LICENCE UMTS : ENCHERES OU CONCOURS DE BEAUTE ?


La privatisation sans noyau dur, sans immixtion politique, sans corruption : cela existe ! On peut la rencontrer partout…sauf en France, où l’on se demande encore et toujours comment l’Etat peut freiner, bloquer, réduire ou évincer le marché. Le Royaume-Uni continue de montrer la voie du marché.


253 milliards de francs : telle est la somme que le Trésor britannique a recueillie à l’occasion du système des enchères pour les licences de téléphone mobile de troisième génération dites fréquences de la technologie UMTS. Trois lectures de cet événement sont envisageables :

La première est strictement technologique et consisterait à mettre en exergue les services vidéo et le haut débit à l’internet rendus désormais possibles par cette norme. Ce point de vue de l’ingénieur n’éclaire que la notion de progrès technique.

La seconde lecture est le point de vue des gouvernants. Comment affecter la future « cagnotte » issue de cette opération ? Doit-on en profiter pour réduire les déficits publics ? Doit-on doter le naissant fonds de réserve pour les retraites ? Ou faut-il, à l’approche des élections présidentielles, et au nom de la justice sociale, « arroser » les clientèles jugées nécessaires à une stratégie électorale ?

La troisième lecture est de loin la plus illustrative du problème. Il s’agit du point de vue de l’économiste et le problème débattu est celui du mécanisme d’attribution. Pour emprunter au vocabulaire des économistes, il y a deux sortes de techniques : celle du concours de beauté et celle de la mise aux enchères.

Le mécanisme de la première technique, la soumission comparative, est lent, opaque, et une des occasions privilégiées et discrètes de corruption. Qui plus est, en oubliant cette hypothèse malveillante mais réaliste, par quel miracle, les gouvernants sont-ils le mieux placé pour prendre une décision ?

N’est-ce pas plutôt du côté des entreprises qui risquent l’argent des actionnaires que l’on peut imaginer une prise de risque et de décision plus appropriée ? En effet, les dirigeants risquent les fonds des propriétaires qui peuvent se confondre avec le leur lorsque les dirigeants sont aussi les capitalistes.

C’est alors qu’il faut se tourner vers le mécanisme d’enchères. W. Vickrey, Prix Nobel en 1996 (décédé deux jours après l’attribution de son prix) inventa un mécanisme d’enchères original. Le gagnant qui est évidemment le mieux disant ne sera jamais tenu par le montant de son offre mais le contrat sera passé sur la base du montant proposé par la seconde offre. Cette recette permet de rassurer sur les deux craintes ou excès possibles. Premier excès, faire une enchère si forte qu’il deviendrait quasiment impossible de rentabiliser une activité (sauf à le faire payer au client). Second excès, faire une enchère si faible que le vendeur braderait son bien. Cette seconde situation ne peut se produire si le bien est réellement désiré par les acheteurs potentiels.

Notre secrétaire d’Etat à l’industrie, C. Pierret, serait bien inspiré de se tourner vers les économistes professionnels plutôt que de lancer, comme dans Libération du 5 mai 2000, les éternelles rengaines telles que : « l’Etat ne bradera pas le domaine public ». Le point de vue de l’économiste est plus éclairant, dans cette affaire, que le point de vue de l’ingénieur ou de l’homme de l’Etat. Les vertus du marché restent encore à enseigner à nos ministres.


Mots-clés : Enchères, Marché, Privatisation.