subsidiarité inversée. Les familles ont perdu le contrôle de l’éducation
de leurs enfants.
Je me réjouis donc de cette
fronde, de cette prise de conscience par ces milliers de Français réalisant
enfin que le système actuel compromet l’éducation et l’avenir de leurs
enfants. Mais je souhaite que cette rébellion aille jusqu’à la révolution,
qui consisterait à libérer l’école libre.
Il est possible d’ailleurs
que l’affaire scolaire soit la goutte d’eau qui fasse déborder le vase
des monopoles publics. Dans tous les domaines, et pas seulement pour l’école,
les Français pourraient comprendre enfin que la concurrence est meilleure
que le monopole, et que le privé meilleur que le public. Nous en avons
parlé toute cette semaine au cours de l’Université d’Eté. Nous avons entendu
les témoignages de ceux qui ont vu la concurrence scolaire faire des miracles,
notamment dans les pays les plus pauvres, pour instruire les enfants les
plus déshérités. Un exemple : à Hyderabad en Inde, moyennant 20 dollars
par an, les écoles privées parviennent à scolariser plus de la moitié
des enfants complètement délaissés par les écoles du gouvernement, dont
le coût de fonctionnement est cinq fois plus élevé pour des résultats
pédagogiques et éducatifs catastrophiques.
Mais nous avons aussi pris
la mesure des perspectives révolutionnaires qu’introduit la concurrence
dans le domaine des retraites et de la santé, dans le domaine de la monnaie,
dans le domaine de la législation, et bien évidemment dans le domaine
du commerce.
Encore faut-il qu’au contraire
de la pseudo-concurrence scolaire biaisée en France par les interventions
publiques, cette concurrence généralisée soit libre, et que les gouvernements
se retirent complètement de l’affaire. Cette libre concurrence, que certains
appellent déloyale, ou dommageable, ou sauvage, n’a en réalité besoin,
pour répandre ses bienfaits, que d’un seul encadrement institutionnel
: la définition et le respect des droits de propriété. Car la propriété
apporte la responsabilité, le couronnement du succès pour ceux qui servent
la communauté, et la sanction de l’échec pour ceux qui ne n’ont pas su
traduire et satisfaire les attentes.
Vienne enfin l’ère de la
vraie concurrence, à l’école et ailleurs ! Je pose la question aux
princes qui nous gouvernent : vont-ils accepter cette libération ?
Sont-ils libéraux ?
Jacques GARELLO
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