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UNE TARIFICATION BIEN SINGULIERE
André-Paul
Weber Pour accéder aux monuments
et musées nationaux, les services du ministre de la culture et de la communication
ont retenu trois niveaux de tarification. Le tarif commun ou encore tarif
plein étant défini, deux catégories de consommateurs bénéficient de conditions
avantageuses. Il s’agit, d’une part, des visiteurs appartenant à des groupes
de plus de vingt personnes, il s’agit, d’autre part, des jeunes de moins
de vingt cinq ans. Les plus anciens, les retraités, sont invités à payer
le plein tarif. La tarification ainsi retenue ne manque pas de surprendre.
Il est assurément bien légitime
que la jeunesse bénéficie de conditions privilégiées. Globalement, ses
revenus sont modestes, l’accès à la culture ne saurait être le seul apanage
des catégories sociales les plus fortunées. L’avantage octroyé aux groupes
de plus de vingt personnes est, quant à lui, source de plus d’interrogations.
Quelle est en effet la légitimité de la remise octroyée ? A quelle
fin répond-elle ? Ne conviendrait-il pas de la supprimer ? Sans
doute peut-on soutenir que la remise proposée est la conséquence de l’économie
d’échelle réalisée par la caissière qui rend plus rapidement la monnaie
à un organisateur de voyage prenant vingt billets et plus tandis que sa
peine est beaucoup plus grande lorsqu’il lui faut faire l’appoint à une
collection d’individus. La remise proposée serait ainsi le fruit d’une
organisation scientifique du travail dont il y aurait tout lieu de se
féliciter. Mais, de façon plus vraisemblable, la remise offerte peut aussi
s’identifier à une sorte de bonne manière faite aux organisateurs de voyage,
aux tours-opérateurs qui, massivement, orientent les touristes sur les
sites et monuments en cause. Mais, si tel est effectivement le cas, il
faut tout de même s’interroger sur le bien fondé de la mesure. Peut-on
un seul instant songer que les tours-opérateurs décident de boycotter
les monuments et musées nationaux si d’aventure un plein tarif était proposé
à la clientèle ? La réponse est évidente, le fonds de commerce de
ces organismes étant précisément fondé sur l’existence et la visite de
ces lieux, le risque de boycott est nul. Au demeurant, la vocation des
tours-opérateurs est, bien souvent, de proposer un ensemble de prestations
concernant à la fois l’hébergement et le transport. Dans de telles conditions
l’impact tarifaire d’une réévaluation des coûts d’entrée dans les monuments
et musées nationaux ne serait que marginal. En bref, il faut tenir pour
établi que l’élasticité-prix de la demande est, pour cette catégorie de
clientèle très faible, voire nulle. En d’autres termes, une augmentation
du prix d’entrée ne saurait, pour ce segment particulier de clientèle,
se traduire par une diminution de la demande. Le chiffre d’affaires des
monuments et musées nationaux ne pourrait qu’en profiter. Mais reste à présent le cas
des retraités et, plus généralement, des personnes âgées. Faute de leur
accorder une quelconque remise, les services du ministère de la culture
et de la communication semblent admettre implicitement l’idée que la demande
serait, pour cette catégorie de consommateurs, totalement inélastique.
En d’autres termes, l’âge aidant, la consommation pour les biens culturels
serait insensible au prix pratiqué. La population en cause constituerait
par conséquent un sous-marché particulièrement
profitable dont on ne saurait se priver. Il y a là matière à réflexion.
Comment expliquer en effet que la demande soit élastique pour les jeunes,
qu’il en soit de même pour la population qui fréquente les tours-opérateurs,
puis qu’ensuite, pour les plus âgés, elle devienne rigide ? Mais
tel n’est pas le cas. Bien au contraire, l’incidence de la variable prix
sur la demande est, en l’espèce, d’autant plus forte que les personnes
retraitées enregistrent, en raison même de leur état, une réelle perte
de revenu. En bref, une double erreur d’analyse semble avoir inspiré les services du ministère de la culture et de la communication. Cette double erreur appelle correction se traduisant par la réévaluation des tarifs octroyés aux groupes et par le bénéfice d’une remise aux personnes âgées. Politiquement judicieuse, cette double initiative ne manquerait d’accroître tant la fréquentation des lieux en cause que le montant des ressources publiques. A supposer un instant que l’on craigne des phénomènes d’encombrement, il ne restera plus qu’à réserver le bénéfice de la remise aux périodes hors vacances. |