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Nul ne doute, et c’était ce qui inspirait le
jugement de Lord Acton, que le pouvoir perturbe les meilleurs esprits.
Seuls quelques êtres d’exception ont totalement résisté à la tentation
de l’abus de pouvoir. Pour les autres, ils ont succombé sciemment, en
spéculant sur les facilités que leur donne la « raison d’Etat »,
alibi irréfutable inventé par Machiavel, ou ils ont chuté malgré eux,
victimes de l’ivresse du pouvoir, des flatteurs qui les entourent et des
clients qui les pressent. « Ils ne mourraient pas tous, mais tous
étaient frappés ».
Cependant Lord Acton s’exprimait au XIX° siècle,
et ne pouvait imaginer à quel point la mécanique de la corruption allait
se mettre fatalement en route un siècle plus tard. Car l’Etat était à son époque présent sans être envahissant, et
la raison d’Etat ne s’appliquait que pour les
affaires de l’Etat, certes fondamentales mais
peu nombreuses.
A partir du moment où nous vivons le tout-Etat, nous sommes menacés par le tout-corruption.
Et le jeu de la démocratie n’y peut rien, bien au contraire il a tendance
à amplifier le phénomène. L’économiste Alan MELTZER a résumé l’analyse
en montrant qu’il y avait conflit entre droit de propriété et droit de
vote. Dans la plupart des démocraties contemporaines, le droit de propriété
est malmené : l’Etat confisque l’argent
gagné, il s’attaque aux patrimoines, détruit les fortunes et les héritages,
il réduit gravement la liberté d’entreprendre, d’échanger et de contracter.
Pourquoi se conduit-il ainsi ? Parce qu’il doit satisfaire ses clientèles,
ceux qui font pression sur les élus pour obtenir privilèges et subventions
au détriment des autres, ceux qui utilisent avec une particulière efficacité
leur droit de vote, et la législation qui en découle. Mais, à ce jeu,
il n’y a plus aucun respect pour le travail, le mérite et les projets
de ceux qui veulent créer, en acceptent les disciplines du marché, et
l’esprit du service communautaire.
Progressivement, une nouvelle « morale »
se développe dans la société : le succès et la promotion passent
par la politique, qui devient ainsi l’art de s’approprier le bien des
autres. Cette morale que l’on comprend facilement pour les assistés, finit
par s’imposer aussi à ceux qui
les assistent. Le véhicule de ce changement de mœurs, c’est évidemment
l’argent public, qui représente aujourd’hui une ponction de plus de la
moitié du total de la valeur créée dans la nation. Véhicule de l’égalitarisme,
véhicule de la promotion, l’argent public est la potion magique. Aujourd’hui
tout le monde en a sa louche, certains même sont tombés dans la marmite.
Mais on veut alors ouvrir un autre débat :
l’argent public n’est-il pas nécessaire au fonctionnement de la démocratie ?
C’est la ligne de défense de tous les politiciens qui ont été amenés devant
les tribunaux au cours des dernières décennies. Elle a inspiré aussi la
loi Balladur sur le financement des partis politiques. Mais il s’agit
d’une double erreur. D’une part faire financer les partis par l’Etat, c’est assez paradoxal : seuls les partis reconnus
« officiellement » bénéficient de la manne, et il est impossible
dans ces conditions d’avoir le moindre renouvellement des appareils politiques.
D’autre part on ne voit pas pourquoi les contribuables devraient subventionner
des partis et des gens qu’ils n’aiment pas et qu’ils soupçonnent de menacer
leurs intérêts, voire de détourner ces fonds de façon discutable ou scandaleuse.
La solution consiste ici, sans aucun doute,
à donner aux électeurs la possibilité de financer les campagnes des candidats
et des formations qui leur paraissent en harmonie avec leurs aspirations
et leurs intérêts. Cela ruinerait évidemment le Parti Communiste et quelques
autres qui ne survivent que par les fonds d’Etat,
mais permettrait une relève salutaire du personnel politique. Récolter
des fonds n’est d’ailleurs pas l’apanage des partis de droite, l’expérience
à l’étranger démontre qu’il y en a pour tous. Le financement des candidats
rend le vote responsable : le citoyen engage son argent autant que
son bulletin de vote, et celui-ci n’est plus gaspillé comme il l’est trop
souvent dans des votes rejets ou dans l’abstention.
Mais tout cela n’est que détail technique par
rapport à l’essentiel : pour réduire les scandales politico-financiers
il faut réduire l’Etat, il faut que les hommes
politiques en fassent moins, et qu’ils le fassent bien, c'est-à-dire sous
le contrôle effectif des citoyens.
Les Français vont-ils enfin comprendre le message ?
Le pouvoir absolu corrompt absolument, donc il faut limiter la corruption
en limitant le pouvoir.
Jacques Garello
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