HARMONISATION FISCALE EUROPEENNE :
FAUT-IL « ORGANISER » LA CONCURRENCE FISCALE ?
La semaine dernière, les ministres
européens des Finances se sont réunis à Lisbonne pour tenter d'aboutir
à un consensus sur l'harmonisation fiscale entre les membres de l'Union
européenne. Cependant, on peut émettre des doutes sur les conséquences
positives d'une telle démarche. Peut-on organiser la concurrence ?
Ne vaudrait-il pas mieux laisser la concurrence fiscale jouer entre les
pays ? C'est à cette seule condition que les citoyens européens, qu'ils
soient consommateurs ou entrepreneurs, y gagneront …
La semaine dernière, les ministres
européens des Finances se sont réunis à Lisbonne pour tenter d'aboutir
à un consensus sur l'harmonisation fiscale entre les membres de l'Union
européenne. Bien entendu, on n’a pas beaucoup avancé et, au terme de cette
réunion, il semble que l'accord sur l'harmonisation fiscale entre les
différents membres de l'Union ne soit pas prêt d'être obtenu. En effet,
de nombreuses dissensions sur le "paquet fiscal" existent encore,
notamment entre le Royaume-Uni et l'Allemagne, le Luxembourg, l'Autriche
et le Portugal. Bien que l'objet du débat porte essentiellement sur le
système d'échange d'informations fiscales entre les administrations des
pays membres et la question de la retenue à la source, ces problèmes semblent
marginaux par rapport à la question de fond : le niveau des impôts
et des taxes.
En effet, cette question est
d'autant plus importante qu'il s'agit également de savoir comment le niveau
européen des impôts et des taxes sera déterminé. L'harmonisation doit-elle
se faire au terme d'un accord entre les différents membres ou doit-elle
résulter d'un processus de concurrence fiscale entre les différents
membres ? Les conséquences seront vraisemblablement très différentes selon
la méthode utilisée.
Une analyse des conséquences
que pourrait engendrer un accord entre les Etats membres de l'Union, en
vue d'obtenir une harmonisation des impôts et des taxes à l'échelle européenne,
pourrait aboutir à des conclusions négatives pour les "citoyens"
européens, qu'ils soient consommateurs, entrepreneurs ou épargnants. En
effet, il semble peu probable qu'au vu des grandes différences fiscales
qui existent entre les pays européens, un accord puisse aboutir par exemple
à harmoniser les impôts et les taxes sur les pays qui ont les niveaux
les plus faibles. Il semblerait beaucoup plus évident que l'harmonisation
fiscale se fasse sur la base d'une "moyenne". Les conséquences
d'une telle harmonisation pourraient certes améliorer la situation
des citoyens européens qui résident dans les pays européens où la fiscalité
était très élevée, mais il n'empêche que de nombreux autres citoyens,
lesquels résident dans des pays où la fiscalité est faible, comme le Royaume-Uni,
le Luxembourg ou les Pays-Bas, se trouveraient dans une plus mauvaise
situation. Ces pays qui étaient parvenus à réduire de façon importante
le chômage, à relancer la création d'entreprise et l'investissement, se
retrouveraient inévitablement à combattre leurs vieux démons. Il semble
inéluctable de conclure qu'une harmonisation fondée sur la base d'un accord
entre les Etats-membres se révélerait extrêmement pernicieuse pour les
Européens. En outre, la concurrence fiscale, comme n’importe quelle concurrence,
ne peut « s’organiser » par le haut. C’est d’abord un processus
spontané.
En réalité, la solution du processus
« spontané » de concurrence fiscale, pour aboutir à l'harmonisation,
semble de loin la meilleure des solutions. L'Europe est marquée par de
nombreuses différences entre les Etats-membres au niveau de la fiscalité,
qui est en particulier l'une des principales caractéristiques de l'interventionnisme.
Ces différences ont d'ores et déjà porté leurs effets. Déjà depuis quelques
années, on a pu voir que les pays où la fiscalité était la plus faible,
attiraient de plus en plus d'hommes et de capitaux. Libertés proclamées
de l’origine du marché commun, la libre circulation des hommes et celle
des capitaux ont donné l'occasion aux individus, qui souhaitaient investir
et créer des entreprises, d'émigrer vers ces pays où la fiscalité était
la plus avantageuse et où ils avaient l'occasion de récupérer les fruits
et usufruits de leur travail.
En outre, ces mouvements d'hommes
et de capitaux ont eu des effets positifs sur l'emploi, l'investissement,
la croissance économique. En effet, il a pu être observé que ces pays,
dotés d'une fiscalité inférieure à la moyenne, ont vu leur taux de chômage
chuter, leur place boursière se développer et avoir des taux de croissance
supérieurs à la « moyenne ». A l'inverse, les pays avec une
fiscalité élevée ont vu leur taux de chômage s'accroître, leur croissance
se ralentir et un phénomène de désinvestissement se produire. Bien évidemment,
la fiscalité n'est pas la seule cause de ce phénomène d'émigration, pour
ne pas dire de fuite, le niveau de réglementation est aussi un facteur
important [voir l'article "Miss France : Reine de la Réglementation",
Semaine du 21 au 25 février 2000, Chronique Economique].
Il est donc possible au vu de
ce phénomène de déduire quelles seraient les conséquences bénéfiques qui
résulteraient d'un processus de concurrence fiscale spontanée entre les
pays de l'Union européenne. En laissant s'installer une concurrence fiscale
entre les pays, ce phénomène déjà observé prendrait encore plus d'ampleur
et les pays dont la fiscalité se révèle très élevée seraient pénalisée
par une fuite des capitaux, une hausse du chômage dans un premier temps
suivie par une forte émigration dans un second temps, une croissance nulle
voire une dépression, etc. En conséquence, la seule solution pour ces
pays serait donc de s'aligner sur le niveau de fiscalité des autres pays
dotés d'une fiscalité plus propice à l'emploi, la création d'entreprise,
l'investissement, etc. En outre, la seconde conséquence de cette harmonisation
serait bien évidemment pour ces pays la réduction obligatoire de leurs
dépenses publiques et de leur niveau de réglementation qui vont toujours
de pairs avec une fiscalité élevée. Il apparaît comme inéluctable que
seule une harmonisation résultant de la concurrence fiscale peut conduire
à des résultats positifs pour les consommateurs, les entrepreneurs et
les investisseurs.
L'harmonisation fiscale n'a donc
pas besoin de résulter d'un accord entre les Etats-membres de l'Union
européenne mais doit être la conséquence d'un processus spontanée de concurrence
fiscale. Cette discussion est révélatrice de la conception très particulière
que certains se font de la concurrence : elle pourrait être « imposée »
par le haut. Elle impliquerait une stricte identité de situation. Tout
cela est faux. Va-t-on harmoniser aussi les heures d’ensoleillement en
agriculture ? La concurrence est d’abord un processus spontané, fait
de diversités.
Mots Clés : Concurrence,
Fiscalité,
Harmonisation,
Impôt, Taxe
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