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La mise en
examen de Jean-Claude Trichet pour « diffusion de fausses informations
au marché, présentation et publication de comptes sociaux inexacts »
est symptomatique de la « corruption » du secteur bancaire français
par les hommes de l’Etat. Il doit être clair qu’au-delà du rôle de quelques
hauts fonctionnaires dans les artifices comptables pour cacher les pertes
de la « plus grande banque européenne », c’est l’Etat-actionnaire
et gestionnaire et le système d’entreprises publiques qui devraient se
retrouver au « banc des accusés ». Les
faits reprochés dans le cadre de l’enquête sur les comptes du Crédit Lyonnais
en 1992 et 1993 à Jean-Claude Trichet, actuel gouverneur de la Banque
de France, remontent à l’époque où il était directeur du Trésor. Après
les plaintes en 1996 du Ministre des finances Jean Arthuis et d’Alain
Géniteau (actionnaire minoritaire du Lyonnais) et les perquisitions à
la Banque de France et au Trésor, le haut fonctionnaire est soupçonné
d’avoir participé au « maquillage » du bilan du Crédit Lyonnais. Représentant
l’Etat (actionnaire majoritaire de la banque) et avec l’appui de ses collègues
du Conseil d’administration, il aurait tout simplement dissimulé en 1992
les pertes en sous-évaluant de 50% les risques-pays (correspondant à des
pertes liées à des investissements effectués à l’étranger) et en prélevant
3,6 milliards de francs des provisions de l’année précédente. Résultat
de l’artifice : le Crédit Lyonnais a affiché pour l’exercice 1992 seulement
1,8 milliards de francs de pertes au lieu de 45 milliards. En
dépit de ce « lifting » comptable, la banque publique continuera
à accuser des pertes (7 milliards de francs en 1993 et 12,1 milliards
en 1994) et frôlera la « mise en faillite » par la Commission
européenne en 1998. Même
si ce « scandale bancaire du siècle » présente une certaine
complexité financière et comptable, le contribuable ordinaire peut et
doit comprendre les véritables causes de l’échec du Crédit Lyonnais, qui
est un échec de l’Etat-gardien de l’intérêt général, de l’Etat-banquier
et de l’Etat-actionnaire. 1)
Tout d’abord, il faut se rendre à l’évidence qu’en réalité le système
d’entreprises publiques (nationalisées) et le « capitalisme d’Etat »
(certains préfèrent la notion de socialisme) permettent à une petite élite,
tels un Jean-Yves Haberer (président du Crédit Lyonnais entre 1988 et
1993), un Jean-Claude Trichet ou un Jean-Louis Butch (secrétaire général
de la Commission bancaire en France), de faire valoir, aux dépens du contribuable,
leurs intérêts et ambitions personnelles. On est très loin de l’Etat-gardien
d’un intérêt général quelconque. Quelle belle leçon de morale publique
que de se mettre dans l’illégalité aux Etats-Unis pour affaires frauduleuses
et de se commettre avec les escrocs. 2)
Ensuite, l’Etat s’avère un mauvais gestionnaire et un très mauvais banquier.
Un système nationalisé, à la différence du système de banques privées,
pousse logiquement à l’irresponsabilité. Le banquier fonctionnaire n’est
pas la meilleure formule pour inciter le dirigeant à bien gérer les risques
et le patrimoine de la banque. 3)
Enfin, l’Etat-actionnaire est un mauvais « propriétaire ». Alors
que théoriquement les entreprises publiques, comme le Crédit Lyonnais,
sont la propriété de chaque citoyen, en réalité, une telle forme de propriété
publique est source d’inefficacité et de gaspillages. Ainsi,
si l’affaire du Lyonnais fut possible, c’est parce que l’Etat, actionnaire
majoritaire et propriétaire de jure et de facto (ayant le pouvoir de contrôle), n’a pas agi correctement
pour limiter les dégâts (à la différence des propriétaires et actionnaires
privés d’une banque qui sont incités à chercher les informations et à
sanctionner la mauvaise gestion). La collusion des parties, responsables
de la gestion de la banque (Trésor, Banque de France, Ministre de l’économie,
Commission bancaire) s’est faite aux dépens des véritables propriétaires
théoriques—les citoyens—qui en définitive vont payer la facture. Et des
gadgets, comme la création en 1995 du Consortium de Réalisation (assumant
les pertes du Crédit Lyonnais) n’y changeront rien : les Français
devront débourser dans cette aventure au moins 100 milliards de francs. Mais
les conséquences de ce scandale vont au-delà des frontières hexagonales.
En effet, la mise en examen de Trichet, qui a été désigné comme le successeur
de Wim Duisenberg à la tête de la Banque Centrale Européenne à la mi-2002,
ne fait que rendre plus incertaine la gestion future de la monnaie unique
et renforce la méfiance des opérateurs sur le marché des changes vis-à-vis
de l'euro. L'affaire du Crédit Lyonnais n'aura contribué qu'un peu plus
à sa chute spectaculaire. En
conclusion, le bon sens et la justice exigent que l’Etat et les politiques
se désengagent du domaine bancaire et financier. Liberté, droits de propriété
privée dans le domaine de la banque et responsabilité bancaire vont ensemble
et sont indissociables.
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