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MICROSOFT : UN MONOPOLE
L’attaque contre Bill GATES se précise, puisque les juges américains ont rendu un verdict de culpabilité pour atteinte à la concurrence. Cela a réjoui un grand nombre de personnes, qui n’aiment pas les monopoles et voudraient des lois anti-trusts encore plus sévères. C’est oublier qu’il y a monopoles et monopoles, et qu’en la circonstance Bill GATES a rendu d’éminents services à tous ses clients. La justice fédérale américaine
vient donc de rendre son verdict : elle estime que Microsoft, le
géant mondial des logiciels, a non seulement constitué une situation de
monopole, mais également que Microsoft a abusé de cette position de monopole,
étouffant l’innovation, limitant la concurrence et portant préjudice aux
consommateurs américains. Les principaux reproches à l’encontre de Microsoft sont les pressions exercées par Microsoft pour étrangler les velléités compétitives de ses concurrents dans le domaine des systèmes d’exploitation des ordinateurs personnels et dans le domaine des logiciels de navigation sur Internet. Ainsi, dès le début de cette procédure, il y a quelques mois, Joel Klein, le responsable du bureau antitrust du département américain de la justice, estimait que ce jugement partiel constitue «une importante victoire pour les consommateurs et pour l’économie américaine ». De même, James Barksdale, à l’origine du procès et ancien patron de Netscape, l’un des concurrents de Microsoft, considérait qu’il s’agit d’un «grand jour pour notre entreprise, pour le consommateur, et pour l’industrie». Les marchés n’ont sans doute pas le même point de vue, à en juger par les réactions de la Bourse. En réalité, l’étude de l’impact de Microsoft sur les différents marchés des logiciels rend l’accusation de monopole portée à l’encontre de Microsoft assez surprenante. Deux économistes américains, Stan J. Liebowitz et Stephen E. Margolis, ont dans une étude récente (Winners, Losers and Microsoft. Competition and Antitrust in High Technology) remis en question les prétendues accusations selon lesquelles Microsoft étoufferait l’innovation, limiterait la concurrence, et, par conséquent, porterait un préjudice aux consommateurs américains. Selon Liebowitz et Margolis, dans de nombreux marchés des logiciels, surtout ceux où Microsoft est devenu leader du marché, la chute des prix est très importante. La caractéristique la plus notable est la chute très importante générale des prix. Cependant, cette baisse de prix n’est pas constante dans le temps. De 1986 à 1990, les prix étaient soit constants, soit légèrement à la hausse. Les prix ne commencèrent à chuter significativement qu’à partir de 1990, c’est-à-dire lorsque Microsoft commença à dominer ces marchés. L’interprétation la plus courante de ces résultats est que Microsoft est responsable de ces chutes de prix. Avec toute l’attention portée à Microsoft et à son prétendu monopole, former une telle conclusion sans un élément empirique supplémentaire ne serait pas suffisant. Par conséquent, Liebowitz et Margolis réalisèrent un test supplémentaire sur l’industrie dans son ensemble. Ils étudièrent 14 marchés de logiciels pour la période 1988-1995 et distinguèrent 3 catégories de marché : a. Microsoft est un concurrent direct ; b. Microsoft ne joue aucun rôle ; c. les produits en concurrence avec des caractéristiques du système d’exploitation de Microsoft. Les résultats sur ces 3 catégories de marché et sur la période 1988-1995 sont que les prix en général ont baissé mais sur les marchés de types a et c la baisse est d’environ 60% contre 15% sur ceux de type b. Dans ces conditions, il est difficile de ne pas admettre que Microsoft est responsable de la chute des prix (d’autant plus que Microsoft a baissé ses prix après avoir gagné d’importantes parts de marché). De plus si on compare les résultats des deux principaux marchés des logiciels (celui des traitements de texte et celui des tableurs) pour les deux types d’ordinateur (les PC et les Macintosh), alors on s’aperçoit que : a. Microsoft réalisa la domination du marché Macintosh considérablement plus tôt que celle sur le marché des PC b. Microsoft
réalisa de très hautes parts de marché alors même qu’il était en train
de lutter sur le marché des PC : en moyenne, la part de marché de
Microsoft était environ entre 40 et 60% plus élevée sur le marché Macintosh
que sur le marché des PC durant la période 1988-90. Ce n’est qu’à partir
de 1996 que Microsoft fut capable d’égaler sur le marché des PC le succès
obtenu sur celui du Macintosh. Ces résultats réfutent l’idée selon laquelle Microsoft fut vainqueur uniquement
parce qu’il était propriétaire du système d’exploitation (C’est Apple,
et non pas Microsoft, qui était le propriétaire du système d’exploitation
sur le marché du Macintosh et Microsoft fut en concurrence sur le marché
du Macintosh). En conclusion, les différents schémas de marché permettent de tester l’hypothèse selon laquelle Microsoft se comporterait comme un monopoleur : i.
les marchés où Microsoft était un simple participant :
les prix chutèrent plus vite et plus fortement que sur les marchés où
Microsoft n’était pas présent iii.
les marchés où Microsoft était leader : Microsoft faisait
payer des prix moins élevés que pour le même produit où une autre firme
était leader Cet épisode aura, une nouvelle fois, attiré l’attention sur l’ambiguïté des lois anti-trust américaines. Elles reposent sur une conception périmée de la concurrence (qui serait affaire de nombre d’entreprises) et néglige les vraies questions (innovation et ouverture du marché). Elle ne s’intéresse pas à la réalité des choses : c’est Microsoft qui a fait baisser les prix. C’est lui qui est condamné. Et les préjugés du juge l’emportent sur les intérêts réels du client. Mais ces manipulations – étatiques ou juridiques – n’ont qu’un temps et le marché – c’est à dire le client – finit toujours par retrouver ses droits. A terme, c’est le client qui condamnera la décision du juge. Mots clés : Concurrence ,
Monopole
(conventionnel et séquentiel)
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