|
LE BACCALAUREAT ENTRE MYTHE ET REALITE Le rite social français du baccalauréat vient de débuter il y a quelques
jours par l'épreuve de philosophie ainsi que le veut la tradition hexagonale.
Et, comme chaque année, les ardents défenseurs de cette impressionnante
usine à gaz vanteront les mérites égalitaristes de cette belle invention
napoléonienne, en trépignant d'impatience devant la perspective des 80%
de bacheliers par classe d'âges.
Tout cela, bien entendu, au prix d'une mystification dont nous payons
le prix fort. Il y a de cela 16 ans, le ministre de l'Education Nationale de l'époque, Jean-Pierre Chevènement, élaborait une de ces utopies constructivistes dont les politiques français sont friands. Ayant un instant épuisé leur oeuvre de reconstruction d'une France passée de l'ombre à la lumière, les socialistes se sont lancés un nouveau défi à leur mesure : amener au moins 80% d'une classe d'âge au baccalauréat – comme au Japon. Ils ont fait de ce principe le credo de tout un parti, la finalité suprême de tout un système. Aujourd'hui, alors que l'organisation de cet examen bat son plein, il est peut-être temps de poser un constat lucide sur ce cheval de bataille que peu d'hommes politiques osent remettre en cause. Le constat n'est pas toujours à la hauteur de la massification projetée. Certes, de façon notable, les chiffres attestant de la santé de cet examen, se sont améliorés. Le taux de réussite est ainsi passé de 71,8% en 1988 à 79,5% en 2000, mais cet aspect purement quantitatif est l'arbre qui cache la forêt. En effet d'un point de vue purement statistique, le compte n'y est pas encore, puisque ce n'est pas 80%, mais 61,7% de jeunes au sein d'une même classe d'âge qui sortent du secondaire, leur diplôme en poche. S'il est vrai que ces résultats permettent à la France de se classer dans les 5 premiers au niveau mondial (alors qu'il y a quelques années elle pointait à la quinzième place en ce qui concerne l'accession des jeunes au diplôme de fin d'études secondaires), le bilan n'est pas satisfaisant, le taux ayant tendance à régresser depuis 3 ans. Au delà de cet aspect du problème, demeurent les vraies questions sur la valeur et la raison d'être de ce qui reste une organisation dépassée, rigide, bureaucratique. Que penser de cette organisation pharaonique qui, année après année, tente de mener jusqu'au diplôme unique, quelque 631 429 candidats (chiffre pour 2001) en mobilisant 119 000 personnes pour un coût de 224 millions de francs ? A l'heure du développement des technologies, de la diffusion rapide des données et du savoir, le baccalauréat apparaît comme une relique maintenue en vie pour apaiser la conscience politique et les appétits syndicaux. Si les hauts fonctionnaires du ministère font mine de s'étonner devant un taux de réussite croissant, ils oublient d'expliquer les méthodes utilisées pour atteindre cet objectif. En effet, cette réussite se décode avant tout au regard des manipulations du ministère. C'est ainsi que les soupçons de dégradation du niveau de l'examen pèsent de plus en plus sur l'organisation du bac : les épreuves sont plus faciles, composées pour partie de documents, d'exercices d'automatisme ou de méthodologie. A cela s'ajoutent des directives encourageant les correcteurs et les jury à la clémence ou à la surévaluation des notes. De la sorte, une harmonisation artificielle est opérée entre les candidats, les établissements et les régions, de façon à respecter l'esprit d'unité et d'égalité inscrit dans les principes républicains. Au final, le baccalauréat apparaît comme un vestige d'une philosophie égalitariste, unificatrice, qui n'est plus adaptée aux exigences modernes respectueuses de la diversité des hommes, de leur talents, de leur capital humain. La massification que lui ont fait subir les politiques l'ont privé de son caractère informatif et distinctif, ce qui fait de lui un simple jalon vers d'autres voies de qualification. Pourquoi alors le maintenir en l'état, en dépit de son coût, de son inutilité et de son archaïsme et ne pas entamer les réformes nécessaires, à l'image de ce qu'ont fait les partenaires européens de la France en introduisant par exemple le contrôle continu ? Mais de cette réforme, les syndicats (SNES en tête) ne veulent pas entendre parler, elle serait un début de menace pour leur monopole, leurs privilèges et leur idéologie égalitariste. Mots clés : Capital Humain, Education, Etat, Syndicats.
|