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LA SOCIETE CIVILE COMBAT LA CORRUPTION
Pour la sixième année consécutive,
l’ONG Transparency International rend public son classement des pays corrompus :
la médaille d’or est décernée au Nigéria, tandis que la Finlande serait
la plus vertueuse, la France se situant au 21e rang des 90
pays évalués. TI se concentre sur la corruption dans le secteur public, qu’elle définit comme « l’abus d’une fonction publique en vue d’un enrichissement personnel », et établit son classement « en fonction du degré de corruption ressenti ». Ces définitions appellent plusieurs remarques quant au contenu informatif de son palmarès. La première est que plus le secteur public est pesant dans l’activité économique d’un pays, plus ledit pays a des chances d’être classé comme corrompu. La seconde est que certains secteurs économiques (contrats publics, armement, énergie) sont intrinsèquement susceptibles de donner lieu à corruption. Le fait que la France soit bien placée dans ces activités explique son mauvais classement par TI. Mais le plus troublant dans cette étude provient de l’appui sur la corruption « ressentie ». Certes, à tout prendre, TI a sans doute bien raison de fonder son classement sur un tel critère ; reste cependant qu’il peut y avoir un effet pervers liée à l’information. Le paradoxe de la révélation
Plus un pays
va lutter efficacement contre la corruption, plus elle sera rendue « publique »,
mise à jour par les médias. L’information est en effet le premier moyen
de lutter contre la corruption. Mais elle peut aussi la révéler aux yeux
du citoyen et lui donner l’impression qu’elle augmente. C’est souvent
quand on fait un grand nettoyage qu’une maison semble la plus mal tenue.
Ainsi, c’est au moment où l’Allemagne fait le grand ménage qu’elle rétrograde
de la 14e à la 17e place. Il est donc impératif
de mettre le classement de TI – comme c’est toujours le cas des statistiques-
en perspective. Il semble que le plus important dans cet événement est
qu’il révèle l’importance grandissante de l’action civile dans la lutte
contre des maux généraux. TI ne se contente pas de mettre la corruption
à la lumière, mais décrit la mobilisation d’un regroupement civil d’individus
qui, en dépit de leurs différences, agissent en commun. Les citoyens font
de moins en moins confiance aux solutions émanant de l’ordre politico-légal. Les solutions préconisées par TI sont révélatrices : pas de recette globale, centralisée et définitive. Au contraire, il s’agit de mettre en place des solutions réalisables à petite échelle, par chaque citoyen, où qu’il soit, sensibilisé par ce problème de la corruption. Chaque salarié du secteur public peut déjà commencer par afficher cette petite pancarte sur son bureau « zone sans corruption » -« corruption-free zone »- de manière à décourager toute proposition éventuelle : une manière aussi de ne pas être tenté. Deuxièmement, tout un chacun peut aussi s’appuyer sur ses réseaux relationnels -ses collègues, ses voisins, son village- et initier un véritable débat public, réunissant les représentants du secteur public. Un moyen simple et efficace de rompre le silence tout en indiquant poliment aux autorités politiques que les citoyens constituent un contre-pouvoir. Evidemment, cela ne suffit pas. De telles actions sont complémentaires à des requêtes organisées s’adressant aux gouvernements, sous forme de lobby par exemple, de manière à obtenir le droit d’accès aux informations officielles ainsi qu’une législation internationale contre ce fléau. En tout état de cause, TI a bien raison d’afficher la maxime suivante : « From small things, big movements grow ». On pourrait cependant conseiller à TI de ne pas passer à côté du problème central : c’est l’importance de l’Etat, le nombre d’activités qu’il contrôle que l’on doit limiter. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » (Lord Acton). |