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EDF AIME LA CONCURRENCE...A L’ETRANGER
L’entrée d’EDF dans le capital du holding italien Montedison suscite une levée de boucliers de l’autre côté des Alpes. En Italie, on goûte modérément les visées expansionnistes de l’électricien français qui profite de sa situation de monopole sur le territoire national. Dans le même temps, le protectionnisme français et les lenteurs de la libéralisation française empêchent les concurrents européens d’EDF de pénétrer le marché français. L’annonce de l’entrée d’EDF à hauteur de 4% dans le capital du holding
italien Montedison a créé une véritable levée de boucliers et suscité
un feu nourri de critiques en provenance de l’Italie. Les Italiens reprochent
à EDF ses visées expansionnistes hors du territoire hexagonal, tandis
que la libéralisation sur le sol français serait entachée d’une certaine
lenteur empêchant ainsi les concurrents d’EDF de s’implanter dans l’hexagone.
Du coté d’EDF, on se défend de tout expansionnisme en qualifiant l’opération
de « simple participation financière minoritaire ».
Naturellement, le son de cloche tinte différemment en Italie. Au premier
rang des critiques, le président du conseil sortant, Giuliano AMATO, et
la classe politique transalpine clament leur opposition à cette opération
et dénoncent « l’entrée de sociétés publiques jouissant d’un
monopole dans le capital de sociétés privées surtout lorsque celles-ci
opèrent dans des secteurs en voie de libéralisation ». Le discours de la classe politique transalpine ne constitue pas une nouveauté
et une première levée de boucliers visait déjà EDF. En effet, EDF a déjà
été la cible de critiques véhémentes du fait de sa politique expansionniste
à l’assaut de la forteresse italienne. Lorsque le gouvernement italien
a organisé des appels d’offre pour la reprise des centrales de la compagnie
nationale ENEL, la candidature d’EDF avait été d’emblée écartée. Le gouvernement
italien avait à l’époque interdit toutes les candidatures émanant de sociétés
contrôlées majoritairement par l’Etat – ce qui est le cas de l’électricien
français. Refoulée à la porte du marché italien, EDF tente donc de pénétrer
le marché italien par la fenêtre en prenant 3,97% du holding Montedison
qui contrôle lui-même la capacité électrique d’Edison. Les critiques de
la classe politique italienne montrent que l’entrée d’EDF sur le marché
italien ne sera pas une partie de plaisir pour l’électricien français. Néanmoins, et assez paradoxalement, dans sa tentative de prise de contrôle
d’une partie du marché italien, EDF peut compter avec le soutien quelque
peu inattendu de la Commission européenne. Amelia TORRES, porte-parole
du commissaire européen à la Concurrence, Mario MONTI, a en effet soutenu
EDF en rappelant que la prise de participation minoritaire d’EDF dans
le holding italien ne contrevenait pas aux règles communautaires. Selon
Amelia TORRES, EDF « se conforme à la directive sur la libéralisation
du secteur de l’énergie et a ouvert 30% de son marché domestique à la
concurrence ». Tout en prenant la défense d’EDF, la collaboratrice
de Mario MONTI reconnaît comme légitime la frustration italienne qui fait
état du sentiment de déséquilibre d’ouverture des marchés dans les différents
Etats membres. Amelia TORRES rappelle ainsi que bien que « la
France respecte la réglementation actuelle, elle fait le strict minimum,
ce qui est son droit ». Le président
d’EDF, François ROUSSELY, rappelle lui aussi que « Ni dans
le traité de Rome, ni dans celui de Maastricht, ni dans aucune directive
européenne le problème du capital ne constitue un élément discriminant.
La discrimination entre les entreprises publiques et les autres n’a aucun
fondement ». Ce qui cristallise les critiques des Italiens et aussi des Espagnols –
le gouvernement espagnol a récemment fait état de son irritation vis-à-vis
d’EDF lors de son entrée (via l’allemand EnBW dont EDF possède 35%) dans
l’électricien espagnol Hidrocantabrico –, c’est la protection dont dispose
EDF sur le sol hexagonal. Cette protection provient du statut public d’EDF
et de son monopole. Jugeant beaucoup trop faible l’ouverture du marché
français de l’électricité, les gouvernements italiens et espagnols essayent
d’empêcher l’implantation du géant français sur leur propre territoire.
Le risque à long terme serait que le marché européen soit gagné non pas
par la firme la plus efficace, mais par la firme la plus protégée, c’est-à-dire
EDF. Dans cette affaire Montedison-EDF, l’électricien français n’est pas directement
coupable. En fait, le coupable, c’est l’Etat français qui a ouvert au
strict minimum le marché français de l’électricité et qui continue à protéger
EDF. Tant que le gouvernement français campera sur sa position – par crainte
d’une levée de boucliers des syndicats et ce à moins d’un an de l’échéance
des présidentielles – EDF sera à juste titre victime à l’étranger de l’opprobre
des gouvernements qui par leurs décisions essayent de rendre un peu plus
loyale la concurrence entre EDF et leur champion national. Le statut d’EDF
est doublement handicapant. D’une part l’électricien français est refoulé
par la porte et par la fenêtre de certains marchés européens. D’autre
part, comme le souligne un bon connaisseur de l’entreprise, le statut
public d’EDF constitue une contrainte : « On l’a bien
vu lors de la présentation des résultats 2000, les missions d’intérêt
général pèsent de plus en plus lourdement sur les comptes du groupe. Aucun
opérateur européen n’est soumis aux mêmes obligations… ».
Comme dans le cas de GDF, la gestion gouvernementale du dossier d’EDF
est purement politicienne – toujours à cause des présidentielles. Le pire
n’est pas tant que ces dossiers soient gérés en suivant des logiques politiciennes
au lieu de suivre le bon sens économique et industriel – cela est assez
habituel. Non, le pire, c’est que de toute façon la restructuration de
ces entreprises à statut public et l’ouverture de ces marchés sont inéluctables.
Par conséquent, il y aurait tout intérêt de s’occuper de cela le plus
tôt possible afin de mieux réaliser ces transitions du monopole concurrence
plutôt que d’attendre le dernier moment. Mais cet intérêt-là est ignoré
par le gouvernement JOSPIN dans l’attente des élections de 2002. Mots clés : Concurrence, Monopole.
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