ENERGIE : PARIS FAIT MARCHE ARRIERE


Ouf ! On respire. On avait craint un moment que Paris ne se laisse impressionner par Bruxelles sur le terrain de l’énergie. Après avoir refusé catégoriquement d’ouvrir EDF à la concurrence, y compris pour les ménages, la France avait en effet semblé suivre ses partenaires lors du conseil européen de l’énergie à Luxembourg. Elle acceptait enfin de faire comme ses partenaires et d’ouvrir à la concurrence le marché de l’électricité à moyen terme pour les ménages. Cette ouverture à la concurrence existe déjà - c’est une obligation européenne - pour les gros clients industriels, mais ici aussi la France avait appliqué la directive européenne en traînant les pieds : nous sommes au minimum de l’ouverture, soit 30% pour l’électricité et 20% pour le gaz. A titre de comparaison, la moyenne européenne est à 66% d’ouverture pour l’électricité et 70% pour le gaz. 

Et voici donc que, dans un moment d’égarement, la France avait accepté à Luxembourg de suivre le même chemin pour les particuliers, en donnant son accord sur la date de 2005 fixée par la Commission. C’était il y a deux semaines… Une semaine plus tard, changement de décor : Paris fait marche arrière et nie avoir pris cet engagement. Madame Nicole FONTAINE, ministre de l’industrie, vient de souligner qu’une ouverture aux ménages n’était pas acceptable en l’état actuel. «  Cette évaluation, pour être pertinente, nécessite un recul que nous n’avons pas ». La Commission a apprécié ce recul…Il est vrai que la France n’est pas en odeur de sainteté à Bruxelles ces temps-ci.  

Quant à l’ouverture du capital d’EDF, cette fois, Madame FONTAINE a bien précisé que cette évolution se ferait  « sans remettre en cause le statut des agents et en veillant à ce que le système spécifique des retraites reçoive toutes les garanties nécessaires ». Là est bien l’essentiel en effet. Faire plaisir aux syndicats est bien plus important que s’occuper des consommateurs. 

Cet épisode ne nous étonne guère. Comme le soulignait Jacques GARELLO dans son éditorial de la semaine dernière, il existe un total décalage entre la France et le reste du monde. Ce décalage devient même impressionnant avec Bruxelles, qui n’est pourtant pas le temple du libéralisme. Continuons comme cela ; ne respectons pas notre parole et nos engagements internationaux ; ne respectons pas le consommateur ; ne respectons même pas la réalité, puisque tout va très bien, Madame la Marquise…