ACTUALITE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 25 JANVIER 2003 -
N° 738


LA DEFENSE DU MAMMOUTH


Dans la situation actuelle des finances publiques, la priorité des priorités c’est la réduction des dépenses publiques, si l’on veut maîtriser les déficits et réduire les prélèvements obligatoires. Il n’y a aucune autre solution et d’ailleurs tous les organismes internationaux - Bruxelles en tête - nous le répètent sur tous les tons. L’occasion a été perdue à l’automne dernier lors de la présentation et du vote du budget pour 2003 : les dépenses et en particulier celles de personnel ont continué à progresser : le nombre d’emplois dans la fonction publique n’a pas diminué, au contraire. Tout au plus avait-on assisté à un frémissement du côté de l’éducation nationale, avec la suppression annoncée de quelques postes de surveillants et d’aide-éducateur (emplois-jeunes).

Mais ce fut aussitôt un tollé syndical avec une grève en octobre dernier, une manifestation en décembre et une journée d’action prévue pour la fin du mois de janvier. On pouvait espérer que le gouvernement teindrait bon et allait faire subir une cure d’amaigrissement à la fonction publique en général et au mammouth en particulier : le moment était bien choisi compte tenu des nombreux départs à la retraite : il suffisait de ne pas les remplacer tous.

Mais Luc FERRY veillait au grain : il ne veut pas contrarier les syndicats d’enseignants. Quant à Jean-Pierre RAFFARIN, comme le souligne le Figaro « il veut s’attirer les bonnes grâces des syndicats alors qu’il s’apprête à ouvrir le chantier des retraites ». A quelques jours de la prochaine manifestation des syndicats, il s’agissait de lâcher du lest pour s’attirer leurs bonnes grâces : c’est manifestement plus important que les misérables considérations budgétaires. Comment faire ?

Tout d’abord de nouveaux postes d’assistants-d’éducation vont être créés, pour remplacer les actuels surveillants et aides-éducateurs. 11 000 avaient déjà été prévus dans le budget pour 2003, voté il y a à peine quelques semaines. L’encre du budget n’est pas encore sèche qu’on annonce un collectif budgétaire pour créer 16 000 postes, soit 5000 de plus. Comme le dit avec beaucoup d’humour Luc FERRY « nous avons une obligation de rigueur ».

D’autre part le nombre de postes mis au concours sera cette année de 30 000… soit 18 000 dans le second degré et 12 000 dans le primaire (plus qu’à l’époque de JOSPIN…) alors que l’on envisageait des chiffres beaucoup plus faibles, voire moitié moindres. Divine surprise : pour le second degré cela correspond pratiquement à la demande syndicale (18 500), ce qui est tout dire quand on connaît le sens de la modération des syndicats dans ce domaine. Même le Snes était obligé de reconnaître que cela correspondait en gros à ses demandes Mais comment trouver tant d’enseignants, alors que les résultats des concours ne permettent pas de pourvoir tous les postes, faute de candidats du niveau requis ? On prendra les suivants des listes, c’est à dire les collés …

Malgré ces deux annonces, les syndicats maintiennent leur manifestation fin janvier : les ingrats !

Le Figaro nous rappelle que JP RAFFARIN comparait l’Etat à l’albatros de Baudelaire : « l’Etat ne doit pas être cet oiseau dont les ailes sont trop lourdes ». Certes, mais la cure d’amaigrissement de ce vaste oiseau des mers est reportée à des années ultérieures, syndicats obligent. « L’albatros a toujours du mal à s’envoler, le mammouth a toujours des formes généreuses ; on s’en occupera un peu plus tard… ». La défense du mammouth est assurée.