PRIVATISATIONS :
LE GAZ PART
L’ouverture du capital de Gaz de France,
ardemment soutenue par Laurent FABIUS, attendra encore. Sous la pression
du PC et d’une partie des députés socialistes, Lionel JOSPIN, qui avait
accepté l’idée de cette ouverture du capital de GDF, a reculé. Cette décision
purement politique – à un an de l’élection présidentielle, cette ouverture
de capital est politiquement incorrecte – n’arrange pas les affaires du
« gazier sans gaz » qui doit faire face à une forte concurrence
européenne.
En fin de compte, l’ouverture du capital de GDF, qui
devait être discutée à l’Assemblée Nationale en juin, a été repoussée
au minimum d’un an. Cette décision du gouvernement de renoncer (c’est
un des nouveaux exemples de la méthode Jospin : beaucoup d’annonces
mais également beaucoup de reculades) résulte de la pression exercée par
le PC et une partie des députés socialistes. Dans l’entourage de Jean-Jacques
QUEYRANNE, on indique d’ailleurs « On
ne voyait pas quelle majorité on pouvait trouver autour de ce texte ». Bien que le gouvernement assure que la
décision de ne pas présenter le texte de loi devant le parlement en juin
était antérieure aux résultats des municipales, résultats assez défavorables
à la majorité plurielle et surtout au PC, il est évident que les résultats
des municipales ont largement motivé la décision prise par le gouvernement
actuel. Le Premier ministre, Lionel JOSPIN, s'était lui-même progressivement
converti à l’idée ardemment soutenue par le ministre de l’Economie et
des Finances, Laurent FABIUS, d’une ouverture du capital de GDF et donc
d’un changement de statut de l’entreprise publique. Fin février, Laurent
FABIUS avait même jugé sans fondement un éventuel report de changement
de statut de GDF. Mais depuis, les municipales sont passées par là, et
dans un an, les présidentielles pointeront le bout de leur nez. Ainsi,
bien que le Premier ministre ait expliqué la semaine dernière aux journalistes
de France 2 qu’il ne serait candidat que si c’était le désir des Français,
Lionel JOSPIN a préféré faire subir un échec à Laurent FABIUS aujourd’hui
que subir la perte des élections présidentielles dans un an. En effet,
au PC et à certains députés socialistes, il faut ajouter l’hostilité de
certains syndicats dont FO et la CGT. Les gaziers, en grève mercredi dernier,
refusent en effet toute privatisation et toute réglementation de leur
entreprise publique. Dans l’optique des prochaines présidentielles, Lionel
JOSPIN n’a pas voulu prendre le risque de voir défiler dans la rue gaziers
et électriciens farouchement opposés au projet d’ouverture de capital.
Ainsi, la décision de patienter encore au moins un
an est une décision purement politique. A un an de l’élection présidentielle,
envisager le changement de statut de GDF est politiquement incorrect.
Préférant le jeu mesquin de la politique politicienne à celui des réalités
économiques et industrielles, le Premier ministre a préféré obscurcir
l’avenir de GDF et décidé de reporter sine
die un changement de statut pourtant vital pour l’entreprise publique.
Si la privatisation partielle de GDF est politiquement
incorrecte en période de pré-campagne présidentielle, il apparaît qu’elle
est une nécessité industrielle. La reculade du gouvernement risque d’avoir
des répercussions assez préjudiciables pour GDF. D’une part, l’ouverture
du capital de l’entreprise publique française s’inscrit dans le cadre
de la directive européenne sur l’ouverture du marché du gaz. Cette directive
européenne prévoit que le marché du gaz soit complètement déréglementé
en 2005. La Commission européenne pourrait décider de sanctions pécuniaires
à l’encontre de la France si celle-ci se refuse à appliquer la directive
sur l’ouverture du marché du gaz. D’autre part, le refus de l’ouverture
du capital par le gouvernement fait peser des menaces assez importantes
quant à l’avenir de GDF. Contrairement à EDF qui est le plus grand exportateur
mondial d’électricité, GDF est un « gazier sans gaz ». En effet,
à l’heure actuelle, les gisements détenus par GDF ne lui permettent d’assurer
que 5% de son approvisionnement. GDF s’était fixé comme objectif de détenir
à la date de dérégulation complète du marché du gaz des gisements représentant
15% de son approvisionnement. Pour financer ces nouvelles acquisitions,
Pierre GADONNEIX, le PDG de GDF, comptait sur les débouchés que lui auraient
apportés les nouveaux partenaires prêts à entrer dans le capital de GDF
(notamment TotalFinaELf et le norvégien Statoil). Ainsi, le refus de JOSPIN
de suivre l’avis de FABIUS empêche GDF de réaliser des alliances stratégiques
en vue de 2005. Le statut public de GDF bloque toutes les alliances que
le gazier français devrait d’ores et déjà réaliser pour résister aux assauts
des principaux concurrents européens de GDF.
La décision politique de ne pas ouvrir le capital de
GDF risque de marginaliser le gazier français par rapport à ces concurrents
européens directs. L’avenir de GDF est d’autant moins assuré que ce monopole,
a une culture d’entreprise très peu marquée par la concurrence. L’avenir
de GDF, c’est le cadet des soucis de JOSPIN. Son souci immédiat, c’est
la présidentielle de 2002. Après cette date, il sera toujours temps de
s’occuper de GDF. S’il est élu, il s’en occupera lui-même ; sinon,
c’est quelqu’un d’autre qui s’en occupera à sa place – ce qui est encore
mieux pour lui. JOSPIN semble donc n’avoir rien à perdre dans cette affaire.
En définitive, « tant que ça gaze » pour les élections présidentielles
de 2002, JOSPIN se satisfait du sort du gazier français.
Mots clefs : Monopole,
Privatisation
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