CARTE UGC : CATHERINE TASCA FAIT SON CINEMA !


L’endroit : la France. L’époque : l’an 2000. Le méchant : un gros  exploitant cinématographique, l’UGC, qui propose aux spectateurs  une carte d’abonnement donnant un accès illimité à ses salles, contre la somme modique de  98 F par mois, brimant ainsi les gentils producteurs et petits distributeurs. Le héros : la ministre de la culture, Catherine TASCA, qui  demande la suspension de l’initiative commerciale et la saisine du Conseil de la concurrence. Cela ressemble à  un mauvais scénario, mais c’est malheureusement  du cinéma vérité, dans un pays où les dirigeants continuent à ne rien comprendre à l’essence de la concurrence !



En France, on n’a pas de pétrole, mais on n’aime toujours pas les idées !

Le réseau de distribution cinématographique UGC a vraiment eu une bonne idée avec sa carte « UGC illimitée ». En s’abonnant pour un an, et en échange de 98F par mois, le cinéphile avait un accès illimité aux salles de cinéma du réseau UGC. De son côté, cela permettait au réseau de fidéliser ses clients. Cela n’a évidemment pas plu aux petits distributeurs indépendants qui risquent de perdre une partie de leur clientèle. Mais les plus inquiets ont été les professionnels du cinéma qui craignent que la position dominante des grands distributeurs leur permette de négocier leur rémunération. C’est la raison pour laquelle le Centre national du cinéma a saisi le médiateur du cinéma, lequel a conclu que la carte « UGC illimitée » constituait une atteinte à la concurrence, puisque revenant à proposer la place de cinéma à un prix « abusivement bas » ! Le tout nouveau ministre de la culture, Catherine Tasca, a donc demandé la suspension de ladite carte et la saisine du Conseil de la concurrence.

Vers une Bill Gates phobie à la française ?

Quand une entreprise a une bonne gestion et de bonnes idées, elle est capable d’offrir à ses clients de meilleures prestations, des produits plus attractifs en qualité comme en prix. Ce faisant, elle se taille la part du lion, supplante ses concurrents et acquiert des parts de marché supplémentaires jusqu’à obtenir parfois, pour une courte durée, un monopole (d’innovation) bien mérité. Elle peut alors profiter de cette « position dominante » pour négocier ses achats auprès de ses fournisseurs, ceci lui permettant de diminuer encore plus ses prix. C’est l’essence de la concurrence, laquelle profite aux consommateurs. L’action commerciale d’UGC ne revient donc pas à « fausser le jeu de la concurrence » - pour reprendre les termes du médiateur du CNC- mais bien au contraire à jouer suivant ses règles. Quant à l’accusation selon laquelle une position dominante « nuit à la plus large diffusion des œuvres cinématographiques », c’est oublier que seul le consommateur sait ce qu’il désire voir au cinéma. Si une majorité préfère  les films d’action américain, aucune protection artificielle ne pourra sauver durablement le cinéma d’art et d’essai. Les positions dominantes sont acquises aussi en satisfaisant au mieux les goûts de la majorité des consommateurs. Il est bien dommage que l’ordonnance du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence, sur laquelle s’appuie la ministre de la culture, n’intègre pas ce principe premier. Toute proportion gardée, cette affaire a des points communs avec la croisade américaine contre le dirigeant de Microsoft, Bill Gates. Elle illustre une incompréhension des dirigeants gouvernementaux envers l’essence de la concurrence, à moins qu’elle ne soit surtout suscitée par la logique de l’électoralisme.

A qui profite le « crime » ?

La concurrence profite à la majorité des consommateurs, mais une majorité fluctuante et qui s’ignore. Les « brimés » de la concurrence-car, évidemment, il y en a toujours- sont au contraire bien identifiables et organisés. Ils constituent une cible électorale de premier choix. Aussi est-il logique - à défaut d’être légitime - que les gouvernements satisfassent à leurs demandes de protection. Rien d’étonnant à ce que l’ensemble des organisations professionnelles aient salué l’initiative du tout nouveau ministre de la culture. Pourtant, on ne manquera pas de relever le paradoxe : un ministre de la culture qui lutte contre les innovations !

Mots-clés : Concurrence, Innovation.