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ACTUALITE
DE LA NOUVELLE LETTRE
DU 18 JANVIER 2004 - N° 778 |
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Pour terminer en beauté le grand débat sur l’éducation, achevé le 17 janvier, on va se servir d’un alambic : il faut distiller les « synthèses » produites depuis l’automne dernier. Sans vouloir faire de mauvais esprit, nous n’avons pas le sentiment que les débats organisés dans chaque ville et dans les établissements aient attiré les foules. Comme nous l’avions annoncé, le jeu a été truqué par des questions qui n’étaient pas les bonnes et qui n’étaient pas posées aux vraies personnes. Un débat fermé à tous points de vue. Les réunions ont été annoncées de manière presque confidentielle -il fallait lire attentivement les journaux locaux, et encore- et elles n’ont pas réuni beaucoup de monde, (parfois elles ont même été annulées faute de participants), les professeurs étant souvent les plus nombreux, alors que ce sont les parents que l’on aurait aimé entendre. Non seulement ces débats n’ont pas concerné grand monde et n’ont donc guère de valeur représentative- à la limite un grand sondage aurait permis d’y voir plus clair- mais on se heurte maintenant à un problème matériel, souligné avec ironie cette semaine par le Canard Enchaîné (« Synthétisons les synthèses des synthèses »). En effet, il y aura eu au total près de 15 000 réunions et chacune a dû déboucher sur une synthèse sous forme d’un compte rendu de 8 pages (c’est ce qui a été demandé aux rapporteurs), soit 120 000 pages environ. A cela, il faut ajouter environ 40 000 messages envoyés par Internet, autre mode de communication admis dans ce débat, soit en tout 160 000 pages. On imagine mal les 54 membres de la commission sur l’avenir de l’école, qui sont chargés de faire une synthèse, lire ces 160 000 pages en deux mois ! On s’est donc rendu compte qu’il allait falloir faire des synthèses des synthèses et même des synthèses des synthèses des synthèses. Fort bien, mais qui va faire ces sous-synthèses ? Claude THELOT, qui préside cette commission a, selon le Canard Enchaîné, trouvé le truc : on passera par l’ordinateur : « La commission synthétisera toutes ces synthèses, toutes les contributions spontanées sur le site, tout cela grâce à l’utilisation de logiciels d’analyse et de synthèse textuelles. Le reste est simple : on résume en trois phrases les priorités de chaque discussion et donc de chaque synthèse, soit 45 000 phrases ; les ordinateurs les réduiront à 500 phrases, soit une phrase pour 90 phrases de départ, merveille de la technique. C’est là que le Canard s’inquiète. Les spécialistes consultés font remarquer que les logiciels sont capables de dire combien de fois apparaît un mot particulier, mais sûrement pas de faire un résumé : les logiciels ne peuvent pas faire de synthèses ni analyser le sens des mots. Ainsi, explique un spécialiste au Canard, « entre deux phrases telles que « la violence est un problème à l’école » ou « la violence n’est pas un problème à l’école » il n’est pas du tout sûr que l’ordinateur fasse la différence. Il isolera par exemple les termes « problème » et « violence » mais ignorera la négation ou l’affirmation ». Cela risque de poser de joyeux problèmes d’interprétation. Certes, M. THELOT a embauché trente lecteurs de plus, mais cela risque ne pas suffire et ils se heurteront aux mêmes problèmes d’interprétation après le passage dans l’ordinateur. Cette consultation tourne ainsi à la farce. Synthétiser en un rapport unique 160 000 pages de synthèses de réunions non représentatives sur de mauvaises questions, c’est en effet une vaste plaisanterie. Et M. THELOT précise bien que « si le débat reflète correctement ce que les Français pensent, le gouvernement en tiendra compte ». Ce qui promet pour la future loi ! Au lieu de faire tout ce cirque, pourquoi ne pas s’en tenir à des choses plus simples du genre : « Les Français veulent pouvoir choisir librement l’école de leurs enfants » et encore « les établissements scolaires disposent de la plus totale autonomie de gestion, de programme ou de recrutement ». Mais c’est sans doute trop clair. Ce qui sortira des ordinateurs de synthèse sera sûrement plus politiquement correct. On aura feint de consulter les Français, alors qu’on se moque bien de leurs préférences.
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