JUSTICE ET PEDOPHILIE EN FRANCE :
DE L’ERE DU SOUPÇON A L’AGE DU RESSENTIMENT ?


Au milieu des émois, des querelles et des vanités dont le système d’opinion paraît aujourd’hui si friand, l’information révèle aussi parfois des faits terriblement importants. Ainsi a-t-on appris récemment que des plaintes et soupçons relatifs à des actes de pédophilie, y compris incestueuse, ont été négligés, voire auraient été sciemment étouffés, par l’appareil judiciaire et répressif en France, dans le souci de « couvrir » des personnalités et certains de ses membres.


La pédophilie revient – hélas – à la une de l’actualité. Et l’on est d’entrée partagé entre le silence – ne pas faire écho, pour ne pas risquer d’inciter quelques êtres pervers et influençables – et la prise de parole – au nom de la protection des victimes silencieuses. Voilà un bien difficile sujet pour un commentateur, à qui les mots manquent pour commenter ce qui ne peut l’être …...

Devant l’abominable, quelques réflexions surgissent pourtant, susceptibles d’être partagées par n’importe quel homme de bonne volonté. Sur le crime lui-même, beaucoup a été dit, par exemple sur la question de savoir si la mention plus fréquente d’actes pédophiles tenait plutôt à l’augmentation de leur nombre ou à la fin de la « loi du silence » (apparemment encore très pesante dans l’affaire évoquée), ou si, rapportée à d’autres civilisations et à d’autres âges, la réprobation de la pédophilie n’était pas avant tout culturelle plus que naturelle (Marcel Mauss notamment avait développé la même thèse à propos de l’inceste, condamné d’abord pour des raisons pratiques et non morales). Sur le premier point, si la deuxième explication n’est pas inexacte, l’autre n’est pas non plus à écarter. Avilissement et réification d’autrui, sous son visage le plus faible et le plus innocent, exacerbation acharnée du plaisir égoïste et libération sans frein de l’instinct, la pédophilie ne serait-elle pas le miroir déformant et grossissant d’une société où le respect de la vie et des petits occupe une place toujours plus restreinte et constitue une valeur des plus relatives ?

Une telle affaire, si elle est définitivement avérée, appelle d’autres observations. Tout d’abord, force est de constater que l’ironie railleuse, des leçons officielles de morale aux plaisanteries de mauvais goût, pratiquée à l’égard de certains de nos voisins européens apparaît encore plus déplacée aujourd’hui ; il se confirme bien que nous sommes « tous Belges ». Par ailleurs, le sentiment européen, si souvent exalté, semble très sélectif, tant il demeure vrai que la volonté réelle importe plus que les mécanismes et les engagements : c’est sur un fichier de la police néerlandaise qu’ont été retrouvées les photographies d’enfants victimes de sévices, dont les cas avaient été négligés par notre justice, sans que celle-ci paraisse s’alerter de cette diffusion par une institution partenaire, et en contradiction frontale et brutale avec les déclarations des plus hautes autorités.

Enfin, un scandale (le terme s’impose ici) de cette nature ne peut qu’accroître la méfiance d’une grande partie de nos concitoyens à l’égard d’organes pourtant essentiels et censés les protéger, augmentant par là-même le malaise vis-à-vis de l’Etat et de la chose publique, après bien d’autres abus et dérives. Et le silence assourdissant de l’autorité ministérielle et des services responsables devant ce que l’on veut croire n’être que les agissements honteux d’un tout petit nombre, contribue sans conteste à alourdir le sentiment diffus, mais croissant de la rupture du pacte social et civique fondamental. Serons-nous Belges jusqu’au bout (et au-delà) ?

Mots-clés : Europe, Justice, Pédophilie, Scandale.