MARCHE DU PETROLE : PENDANT QUE L'OPEP FAIT LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS, LE CONSOMMATEUR FRANÇAIS RIT JAUNE


L'OPEP, réuni à Vienne, a donc décidé dans la nuit du 29 mars à celle du 30 mars d'ouvrir les vannes et de relever son plafond de production. La conséquence immédiate de cette décision a été la baisse du prix du baril de pétrole de plus d'1 dollar. Ainsi, le cartel de l'OPEP est bien vivant et manipule à loisir prix et quantité. Cette baisse du prix du baril, même si elle résulte d'une entente entre producteurs, est une bonne chose dans la mesure où toute baisse du prix devrait profiter aux consommateurs…sauf aux consommateurs français.


L'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) a soulagé les pays consommateurs de brut. En effet, à l'issue de plusieurs mois de tractations et de deux jours d'âpres négociations à Vienne, l'OPEP a finalement décidé d'ouvrir plus largement les vannes et de relever de 7,4% le plafond de production. Cette augmentation de la production devrait avoir comme effet immédiat la baisse du prix du baril de brut (d'ailleurs, dès le lendemain de cette annonce, le prix à terme du baril de brent, le pétrole de référence de la mer du Nord, a reculé d'environ 1 dollar). On se rappelle que l'année dernière une réduction de 3% de l'offre avait suffi à entraîner un triplement des prix. On peut donc s'attendre à ce que cette augmentation de l'offre entraîne une baisse des prix. A priori, cette décision de l'OPEP de relever la production devrait ravir non seulement les pays consommateurs de pétrole mais également tous les utilisateurs de pétrole (compagnies aériennes, transporteurs et automobilistes).

Néanmoins, cette décision de l'OPEP mérite une plus grande attention dans la mesure où cette augmentation de l'offre par l'OPEP est non seulement politique, mais que le prix du pétrole pourrait être encore plus bas si la concurrence était de mise sur le marché du pétrole. Cette décision est politique dans la mesure où elle a été fortement influencée par le gouvernement américain. Les Etats-Unis, premiers consommateurs de pétrole de la planète, ont lourdement pesé sur l'Arabie Saoudite, principal producteur, afin qu'un accord soit trouvé entre les membres de l'OPEP. Avant cet accord, au début du mois de mars, le baril de brut valait à peu près 32 dollars. Cette augmentation de l'offre devrait ramener le prix du baril dans une fourchette de 20 à 25 dollars. On comprend donc la volonté des Etats-Unis de faire baisser le prix du brut et également la volonté de l'Arabie Saoudite de satisfaire ses clients. L'OPEP n'est pas un producteur mais un cartel de producteurs. Un cartel est une forme de concentration horizontale dans laquelle de grands producteurs juridiquement et financièrement indépendants ayant des activités comparables s'entendent en vue de contrôler la concurrence et le marché. Le cartel est donc une entente entre producteurs afin de verrouiller la concurrence et le marché. L'OPEP ne déroge pas à la règle puisque les pays membres de l'OPEP manipulent régulièrement l'offre de pétrole afin de faire varier le prix. Ainsi, l'existence d'un cartel, le contrôle d'un marché par quelques producteurs, est contraire à la concurrence et les prix pratiqués ne reflètent pas la réalité du marché dans la mesure où ceux-ci dépendent des décisions non seulement économiques mais également (voire principalement) géopolitiques des producteurs. Le problème que rencontre en général un cartel est que les membres du cartel ne respectent pas l'accord. C'est exactement ce qui se passe dans le cas de l'OPEP puisque les pays trichent systématiquement avec leurs quotas. Au surplus, l'accord décidé à Vienne ne concerne que 9 des 11 membres de l'OPEP (Arabie Saoudite, Venezuela, Emirats Arabes Unis, Nigeria, Koweït, Libye, Indonésie, Algérie et Qatar), l'Iran ayant refusé de s'associer à cet accord et la production de l'Irak étant régie par les résolutions de l'ONU. La décision de l'Iran est doublement motivée : d'une part, l'Iran a voulu démontrer sa capacité de résistance aux pressions américaines, et, d'autre part, les réformateurs au pouvoir en Iran ont besoin des revenus pétroliers pour moderniser l'économie iranienne.

Ainsi, la décision prise en mars par l'OPEP pourrait être remise en cause dès la prochaine réunion de l'OPEP en juin prochain. En tout cas, tout cela montre bien que le cartel de l'OPEP est bien vivant et qu'il compte aussi faire les quantités et les prix. Le cartel, même s'il s'agit d'une organisation peu solide, constitue une nuisance économique dans la mesure où il interdit que le juste prix (ici celui du pétrole) s'établisse sur le marché et soumet donc les consommateurs à une roue de la fortune (ou de l'infortune) selon que les membres du cartel décident d'augmenter ou de diminuer la production (décision qui a une incidence sur le prix).

Cependant, à qui profite le crime ? Qui va profiter de la baisse des cours du baril ? Le consommateur français certainement pas. En France, le chemin qui va des vannes aux pompes est loin d'être rectiligne : le pétrole emprunte un long détour qui fait passer son prix par la case TAXE. Le prix d'un litre de carburant est composé pour 18% du coût du pétrole (transport, raffinage et distribution), pour 7% de la marge des producteurs et pour 75% de taxes. Ainsi, l'impact sur le prix à la pompe va être très limité dans la mesure où le prix du carburant correspond pour 75% à des taxes, qui pour l'essentiel ne sont pas proportionnelles. Le consommateur ne doit donc pas s'attendre à une baisse du pétrole consécutive à la décision de l'OPEP. Le rapporteur au budget, M. BIGAUD, a expliqué comment le prix à la pompe aurait pu baisser. Vérifiant l'adage populaire selon lequel “En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées” et remportant la perle du mois sinon de l'année, l'intéressé a osé affirmer que “Certes, le prix à la pompe ne va pas beaucoup baisser suite à la décision de l'OPEP. La faute en revient aux pétroliers qui n'ont pas baissé leur marge.” Ainsi, M. BIGAUD estime que si le prix à la pompe ne baisse pas, la faute en revient exclusivement aux pétroliers égoïstes qui ne pensent qu'à leur marge. Pendant ce temps-là, il est vrai que les très altruistes Etat et gouvernement ne pensent qu'à leur taxes – les taxes sur les carburants représentent la 3ème source de recettes du gouvernement. Comme celles-ci sont pour l'essentiel non proportionnelles, il n'est pas du tout évident qu'une baisse de la marge des pétroliers aurait été sensible. Si on comprend bien l'idée de M. BIGAUD, il faudrait se plaindre de la marge des pétroliers mais pas des taxes pesant  sur les consommateurs. La seule bonne nouvelle résultant de la composition du prix du pétrole à 75% de taxes est que la baisse d'1 point de la TVA effective au 1 avril – qui sur un achat de 100 francs équivaut à une baisse de 83 centimes –  va entraîner une baisse de 6 à 7 centimes par litre de sans plomb et de 3 à 4 centimes par litre de gasoil. C'est logique puisque le prix du carburant n'est constitué quasiment que de taxes.

Mots-clés : Cartel, Concurrence, Monopole, Opep, Prix, Tva