ACTUALITE DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 4 SEPTEMBRE 2004 -
N° 803


RAPPORT THELOT : UNE REFORME DE L’ECOLE BIEN JACOBINE


Le rapport THELOT est la vedette de cette rentrée : tout le monde en parle, et la tonalité générale est que les auteurs de ce rapport sont plutôt tentés de revenir à l’école de papa, sinon de grand-papa. En fait, ce rapport n’est pas encore officiellement remis, il le sera le 12 octobre, et ce qu’on en dit ne peut être qu’une extrapolation ou une interprétation. Que sait-on réellement de ce rapport ? Est-il réactionnaire au point d’émouvoir la gauche de progrès ?

Le journal Le Monde en publie une version provisoire, intitulée « Vers la réussite de tous les élèves », ce qui est déjà tout un programme : tout le monde peut-il réussir à tout ?

Il semblerait qu’en fait le rapport n’envisage aucun bouleversement spectaculaire du système éducatif. Rien sur la liberté scolaire, rien de sérieux sur la décentralisation, pas question de mise en concurrence des établissements, ni de liberté de recrutement des maîtres ou des élèves, encore moins de libre choix des familles.

Le rapport ne propose donc pas une révolution, mais un « recentrage ». Qu’est-ce à dire ?

La commission laisse entendre que l’on s’est égaré en 1989, lorsque la loi s’est proposée de conduire 80% d’une classe d’âgé au niveau du baccalauréat. « Il vaudrait mieux s’assurer que l’ensemble d’une classe d’âge maîtrise, à l’issue de la scolarité obligatoire, les compétences nécessaires à une vie personnelle et à une intégration réussie ».

Le moment semblerait donc venu de revenir à des enseignements fondamentaux, à un socle commun de compétences que devrait posséder tout élève à la fin de la scolarité obligatoire.

L’école doit donc « se recentrer sur ce qui demeure sa mission première : faire maîtriser par tous les élèves les savoirs et les compétences jugées indispensables ou fondamentales et qui ne peuvent s’acquérir que durant la première partie de la vie ». Et la commission de préciser les choses. Le « socle commun de l’indispensable » regroupe la langue, les mathématiques, l’éducation à la vie en commun, l’anglais de communication internationale et la maîtrise des technologies de l’information.  Viennent ensuite d’autres disciplines obligatoires, mais moins fondamentales, comme les sciences, le travail manuel, l’éducation physique et sportive, une deuxième langue vivante. Et enfin les enseignements optionnels.

L’objectif du rapport ne nous déplait pas a priori, même s’il manque visiblement de souffle dans le contexte scolaire actuel. Mais ce qui suscite notre scepticisme, c’est la méthode, qui demeure dans la grande tradition du « service public unique de l’Education Nationale ».

Le rapport veut ainsi arrêter dans le détail et pour toute la France et pour tous les enfants, la liste des enseignements obligatoires. Comme le souligne Le Monde, «  pour la commission, il appartiendra toutefois à la nation de définir précisément ces contenus et l’organisation de la scolarité obligatoire ». Et cela grâce à une commission -une de plus- et en y associant le Parlement. Voilà au moins qui est nouveau : c’est « la nation » qui définira le programme de chaque petit Français.

C’est donc un retour à Napoléon et Jules Ferry, un refus de la concurrence et de la décentralisation véritable. Il n’est d’ailleurs pas fait allusion au secteur « privé », ni aux conditions de sa coexistence avec le système public ; pourtant il aurait été instructif de comprendre la préférence croissante des parents pour le public. Mais si c’est la nation qui décide, ce ne sont pas les parents. Ainsi la Commission ne remet-elle pas en cause la sectorisation scolaire : les Français ne pourront donc toujours pas choisir librement l’école de leurs enfants. Tout au contraire la Commission veut faire la chasse aux discriminations : « Dans les cas extrêmes, le rapport envisage de fermer les établissements victimes d’une trop forte ségrégation ».

Cela est-il compatible avec l’idée d’autonomie des établissements pour laquel le rapport semble avoir quelque sympathie ? « La commission se prononce pour un renforcement de la marge de manoeuvre financière et pédagogique des collèges et lycées » : cela pourrait aller jusqu’à 8 ou 10% des crédits utilisables librement en fonction des projets des établissements.

En réalité, si le gouvernement veut « réformer » l’Education Nationale, il doit renoncer à uniformiser les établissements et surtout rendre aux parents la liberté des choix éducatifs, avec pour prolongement naturel la liberté de création et de développement d’établissements privés, libres, et compétitifs, ouverts aux familles les plus modestes grâce à un système de bons scolaires.

 

 

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