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Après le Conseil d’Etat, qui avait critiqué le statut des fonctionnaires, voici un autre grand corps de l’Etat, la Cour des comptes, qui dresse un bilan critique de « la gestion du système éducatif ». Dans un rapport de 400 pages, qui synthétise trois années de travaux sur l’éducation nationale, la Cour des Comptes analyse de manière détaillée certaines défaillances du système. D’une manière générale, elle souligne les carences
du système, qui viennent de la « complexité » de son organisation,
qui a contribué à « multiplier les contraintes et à diluer les responsabilités ». En particulier la Cour s’étonne longuement de la croissance
permanente du budget de l’éducation nationale, alors que le nombre d’élèves
diminue. C’est ainsi que le budget consacré au primaire et au secondaire
a augmenté de 38% (en euros constants) depuis 1990, alors que les effectifs
diminuaient dans le même temps de 4,5%. (Le budget est passé de 42 à 59
milliards d’euros, alors que le nombre d’élèves diminuait de 500 000…).
Résultat : les effectifs par classe ont sensiblement diminué. Pour
les seules écoles maternelles et élémentaires, cela représente l’équivalent
de 16 000 emplois… Or « dans le cadre d’un budget nécessairement
limité, la diminution du nombre d’élèves par classe se fait notamment
au détriment d’autres mesures sans doute plus pertinentes et peut-être
plus prioritaires ». En clair, le ministère ne hiérarchise pas bien
ses priorités et la Cour appelle à une gestion « plus rigoureuse
de ses moyens ». Et « rien aujourd’hui ne permet d’affirmer
qu’une telle logique favorise l’efficacité de l’enseignement et la réussite
des élèves ». Le rapport de la Cour des comptes insiste aussi sur
des aspects plus techniques et s’étonne, par exemple, que le collège,
« maillon faible » du système éducatif, reste bien moins doté
que le lycée, avec un maintien « d’une offre de formation souvent
surdimensionnée qui a été financée au détriment du collège ». Elle
critique aussi la multiplication ou même « l’empilement » des
réformes et le décalage entre les intentions et les moyens réellement
engagés : les actes ne suivent pas toujours les discours ministériels.
« Dans bien des cas, les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous
des réformes annoncées, dont les calendriers, pour des raisons d’affichage
politique, s’affranchissent volontiers de la logique budgétaire ». Au total, la Cour critique « le renoncement progressif
du ministère et des académies à faire prévaloir avec constance l’intérêt
du service sur les revendications des différentes catégories d’agents ». Bien entendu, la Cour des comptes reste dans une logique
de service public et de centralisation du système éducatif. Mais c’est
ce qui fait en même temps tout l’intérêt de ce rapport : les uns
après les autres, les grands corps de l’Etat, lorsqu’on leur laisse faire
honnêtement leur travail d’enquête, sont bien obligés d’ouvrir les yeux,
ici sur le système éducatif, hier sur celui de la fonction publique. Il
n’y a donc guère plus que la classe politique - et les syndicats - pour
ne pas se rendre compte de la réalité de la dérive du système étatique
français. Il est révélateur que les grands corps de l’Etat finissent par
conclure à l’urgence d’une réforme des administrations publiques.
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